Quantcast i24NEWS - Le festival culinaire de Berlin met à l'honneur la diversité de la cuisine juive

Le festival culinaire de Berlin met à l'honneur la diversité de la cuisine juive

Jerusalemite Hummus served at the Yemenite Shabbat dinner
Polina Garaev
Quand on parle de cuisine juive, "les gens pensent qu’il s’agit seulement de Gefilte Fish ou de Houmous"

Tzimmes, Kreplach et le pâté de foie - c'est ce à quoi la plupart des gens pensent quand ils imaginent la cuisine juive. Mais la première Semaine de la cuisine juive de Berlin vise à changer cela en présentant des saveurs allant du pain éthiopien d'Injera pour le petit-déjeuner à un dîner de Shabbat marocain.

Le festival NOSH BERLIN, qui s'est achevé dimanche, s’est inspiré du multiculturalisme berlinois, affirme la fondatrice Laurel Kratochvila, propriétaire d’origine juive-américaine d'une authentique boutique de bagel dans la capitale allemande.

"Nous avons toutes ces communautés ici à Berlin, et quand on évoque la 'Cuisine juive', on ne parle pas de la nourriture Ashkénaze, on parle de la nourriture de la diaspora. Il y a ce malentendu – les gens pensent qu’il s’agit seulement de Gefilte Fish ou de Houmous. On a donc pensé à organiser quelques ateliers et peut être un dîner de Shabbat, mais c’est vite devenu un rassemblement de gens qui veulent représenter la diversité de la cuisine juive moderne", a-t-elle déclaré.

Parmi les chefs qui se sont associés à Kratochvila, il y a Itay Novik, styliste culinaire israélien vivant à Berlin. Il a organisé un dîner de Shabbat composé de spécialités d'Europe de l'Est modernisées dans la plus ancienne synagogue active d'Allemagne, située dans le quartier branché de Prenzlauerberg.

Polina Garaev

Servant des mets classiques revisités, comme le filet de saumon avec une sauce à l’aneth et la gelée de kompot avec de la crème fouettée à la prune, le but de Novik était de réparer la mauvaise réputation de la cuisine Ashkénaze.

"Je ne cuisine pas comme ma grand-mère le faisait. Je respecte encore les traditions mais j’y ajoute ma propre interprétation", a-t-il dit à i24NEWS. "Tout le monde pense que c’est toujours gris, mais il peut aussi y avoir plein de couleurs. Tout est une question de réglage – vous n’avez pas à cuire les ingrédients jusqu’à ce que leurs couleurs s’effacent", a souligné Itay Novik.

Alors que l’équipe de Novik était occupée à rabattre la pâte des Kreplach et à broyer suffisamment d’aubergines pour nourrir 90 personnes, de l’autre côté de la ville, le célèbre écrivain et critique culinaire israélien, producteur et présentateur d’une émission de cuisine, Gil Hovav remplissait des bols de soupe yéménite, destinés à être servis aux côtés de Kunbaneh (pain au levain levé toute la nuit), et d’œufs durs.

Polina Garaev

Berlin est le dernier arrêt de ses voyages autour du monde qu’il a entrepris avec sa partenaire écrivaine américano-israélienne Adeena Sussman, organisant des dîners yéménites en "pop-up" pour d’innocents étrangers.

"J’espère que ce ne sera pas trop relevé pour eux", a noté Hovav, envisageant de prévenir ses 34 invités. "Nous servons du Schug (sauce yéménite très épicée), du Chilbeh (crème de feuille de menthe), et de la soupe de bœuf – se sont tous des plats épicés et ils devraient être quelque peu prudents. La nourriture yéménite est à l’exact opposé de la nourriture polonaise".

Les organisateurs espèrent qu’exposer les contrastes qui existent dans la cuisine juive permettra d'apprendre aux invités – beaucoup d’entre eux ne sont pas juifs – quelque chose de nouveau sur la société israélienne et la diaspora juive.

"Rien qu’en Israël il y a près de cent groupes de migrants différents et chacun possède ses propres traditions culinaires ethniques", a souligné Sussman. "Donc vous pouvez trouver une soupe au poulet yéménite complètement différente de celle d’un Ashkénaze, qui elle-même n’est pas du tout pareil que celle d’un Juif indien".

Polina Garaev

"La nourriture est une superbe fenêtre sur la culture, et c’est un parfait moyen pour les gens de poser des questions et apprendre, par exemple sur l’histoire des immigrés yéménites en Israël ou sur la fondation de l’Etat d’Israël".

Alors que les restaurants israéliens apparaissent aux quatre coins de Berlin ces dernières années, aussi bien que dans les plus grandes capitales du monde, seuls les établissements de cuisine strictement juive peinent à émerger.

"Ce que nous cuisinons ici c’est de la cuisine juive, pas de la cuisine israélienne", a insisté Hovav. "La différence réside dans le fait que la cuisine juive est de manière générale casher, la cuisine israélienne ne l’est généralement pas. La cuisine israélienne est aussi bien plus moderne. Nous, Israéliens, sommes connus pour être désobéissants, on a donc tendance à mélanger un peu tout et faire à notre manière, sans se préoccuper des règles. Mais la cuisine juive est très spécifique et a ses propres saveurs et croyances".

Polina Garaev

La cuisine juive est de plus en plus reconnue pour des qualités qui lui sont propres, contrairement à seulement une partie de la culture juive, commente Sussman, en particulier pour son usage d’ingrédients de saisons et ses plats "cuisine lente original", dû aux plats souvent laissés en cuisson toute la nuit en préparation du Shabbat.

Et pourtant, rares sont ceux qui pensent que la cuisine juive puisse bientôt rattraper la popularité de la cuisine israélienne.

"La nourriture israélienne est sexy, elle est fraîche et légère, tandis que la nourriture ashkénaze repose pour la plupart sur l'austérité. C'est une nourriture réconfortante mais qui n'a pas le même sex-appeal que les plats méditerranéens", a expliqué Kratochvila.

"De manière générale, je vois effectivement un peu de regain d’intérêt, surtout chez les jeunes qui ramènent une certaine qualité à cette manière de cuisiner riche en amidon. Mais en même temps, j’aime la vieille cuisine européenne, et peut être qu’elle joue de manière différente, avec une fonction nostalgique, alors que la nouvelle cuisine de Tel Aviv vise davantage à briser les codes, franchir les limites. Je pense qu’il y a de la place pour les deux, et tout cela fait partie de la cuisine juive d’aujourd’hui".

Polina Garaev est la correspondante d’i24NEWS en Allemagne

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