Quantcast i24NEWS - "Salut l'artiste!" : le comédien Jean Rochefort s'éteint à l'âge de 87 ans

"Salut l'artiste!" : le comédien Jean Rochefort s'éteint à l'âge de 87 ans

L'acteur français Jean Rochefort arrive à la cérémonie d'ouverture du 62e festival de Cannes, le 13 mai 2009
ANNE-CHRISTINE POUJOULAT (AFP/Archives)
Le décès de ce gentleman à la française, ayant tourné dans près de 150 films, a suscité une vague d'émotions

Avec sa voix chaude et ses belles moustaches, l'acteur français Jean Rochefort mort dans la nuit de dimanche à lundi à 87 ans, était une figure incontournable, un élément du patrimoine cinématographique français.

Du "Capitaine Fracasse" à "L'Horloger de Saint-Paul", en passant par "Salut l'artiste!", "Un éléphant ça trompe énormément" ou "Nous irons tous au paradis", Jean Rochefort aura été l'un des acteurs les plus populaires du cinéma français, tournant près de 150 films, comédie comme films d'auteurs.

Hospitalisé en août dernier, il est mort dans un établissement parisien, a annoncé à l'AFP sa fille Clémence. 

Récompensé par trois César, décernés par la profession, pour "Que la fête commence" (1976) de Bertrand Tavernier et "Le Crabe-Tambour" (1978) de Pierre Schoendoerffer, avant un trophée pour l'ensemble de sa carrière en 1999, Jean Rochefort oeuvrait aussi à la télé, comme dans la série "Boloss des belles lettres" dans laquelle il interprète une oeuvre du patrimoine littéraire en langage de la rue.

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Les réactions, une avalanche de tristesse

L'annonce de sa mort a déclenché une avalanche de tristesse sur Twitter, de célébrités ou d'anonymes, tant le comédien était présent à l'esprit des Français.

"Oh non! Pas Jean. Pas Rochefort. C'est trop à la fin... Quelle tristesse. Et lui, si fin, si drôle, si 'cheval-resque', si british. Salut Jean! A sa manière de scander une simple phrase, on comprenait que la diction de Jean était la plus belle du monde", a réagi sur Twitter Gilles Jacob, l'ancien président du Festival de Cannes.


"Énorme chagrin et souvenir éternel de la plus belle moustache du cinéma français", a twitté La Cinémathèque française.

La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a réagi au décès d'"un grand maître: "Profonde tristesse après le décès de Jean Rochefort, acteur élégant, attachant, populaire. Un grand maître."


Le réalisateur Bertrand Tavernier avec qui il a travaillé a confié: "Je suis effondré. Après Noiret, le départ de Jean est très douloureux pour moi. Ils ont été les deux acteurs qui m'ont permis de faire mon premier film (ndlr : "L'Horloger de Saint-Paul" en 1974)".

"Ma rencontre avec Jean Rochefort a été formidable", a-t-il ajouté, "C'était un grand acteur mais aussi un grand comédien de théâtre, extraordinairement curieux, voulant toujours faire des découvertes. Il a fait débuter de nombreux metteurs en scène et cinéastes pour les aventures les plus audacieuses. Jean adorait les personnages ambigus. Il a été magnifique dans tous ses rôles".

L'éternelle "BB", Brigitte Bardot, a quant à elle déclaré que: "C’est une hécatombe d’étoiles qui s’éteignent avec la mort de Jean Rochefort. Avec lui, c’est toute une génération qui disparaît. Jean Rochefort en était un brillant représentant, élégant, dandy, lord, humour et fantaisie et surtout amoureux des chevaux et soutien inconditionnel de mon combat contre l’hippophagie. Je l'adorais."

L'élégance à la française

Durant plus d'un demi-siècle, il a promené sa longue silhouette, incarnant l'élégance à la française doublée d'un flegme légendaire et d'un humour pince-sans-rire. Il excellait tout autant dans les rôles dramatiques, avec son timbre de voix unique, grave et pénétrant, immédiatement identifiable.

Libertin cynique dans "Que la fête commence" de Bertrand Tavernier, il a incarné un flegmatique valet anglais ("Les Tribulations d'un chinois en Chine" de Philippe de Broca) comme un père de famille adultérin ("Un Eléphant ça trompe énormément" d'Yves Robert) ou un personnage poignant d'animateur radio solitaire dans "Tandem" de Patrice Leconte.


"J'appartiens au patrimoine. Il y a le jambon de Bayonne, (Philippe) Noiret, (Jean-Pierre) Marielle et moi", plaisantait l'acteur, père de cinq enfants de trois unions, comédien éclectique, aussi pudique que passionné.

En 2000, le britannique Terry Gilliam l'enrôle pour "Don Quichotte", un rôle taillé sur mesure, mais une violente hernie l'oblige à se faire opérer: le tournage est interrompu et le film ne verra jamais le jour. Un fiasco raconté dans le documentaire "Lost in La Mancha" de Keith Fulton et Louis Pepe.

"Un rêve brisé... Un choc très dur. Je m'étais énormément impliqué dans cette entreprise et un petit nerf de quelques millimètres n'était pas d'accord", a-t-il confié il y a quelques années.

Terry Gilliam a fini par reprendre son projet, sans Jean Rochefort: le tournage ayant commencé il y a 17 ans s'est terminé en juin dernier.

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"En fait, je suis un Don Quichotte de la réalité, pas fait pour être un Don Quichotte de fiction", a-t-il dit.

"J'ai fait des actes cervantésiens dans mon existence. Beaucoup. Mais il n'y avait pas de caméra !", ajoutait ce grand amoureux du cheval, qui avait plusieurs fois commenté les épreuves d'équitation à la télévision.  

A propos de la mort, Jean Rochefort avait confié en 2015 dans Le Journal du Dimanche qu'"il la sentait venir".

"Il y a des moments où je suis content qu'elle arrive. Le corps le demande, et la tête parfois aussi. Mais on n'a pas envie de faire du chagrin aux autres", avait-il ajouté à l'occasion d'un entretien pour l'un de ses derniers films, "Floride" de Philippe Le Guay où il incarne un octogénaire atteint de la maladie d'Alzheimer.

(avec agence)

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