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L'écrivain israélien Etgar Keret mis à l'honneur à la Comédie-Française

Photo de la Comédie Française à Paris, le 15 avril 2015
LOIC VENANCE (AFP/Archives)
Le comédien Noam Morgensztern s'empare de nouvelles de l'auteur pour proposer un seul en scène corrosif

Etgar Keret est un écrivain pour le moins iconoclaste et qui a le don de déstabiliser ses lecteurs.

Chef de file d’une génération de jeunes auteurs israéliens à la notoriété grandissante, ses textes, traduits dans plus de quarante langues, sont joués pour la première fois sur une des scènes de la prestigieuse Comédie-Française, dans "Au pays des mensonges", un spectacle conçu et joué par Noam Morgensztern, pensionnaire de la Maison de Molière depuis maintenant quatre ans.

Seul en scène, l’acteur s'empare de plusieurs nouvelles de Keret pour confectionner un stand-up, et faire partager avec le public une expérience décapante et sans retenue.

Comédie Française

Amateur de littérature israélienne, Noam Morgensztern explique avoir porté son choix sur les oeuvres de l’auteur de L’homme sans tête, car dans ses textes, circule "une énergie de vie" qui l’amuse.

"L’absurdité et la normalité de l’absurdité. Considérer que l’absurdité est normale et l’intégrer à sa vie normale, ça me parle beaucoup, ça me donne beaucoup d’espoir dans la continuité de la vie, cette capacité de tout absorber comme ça", s’enthousiasme-t-il.

"Être sur le qui-vive de ce que propose la vie"

Avant d’étudier au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, Noam a passé quelques temps en Israël au début des années 2000, tombant alors sous le charme du rythme infernal qui caractérise le quotidien israélien. Aussi, les nouvelles de Keret font écho à certains de ses questionnements.

"Il y a en Israël ce truc de +ça n’attend pas+, +il faut être sur le qui-vive de ce que propose la vie+. Et comme la vie y est toujours un peu remise en question parce c’est un pays en guerre en permanence, il y a quelque chose qui fait que, quoi qu’il nous arrive, on n’a pas d’autre choix que de l’accepter, aussi fou soit-il. Je trouve que ça permet une forme de survie et d’apprécier chaque moment. Et même on ne les apprécie pas tellement, ça oblige à vivre tout le temps. Il y a quelque chose qui fait qu’on ne se repose pas et ça me correspond", explique-t-il.

Avec "Au pays des mensonges", Noam adapte la littérature de Keret en une oeuvre théâtrale, en optant pour une langue directe et tranchante, propre à l’hébreu.

Il nous raconte alors l’histoire de "ces gens qui se demandent qui ils sont, qui ils vont devenir, comment ils sont perçus par les autres, comment ils aimeraient qu’on les perçoive. On voit comment ils se débattent, comment radicalement ils prennent position, comment radicalement ils changent d’identité, comment ils s’adaptent avec une fulgurance inouïe".

AFP

Loin de lui, cependant, l’idée de donner un quelconque goût d’Israël. L’interprète affiche avant tout sa volonté de faire entendre la voix de gens qui sont comme tous les autres mais avec leur particularité et qui "se débattent avec leur propre identité".

Etgar Keret a suivi de loin la préparation du spectacle, que Noam Morgensztern a choisi d’assumer tout seul, afin de "ne pas se laisser façonner par les sensibilités des autres" et d’être entier avec son désir de transmettre ces aspects "universels et banals de la particularité d’Israël".

Faire un spectacle qui "me ressemble complètement"

"Au pays des mensonges" fait partie du festival Singulis proposé par la Comédie-Française, et qui offre l’opportunité à certains de ses acteurs de faire découvrir un auteur, par l’exercice du seul en scène.

Pour Noam Morgensztern, qui a longtemps fait partie du mouvement de jeunesse de l’Hashomer Hatzaïr à Paris, il ne fallait pas manquer l’occasion de se lancer dans un spectacle qui lui "ressemble complètement".

"Je voulais saisir l’opportunité du festival +un auteur, un acteur+ et être seul. Je savais que je voulais me mouiller et risquer quelque chose devant les gens. Cette possibilité d’être au centre de tout et d’en être responsable. Je me suis dit que c’était excitant à faire", confie-t-il.

Etgar Keret devient ainsi le deuxième auteur israélien après Hanokh Levin à être joué au Français (le dramaturge israélien avait été joué à la Comédie-Française en 2008 avec le spectacle "Douce vengeance et autres sketches"), et Noam Morgensztern ne manque pas de saluer l’ouverture d’esprit de l’administrateur général du théâtre, Eric Ruf, à qui il a soumis plusieurs textes de Keret, et qui a accueilli sa proposition avec bienveillance.

"Jouer un auteur israélien à la Comédie Française est quand même super. Mais pour Eric Ruf, ce qui est important avant tout, c’est que ça soit bien. Et en lisant les textes, il a dû se dire que Keret était un auteur intéressant", se rejouit-il.

Le choix de jouer Etgar Keret coïncide également avec l’année croisée France-Israël prévue en 2018, à l’occasion des 70 ans de l’Etat hébreu, au cours de laquelle de nombreux échanges culturels entre les deux pays sont prévus.

Si d’aventure, "Au pays des mensonges" se retrouve programmé dans le cadre de ces manifestations, nul doute que les Israéliens seront enchantés de voir des représentants d’un théâtre aussi illustre que la Comédie-Française jouer sur leurs tréteaux pour rendre hommage à leur jeune culture.

"Au pays des mensonges" se joue au Studio de la Comédie Française à Paris jusqu'au 9 avril 2017.

Jérémie Elfassy est journaliste pour le site d'i24NEWS

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