Culture

Les dessins rehaussés d'aquarelle d'Egon Schiele, "Garçon assis avec les mains croisées" et "Autoportrait aux coudières", présentés à Vienne en Autriche le 7 avril 2016, vont être restitués à l'héritière d'un collectionneur spolié
60.000 objets spoliés ou vendus sous la contrainte ont été récupérés en Allemagne et renvoyés en France

Un portrait flamand du XVIe siècle, dont les époux Bromberg avaient été contraints de se défaire en 1938 alors qu'ils fuyaient les nazis, a été officiellement rendu par la France à leurs ayants droit, un processus de restitution que le gouvernement voudrait amplifier.

Ce "Portrait d'un homme avec fourrure", une peinture sur bois attribuée à l'Ecole de Joos van Cleve, a été officiellement restitué mardi aux petits enfants du couple Bromberg,, Henrietta et Rudolf Schubert, et Christopher et Talyana Bromberg, lors d'une cérémonie au ministère de la Culture.

Appartenant à l'École d'Anvers de la première moitié du XVIème siècle, Joos van Cleve est l'auteur du portrait de François Ier au musée Carnavalet et celui de Henry VIII à Hampton Court Palace à Londres.

Récupéré par les Alliés et renvoyée en France où elle avait été vendue, l'oeuvre a été attribuée au musée du Louvre en 1950, puis mystérieusement déposée au Musée des Beaux-Arts de Chambéry en janvier 1960.

Quelque 60.000 oeuvres et objets, considérés comme des biens spoliés ou vendus sous la contrainte, ont été récupérés en Allemagne et renvoyés en France. Les deux tiers d'entre eux, environ 45.000, ont été restitués à leurs propriétaires avant 1950. Les plupart des autres pièces ont été vendues par le service des Domaines, à l'exception de quelque 2.000 oeuvres, sélectionnées par des commissions spécialisées et confiées à la garde de musées français en raison de leur qualité artistique.

Ces oeuvres dites "MNR" (Musées Nationaux Récupération) sont placées sous la responsabilité juridique du ministère des Affaires étrangères dans l'attente de l'identification de leur propriétaire ou de ses ayants droit.

"Jusqu'au début des années 1990, le sort de ces tableaux est refoulé des préoccupations collectives", a rappelé la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, lors de la cérémonie. De fait après une trentaine de restitutions entre 1951 et 1979, aucune n'a été réalisée jusqu'en 1994.

Nouvelle ére

"La chute du mur du Berlin marque le début d'une nouvelle ère marquée par des politiques volontaristes de restitution de certains pays", a souligné la ministre.

La France a décidé récemment d'accélérer le processus des restitutions. "Il n'était plus possible d'attendre uniquement des ayants droit qu'ils viennent demander la restitution qui leur est due. L'Etat a donc lancé une nouvelle démarche proactive qui nous semble la plus légitime", a dit Audrey Azoulay. Il s'agit de prendre en compte "la disparition progressive des témoins directs et le faible nombre de requêtes".

Pour ce faire, le ministère a conclu un partenariat avec l'organisation Généalogistes de France pour réaliser les recherches nécessaires. Une méthode qui a abouti à la restitution en mai dernier d'un dessin d'Edgar Degas saisi par les nazis en France en 1940. Son ancien propriétaire, Maurice Dreyfus, avait signalé en 1947 que "Trois danseuses en buste" (dit aussi "Trois danseuses à mi-corps"), un fusain et estompe sur papier calque, ne figurait pas parmi les oeuvres qui lui avaient été rendues après la guerre.

Le dessin avait été retrouvé en 1951 dans un placard de l'ancienne ambassade d'Allemagne, mais n'avait pas été identifié comme l'oeuvre recherchée par son propriétaire.

Cinq autres dossiers ont été confiés aux Généalogistes.

Dans le cas de "l'homme à la fourrure", ce sont les ayants droit qui ont fait appel au cabinet d'avocat berlinois Von Trott zu Zolz Lammek.

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