Culture

Johanne Toledano
L'actrice Johanne Toledano a conquis hier le public de Tel Aviv avec le spectacle "L’ego, mon jeu préféré"

Une brise d’émotion a soufflé hier soir sur l’élégante scène du théâtre Suzanne Delal de Tel Aviv. Sur ce gigantesque plateau qui accueille habituellement les créations mondialement réputées de la compagnie Bat Sheva, l’actrice Johanne Toledano a offert une performance de haut vol à un public très vite conquis.

Seule sur scène, elle interprète "L’ego, mon jeu préféré", fruit d’une collaboration fructueuse avec sa complice Audrey Nataf : l’histoire d’Olivia, une jeune femme, empêtrée dans une famille juive traditionnelle, et dont une banale chute au mariage de sa cousine va devenir le point de départ d’une profonde remise en question et d’une quête de soi qui la fera rencontrer une galerie de personnages mystiques et baroques, que l’actrice incarne avec virtuosité.

Avant que le spectacle ne commence, les lumières s'adoucissent. On entend quelques mots résonner dans la salle. Johanne dédie la représentation à ses parents tragiquement disparus l’été dernier. On imagine que les sentiments entremêlés de l’actrice. Une excitation, teintée de mélancolie. Pourtant, très vite, grâce à son talent et son énergie débordante, l’hommage cède la place à la comédie et aux problèmes existentielles de la sympathique Olivia.

Et alors, on s’esclaffe devant cette diseuse de bonne aventure orientale, amoureuse de son chat, on tremble devant ce médecin ashkénaze et pince-sans rire, épris de théâtre intellectuel, on se prend de tendresse pour ce père un peu bourru, qui donne tout à sa famille, mais qui comprend mal les atermoiements très "21ème siècle" de sa fille.

Car c’est là, la force du texte que Johanne et Audrey ont co-écrit. Terriblement actuel, il évoque avec beaucoup de finesse et d’intelligence, les délicates névroses du monde moderne."On me dit que je dois m’aimer moi-même pour aimer les autres. Mais c’est qui ‘moi-même?'", s’interroge candidement Olivia.

Tout au long de ce parcours initiatique dans l’univers des thérapeutes en tout genre, la jeune héroïne met à nue son "ego", pour tenter d’apprendre à l’aimer. Le texte est plein d’humour, actuel, ingénieux, plein de malice, sans concession. Et on attend avec impatience le prochain opus de ces deux auteures très prometteuses, dont la rencontre à New York il y a plus de dix ans, est à l’origine de ce petit bijoux scénique.

Dans une mise en scène minimaliste (signée Raphaël Almosni, en collaboration avec Audrey Nataf), Johanne Toledano passe d’un personnage à un autre, avec un simple foulard comme accessoire. Pas besoin de plus, son talent fait le reste. L'actrice est même proche de la performance sportive, tant son corps est constamment en mouvement, sans jamais toutefois faire le geste de trop.

Alors, la scène imposante de Suzanne Delal n’est soudainement plus aussi grande. La présence de l'actrice s'y impreigne dans les moindres recoins, et les spectateurs peuvent la remercier à la fin du spectacle par une longue standing ovation bien méritée.

Un coup de chapeau enfin au producteur Bernard Bitan qui a soutenu le projet, en dépit des circonstances, et qui s’est démené pour que le public francophone d’Israël découvre ces artistes que l'on hâte de revoir très vite.

"L’Ego mon jeu préféré", en tournée en Israël :

- Lundi 31 octobre à Ashdod au théâtre Yad Labanim – espace francophone (résa : 0544918950)

- Jeudi 3 novembre à Raanana, au Mishkan (résa : 0747268167)

Le spectacle reprendra ensuite à Paris à partir du mois de janvier.

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