Culture

Han van Meegeren (droite) à Amsterdam, 1945
Le musée de Tel Aviv revient sur l'histoire de van Meegeren, le faussaire le plus célèbre du 20ème siècle

L'artiste néerlandais Han van Meegeren (1889-1947) est considéré comme le faussaire le plus célèbre du 20ème siècle. Dans les années 1930 et 1940, ce peintre a produit des peintures dans le style des maîtres hollandais Johannes Vermeer et Pieter de Hooch, avant de les faire passer pour des originaux.

Une nouvelle exposition au Musée de Tel Aviv, intitulée "Faux?" décortique le spectre qui existe entre ce qui est considéré comme réel et ce qui est considéré comme faux.

Plusieurs toiles de van Meegeren, prêtées par des musées néerlandais, y sont exposées.

"Je dirais que van Meegeren était un artiste horrible, voir médiocre", estimé le docteur Doron J. Lurie, conservateur de l'exposition. "En revanche, il a été un des plus grands faussaires, parce qu'il a eu le culot d’inventer une période qui n'a jamais existé dans la carrière de Vermeer : sa +première période+".

En effet, les contrefaçons de van Meegeren étaient différentes des célèbres "véritables" œuvres du maître néerlandais du 17ème siècle. Le faussaire peignant dans un style qui lui est propre, tout en ajoutant des références visuelles à Vermeer assez convaincantes pour réussir à vendre le résultat plusieurs millions de dollars.

Screen Capture

A l'époque, les principaux musées et experts se sont précipités sur ces nouveaux chefs-d’œuvre "découverts". C'est "Le souper à Emmaüs" (1937), un tableau pourtant très différent des autres Vermeer, qui fut son succès le plus important. Le célèbre historien de l'art Abraham Bredius, qui avait consacré une grande partie de sa carrière à l'étude de l'art hollandais, l’avait même proclamé "le chef-d'œuvre ultime de Johannes Vermeer de Delft".

Mais le verdict Bredius a surtout été un témoignage de la qualité de contrefacteur de van Meegeren.

Selon le docteur Lurie, "van Meegeren n'a jamais fait aucune erreur. Il a toujours utilisé de vrais pigments, les mêmes que ceux utilisés au 17ème siècle. Il achetait des vieilles peintures du 17ème siècle au marché aux puces, sur lesquels il peignait".

Alors, comment a-t-il fini par se faire prendre? En mai 1945, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les forces alliées ont mis la main sur la collection d'art du dignitaire nazi Hermann Goering.

Des Rembrandt, des Botticelli, des Renoir, des Monet... Goering avait pillé des milliers d'œuvres d'art d'une valeur inestimable dans toute l'Europe pour sa propre collection. Plus tard, avec l'avancée des forces alliées, il les cacha dans une mine de sel en Autriche.

Screen Capture

Parmi les œuvres retrouvées, se trouva "Le Christ et la parabole de la femme adultère", considéré alors comme l'une des meilleures œuvres de Vermeer.

La peinture fut soumise à une enquête et les autorités découvrirent assez vite que van Meegeren était impliqué dans la vente de l'œuvre à Goering.

Les alliées ne le soupçonnaient pas de faux, mais d'un crime beaucoup plus grave.

"Ils l'ont accusé de trahison et d'avoir vendu des trésors nationaux à l'ennemi", explique Lurie. "Il aurait pu être condamné à mort, notamment en raison de l'atmosphère qui régnait en Hollande à l'époque".

Après deux semaines d'interrogatoire, le faussaire craque. Il finit par lâcher un jour aux enquêteurs: "Vous pensez que je vendais un Vermeer à ce gros tas de Goering. Ce n'était pas un Vermeer. Je l'ai peint moi-même!".

Bundesarchiv, Bild

D'abord dubitatif, les enquêteurs finissent par croire la version de van Meegeren. "Le Christ et la femme adultère" de Goering est officiellement attribué à Han van Meegeren, et les charges sont abandonnées.

Après avoir prouvé qu'il était derrière plusieurs autres faux bien connus, il n'est condamné qu'à un an de prison pour escroquerie.

Il n’était alors plus considéré comme un traître, mais comme l'homme qui avait escroqué les nazis.

"Il est devenu une icône culturelle aux Pays-Bas parce que la population a pris du plaisir à suivre son cas dans les journaux", explique le docteur Lurie. "Qui pourrait ne pas aimer l'histoire d'un petit peintre qui dupe les snobs du monde de l'art qui pensent tout savoir? Il se moquait d'eux et il a prouvé qu'ils ne connaissaient rien".

Mais van Meegeren ne passera pas un jour de sa vie en prison. Victime d'une crise cardiaque le jour où il devait entamer sa peine, il meurt quelques semaines plus tard, échappant encore une fois à la justice.

Maya Margit est journaliste culture à pour i24news

L'exposition au musée de Tel Aviv est ouverte jusqu'au 25 février 2017

Soyez le premier à poster un commentaire

Vous devez être connecté pour commenter. Connectez-vous ou créez un compte