Culture

Barack Miron, tatoué par Steve Soto au Musée d'Israël à Jérusalem, le 20 Octobre 2016
"On choisit d'être tatoué, c'est une manière de se réapproprier sa vie et son corps" (Megan Wilson)

Le ronronnement incessant des machines de tatouage raisonnait dans les salles du Musée d'Israël à Jérusalem jeudi, où des tatoueurs de renommée internationale proposaient leurs tatouages gratuitement pour effacer les blessures physiques ou mentales des victimes israéliennes du terrorisme et de la guerre.

Onze Israéliens aux blessures variées, allant de la perte d’un membre à un traumatisme mental, ont été tatoués gratuitement par des artistes reconnus, principalement venus des États-Unis, lors d'un événement organisé par l'association de charité Artists4Israel.

"Que leurs souffrances soient physiques ou mentales, les tatouages ​​sont une façon pour ces victimes de se réapproprier leur corps", explique Megan Wilson, une artiste de San Francisco. Wilson connaît le pouvoir de transformation des tatouages, après avoir passé la majeure partie de sa carrière à tatouer des femmes, victimes de violence familiale.

Shiran Golan/i24news

"Nous n'avons aucun contrôle sur ce qui arrive à notre corps. Mais on choisit d'être tatoué. Faire ce choix, c'est une manière de se réapproprier sa vie et son corps. C'est un pas en avant vers la guérison", ajoute-elle.

Barak Miron était médecin au Liban en 1999 quand il a été blessé par des terroristes du Hezbollah, le paralysant des jambes.

Assis au beau milieu des collections archéologiques faiblement éclairées du musée, il raconte l'événement, pendant que Steve Soto dessine un personnage masculin embrassé par une figure féminine sur sa peau.

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"Je me suis évanoui. J'ai vu ma vie défiler devant mes yeux", raconte-t-il.

"La dernière chose dont je me souviens c'est ma famille et mon chien. Et je me suis dit que je ne leur avais pas dit au revoir, je devais me réveiller. Et j'ai ouvert les yeux".

Le tatouage de Miron représente l'amour de sa femme et de quelle manière elle a aidé son mari à sortir de ses jours les plus sombres.

Les participants souffrent de traumatismes graves et le tatouage donne un sens aux blessures invisibles qu'ils ressentent.

"Que faire si votre plaie ne se voit pas," demande Rami Yulzari, qui souffre du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) après avoir été pris au piège dans un champ de mines le dernier jour de son service militaire. Deux autres soldats ont été tués ce jour-là, et Yulzari a attendu des heures avant d'être secouru, couvert du sang de ses amis.

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"Je fais un tatouage non pas pour couvrir mes cicatrices, mais au contraire pour les rendre visibles," explique-t-il, montrant fièrement une tortue sur son bras dessinée par Greg Mayorga, pour dire que "vous pouvez vous déplacer lentement, et aller loin."

En 2010, Kay Wilson, une Israélo-britannique, était en randonnée avec une amie américaine près de Jérusalem lorsqu’elles ont été enlevées par deux Palestiniens armés de machettes. Elles ont été attachées et bâillonnées. Son amie a été assassinée, Kay a été poignardée 13 fois avant de parvenir à s’échapper.

Jeudi, elle s’est fait tatouer une prière juive sur le poignet, en partie pour l’aider à "accepter de ne pas savoir pourquoi ce genre de choses est arrivé".

"Il ne s’agit pas de savoir pourquoi, mais comment je vais porter cet événement avec dignité et ne pas vivre dans la haine", explique-t-elle.

Dans la salle d'art moderne, Dror Zicherman, 31 ans, est allongé sous "Le Château des Pyrénées" du surréaliste René Magritte alors que le tatoueur califormien "Zero" dessine un dispositif mécanique sur sa jambe gauche.

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Zicherman n'a pas pu marcher pendant près de dix ans après avoir été grièvement blessé lors d'un attentat suicide, alors qu'il se rendait à un concert dans le centre d'Israël. Le tatouage de Zicherman est un hommage à l'attelle jambière qui lui permet de se déplacer à présent.

"Je voulais une attelle pour mon autre jambe. C'est ma source d'énergie ", confie-t-il.

Pour Craig Dershowitz, directeur de l’association Artists4Israel qui organisait l’événement en coopération avec le musée, le but est d’aider les hommes et les femmes à faire face.

Mais il espère aussi que grâce à cet événement, le tatouage deviendra un domaine légitime au sein des Beaux-arts.

"Nous avons conscience de l'intérêt du tatouage, mais les gens ne le voient pas de cette manière", déplore Dershowitz.

Artists4Israel offrira une deuxième journée de tatouage gratuit le 24 Octobre à Tel Aviv.

Emily Gatt est journaliste pour le web anglais à I24news

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