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Crâne de Jéricho : reconstitution du visage d'un homme décédé il y a 9.500 ans

The Jericho Skull Tell es-Sultan, Jericho, Palestinian Authority Human bone, plaster, shell, soil About 8200-7500 BC, Middle Pre-pottery Neolithic B period (Left) and the completed facial reconstruction (Right)
The Trustees of the British Museum/ Facial reconstruction photo by RN-DS partnership
Grâce aux nouvelles techniques d'imagerie, les chercheurs révèlent le visage d'un homme du néolithique

Il y a plus de six décennies que l'archéologue britannique Kathleen Kenyon a découvert, en 1953, un artefact rare et inhabituel dans l'ancienne ville de Jéricho, en Cisjordanie.

Il s'agit d'un crâne en plâtre d'un homme datant de 9.500 ans dont les yeux étant représentés par des coquillages taillés.

Pendant plus d'un demi-siècle, des archéologues et des scientifiques se sont interrogés sur son identité et les raisons pour lesquelles sa dépouille a été conservé de cette manière après sa mort. Était-ce une sorte de culte fait aux ancêtres, ou bien des préparatifs spéciaux pour son enterrement ?

La partie creuse du crâne était remplie d'argile et de terre pour renforcer l'os et l'empêcher de s'effondrer.

Des couches de plâtre ont alors été appliquées, émulant des traits du visage, et des coquilles de mer blanches ont été encastrées sur la zone oculaire.

Le British Museum a révélé, 64 ans plus tard, à quoi cet homme ressemblait grâce à des scanners et à une reconstruction faciale, donnant un aperçu de l'ancienne civilisation qui s'est installée près du Jourdain, à 26 kilomètres au nord-est de Jérusalem il y a des millénaires.

Copyright Trustees of the Natural History Museum

"Le crâne de Jéricho date de la période du néolithique ("âge de la pierre polie") avant que l'apparition de la poterie ou de l'agriculture ne soit vraiment établie", ont précisé Alexandra Fletcher, Raymond et Beverly Sackler, conservateurs au British Museum, à i24NEWS.

"Jéricho était un lieu spécial parce qu'elle disposait d'un approvisionnement en eau assuré par de nombreuses sources fiables. C'est peut-être ce qui a permis aux gens de vivre ici dans un premier temps", a affirmé Mme Fletcher, ajoutant qu'"ailleurs, la plupart des gens vivaient encore une vie nomade, chassant des animaux et récoltant des plantes sauvages pour se nourrir."

Thomas Coex (AFP/File)

En plus du "crâne de Jéricho", six autres ont été découverts lors des fouilles menées en 1953 à Tel Jéricho.

Ce n'est cependant pas le seul endroit où des crânes conservés de cette manière ont été retrouvés. Des restes traités avec des techniques similaires ont été découverts dans tout le Moyen-Orient : en Syrie, en Israël, en Jordanie et en Cisjordanie.

La reconstitution faciale a fourni des informations précieuses sur les habitants de cette époque.

"Le crâne plâtré de cet homme a probablement représenté la figure d'un ancêtre pour l'ancienne communauté qui vivait à Jéricho", a poursuivi Mme Fletcher.

"Cela a pu les aider à surmonter les tensions sociales et à développer des procédés pour mieux vivre ensemble. Nous pouvons voir les premières manières par lesquelles les humains ont appris à vivre ensemble de plus en plus nombreux, ce qui a permis le développement des villes", a-t-elle expliqué.

© Crispin Wiles

L'équipe a également désiré en apprendre davantage sur l'homme qui se cache derrière ce masque.

"Nous voulions connaître certains détails qui peuvent sembler très basiques - l'âge, le sexe et l'état de santé - mais nous ne pouvions les déterminer sans utiliser des techniques sophistiquées d'imagerie, car nous ne voulions pas risquer d'endommager le crâne ", a indiqué Mme Fletcher.

Pourtant, les tentatives antérieures de radiographie du crâne ont échoué car la technologie n'était pas assez sophistiquée pour séparer le crâne de son masque de plâtre.

Cet obstacle a finalement été résolu grâce à l'utilisation d'une tomodensitométrie (TDM), capable de séparer les couches pour créer une image tridimensionnelle du crâne avec une résolution supérieure à celle d'un scanner hospitalier traditionnel.

Mme Fletcher a également travaillé avec une équipe de 15 personnes, dont des anthropologues, des spécialistes de l'imagerie 3D et des archéologues qui ont également participé aux fouilles avec Kenyon à Jéricho.

Copyright Trustees of the British Museum/ Photo by RN-DS partnership

Cette analyse et la reconstruction faciale ont fourni des détails remarquables sur l'homme, comme la présence d'une fracture sévère au-dessus de l'œil.

"Nous avons pu voir que cet homme avait subi un coup important à la tête, juste au-dessus de son œil gauche, causant une fracture importante", a décrit Mme Fletcher.

"Les modèles de fractures montrent que cela s'est produit au moment de sa mort. Ce n'est peut-être pas la cause du décès, mais nous ne pouvons pas l'affirmer avec certitude," a-t-elle poursuivi.

Copyright Trustees of the British Museum/ Photo by RN-DS partnership

"Nous avons besoin de plus de données sur la forme d'autres crânes de la même période et de la même zone géographique pour affirmer avec certitude ce qui lui est arrivé".

L'équipe s'est également heurtée est l'absence de mâchoire inférieure.

"Les experts qui ont entrepris la reconstruction ont examiné des images de crâne qui avait encore une mandibule en place", a ajouté Mme Fletcher.

"Ils ont notamment examiné l'ensemble, l'angle de la mâchoire et les données concernant la taille et la forme moyennes des os de la mâchoire humaine. Ils ont ensuite reconstruit une nouvelle mandibule basée sur leurs découvertes et l'ont ajoutée à l'impression 3D du crâne."

Le résultat final révèle qu'il s'agit d'un homme d'environ 40 ans, qui à un moment de sa vie s'est cassé le nez, avait quelques rides, et les yeux fatigués.

Copyright Trustees of the British Museum/ Photo by RN-DS partnership

Le crâne a été confié au British Museum en 1954, qui est devenu au cours des décennies un "visage" familier du musée.

"Ca a été assez étrange de voir le visage reconstruit pour la première fois", dit Mme Fletcher.

"Ma première pensée était : "Oh, c'est à ça que tu ressembles!"

"C'était comme rencontrer quelqu'un que vous pensez bien connaître après de longs mois de correspondance. C'était un moment très émouvant, de pouvoir enfin le +rencontrer+", a-t-elle confié.

Le crâne et la reconstruction faciale de l'homme seront mis en lumière dans une exposition spéciale au British Museum jusqu'au 19 février 2017.

Jessi Satin est journaliste et photographe pour le site i24news en anglais

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