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Audrey Azoulay, une Française confirmée à la tête de l’UNESCO

L'ex-ministre française de la Culture Audrey Azoulay à Paris, le 13 octobre 2017
Thomas Samson (AFP)
De l'audiovisuel à l'Elysée et enfin à l'UNESCO: retour sur le parcours d'une femme de culture

Les 195 Etats membres de l'Organisation des Nations unies pour l'Education, la Science et la Culture ont validé ce vendredi l'élection de l’ancienne ministre française de la Culture, Audrey Azoulay, comme directrice générale de l’organisation. Retour sur le parcours de cette femme de gauche, à l’écart de la vie médiatique, marqué par la culture et le cinéma.

Créant la surprise, Audrey Azoulay a été élue à la tête de l'UNESCO le vendredi 13 octobre pour un mandat de quatre ans, lors du cinquième tour de l’élection. Ses efforts de campagne ont porté leurs fruits pour devancer le candidat qatari Hamad bin Abdulaziz al-Kawari, favori de cette élection, le battant 30 voix contre 28. Elle devient ainsi la deuxième femme à diriger l’organisation, après la diplomate bulgare Irina Bokova, en poste depuis 2009.

La Française de 45 ans a su rattraper le retard qu’elle avait accumulé depuis le 15 mars, date limite du dépôt des candidatures auprès de l’UNESCO, alors qu’elle occupait toujours la position de ministre au Palais-Royal. Audrey Azoulay n’a réellement pu se consacrer à sa campagne qu’à partir de mai, suite à la passation de pouvoir avec Françoise Nyssen et l’arrivée du gouvernement Edouard Philippe. "Tout est possible. Il y a huit ans, personne n'avait vu venir Irina Bokova", s’amusait-elle à rappeler les mois précédent l’élection.

Philippe LOPEZ (AFP/Archives)

Arrivée en période de crise

Pour briguer cette position prestigieuse, Audrey Azoulay avait insisté sur la nécessité de redonner à l'UNESCO sa vocation universelle. Un objectif qui apparaît comme ambitieux à l’heure où l’agence onusienne fait face à de profondes dissensions politiques avec les Etats-Unis et Israël, ces deux Etats ayant annoncé leur retrait de l’UNESCO le 12 octobre dernier afin de dénoncer son action "anti-israélienne".

Selon l’administration Trump, le retrait américain de l’organisation s’explique par un certain nombre de propositions critiques envers l'Etat hébreu, notamment une résolution adoptée en juillet dernier, reconnaissant la vieille ville de Hébron, y compris le Tombeau des Patriarches, comme site du patrimoine mondial palestinien. La résolution controversée avait suscité par ailleurs de vives réactions en Israël, ayant été qualifiée de "souillure morale" par le ministère israélien des Affaires étrangères. En octobre, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avait quant à lui déploré qu’Israël suive le "mauvais exemple" des Etats-Unis en quittant l’organisation.

Au coeur de ce marasme diplomatique, de nombreux challenges attendent Audrey Azoulay, qui hérite d'une organisation paralysée par les problèmes financiers et les conflits politiques, devenue ainsi peu audible sur la scène internationale. "La première chose que je ferai sera de m'attacher à restaurer sa crédibilité, la confiance des Etats membres, son efficacité, afin qu'elle puisse agir, parce qu'elle est la seule à pouvoir le faire de façon durable sur les enjeux qui sont ceux de notre monde", a-t-elle déclaré lors d'un bref discours à l'issue de son élection.

La gagnante du scrutin a également indiqué vouloir renforcer l'action de l'organisation en faveur de l'éducation, qu’elle a défini comme le "ferment de développement et d'égalité entre les sexes". Enfin, Audrey Azoulay semble bien décidée à mettre l’accent sur la culture, s’engageant à refonder l'ambition culturelle de l'UNESCO et à faire de l'organisation un acteur de référence du développement durable.

JACQUES DEMARTHON (AFP/Archives)

Et si Israël comme les Etats-Unis redoutaient l’élection du diplomate qatari, Hamad ben Abdelaziz al-Kawari, accusé d’antisémitisme par des groupes juifs et israéliens, l’arrivée d’Audrey Azoulay à la tête de l’organisation pourrait au contraire permettre un apaisement des tensions. L’agenda qu’elle mettra en place dès sa prise de fonction sera déterminant sur la nature des liens unissant l’UNESCO à la puissance mondiale américaine pour les années à venir.

Redonner sa dimension culturelle à l’organisation et s’éloigner par là du terrain politique semblent être une ambition qu’Audrey Azoulay partage avec les deux Etats démissionnaires. Les prochains mois pourront ainsi aussi bien marquer un début de réconciliation entre les Etats-Unis, Israël et l’UNESCO, tout comme le commencement d’une guerre diplomatique pour contrecarrer l’agence onusienne. Les deux pays, dont le retrait ne sera effectif qu'à compter du 31 décembre 2018, conserveront un statut d’observateurs permanents, a précisé le Département d'Etat, en lieu et place de leur représentation à l'agence onusienne basée à Paris.

Un parcours brillant, au service de la Culture

Née à Paris dans une famille juive marocaine originaire d’Essaouira, Audrey Azoulay est la fille d’André Azoulay, conseiller du roi du Maroc Hassan II, puis de Mohammed VI, et de la femme de lettres Katia Brami. Sur son enfance, l'ex-ministre affirme avoir grandi dans un milieu situé très à gauche et politisé sur le conflit israélo-palestinien.

Audrey Azoulay suit un parcours brillant lors de ces études. Après avoir validé une maîtrise des sciences de gestion à l'université Paris-Dauphine et un master en administration des affaires (MBA) à l’université de Lancaster au Royaume-Uni, elle intègre Sciences Po Paris en 1996 (section Service public), puis poursuit à l'Ecole nationale d'administration dont elle sort diplômée en 2000 au sein de la promotion Averroès.

L’orientation de sa carrière au service de la culture se caractérise dès sa sortie de l’ENA, lorsqu’elle intègre le secteur audiovisuel public entre avril 2000 et juillet 2003. Après trois ans passés en qualité de rapporteur à la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France, elle fait son entrée au Centre National du Cinéma (CNC) en février 2006 en tant que directrice adjointe de l’audiovisuel, une étape déterminante dans sa vie professionnelle. Elle occupe pendant neuf ans différentes fonctions au sein de cet établissement public, passant de directrice financière et juridique à directrice générale déléguée. Durant toute sa carrière, elle défend ardemment l’exception culturelle française, une nécessité selon elle face au rouleau compresseur américain. "Ce qui m'a construite le plus professionnellement, c'est le cinéma, le CNC, c'est la soute, le cambouis de tout le système", a-t-elle déclaré.

Son profond attachement pour le cinéma la conduit à rejeter en 2006 la proposition d’intégrer le cabinet du Premier ministre d’alors, Dominique de Villepin. Ses capacités et sa connaissance du monde médiatique n’échappent pas non plus au président François Hollande, qui la recommande à plusieurs reprises à la ministre de la Culture Aurélie Filippetti.

JEAN-PAUL PELISSIER (POOL/AFP)

"La ministre du président"

Par l’entremise de la présidente du CNC Frédérique Bredin, Audrey Azoulay rencontre le président Hollande, qui la nomme conseillère "culture et communication" le 1er septembre 2014, donnant à cette femme de culture une nouvelle casquette, celle de femme politique. Proche de François Hollande, elle l’accompagne lors de ses déplacements culturels, incarnant la "jeune garde du président", faisant la Une de L’Obs en février 2015.

L’accumulation de couacs médiatiques par la ministre de la Culture Fleur Pellerin (elle-même issue de la promotion Averroès de l’ENA), qui avait notamment été dans l’incapacité de citer un livre du Nobel de littérature Patrick Modiano, conduit François Hollande, averti de l’importance que représente le monde de la culture et des médias à l’approche d’une élection présidentielle, à chercher un nouveau locataire pour la Rue de Valois, désireux de voir une femme à cette position. Le président supporte la nomination d’Audrey Azoulay qui fait son entrée au gouvernement Manuel Valls lors du remaniement ministériel du 11 février 2016, ce qui lui vaudra pour un temps le surnom de "ministre du président" dans la presse.

Comparée à Emmanuel Macron, son ascension fulgurante attire l’attention des commentateurs politiques, qui pointent du doigt son passage sans transition du palais de l’Elysée au gouvernement, sa non-adhésion au Parti socialiste, mais surtout le fait qu’elle ne se soit jamais soumise au vote, n’ayant brigué aucun mandat politique.

Son temps au ministère de la Culture, la dernière année du quinquennat, est marqué par une absence totale dans les médias, Audrey Azoulay se faisant très discrète. Par ailleurs, le déferlement médiatique autour de l’élection présidentielle, rythmée de scandales politico-judiciaires, ne lui laisse que peu de visibilité dans la presse pour défendre ses actions.

Contactée par i24NEWS pour l’élaboration de cet article, il nous a été communiqué par le service presse de l’UNESCO que la nouvelle directrice-générale avait annoncé ne pas vouloir donner d’interview.

Laurie Blanc est journaliste et rédactrice Web pour le site internet d'i24NEWS en français.

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