Quantcast i24NEWS - Errances dans le sud de Tel-Aviv à la découverte des rythmes afro-israéliens

Errances dans le sud de Tel-Aviv à la découverte des rythmes afro-israéliens

Na African Style - Groove Ambassadors (Official Music Video)
Groove Ambassadors
Rencontre avec des artistes aux influences et cultures multiples

Si Tel Aviv est connue pour son cosmopolitisme, la scène musicale israélienne contemporaine est elle aussi le produit d'inspirations multiples, notamment des sons africains, sources d'influence majeure pour un nombre croissant d'artistes israéliens.

Il suffit de déambuler dans les rues du sud de la ville blanche pour être témoin du foisonnement culturel qui y règne.

Au-delà de l'apparence des visages "étrangers" se cache tout une communié d'artistes aux origines diverses pour qui la musique véhicule un message de respect, d'amour, de joie de vivre et humaniste.

C'est notamment le cas de Groove Ambassadors, un groupe israélien fondé par Elisee Akowendo, un batteur ivoirien issu de la culture gospel, qui a su réunir autour de lui des musiciens venant du monde entier et chantant dans plus de 10 langues, dont des dialectes africains comme le Swahili du Kenya, le Lingala du Congo, le Baoulé de la Côte d'Ivoire, mais aussi en français, en anglais et en hébreu.

Groove Ambassadors

Bien qu'ayant grandi à Abidjan, Elisee Akowendo raconte comment il a voulu faire découvrir sa culture de Baoulé - notamment grâce à un projet personnel "I Dey Shina" issu d'une collaboration avec Ape records - assimilée dans les villages ivoiriens auprès de "personnes qui étaient plus traditionnelles et authentiques".

"Je suis Ivoirien d'abord. Le pays d'où je viens, même si cela fait onze ans que je vis en Israël, c'est la Côte d'Ivoire. La musique traditionnelle de l'Afrique en générale est une musique riche et (le Baoulé) est une langue qui n'est pas courante ", dit-il, soulignant que pour cette raison il voulait la faire découvrir au monde entier.

Fier de ses origines, Elisee n'en reste pas moins épris d'Israël qui lui a offert de nombreuses opportunités en tant que musicien professionnel mais qui a également fait naître en lui le sentiment d'"être vraiment comme à la maison", lui qui confie avoir été séduit par ce "pays développé avec plus ou moins la mentalité, l'énergie, la chaleur africaines".

"C'est quand tu pars, que tu te rends compte que ce que tu as c'est quelque chose de particulier que tout le monde n'a pas et que tu peux partager. Et ça va dans les deux sens, je ne connaissais pas dans le temps la musique Mizrahi, c'est ici que j'ai appris à l'écouter et il y a beaucoup de ressemblances avec certains rythmes africains", affirme-t-il.

Eyal Gruenberg

Pour lui, Florentine (quartier sud de Tel Aviv, NDLR) est un endroit riche culturellement où "tout se passe" et surtout où il a rencontré des personnes aux diverses origines et où vivent la plupart de ses amis africains et d'ailleurs.

"A l'église, il y a des Kenyans qui m'apprennent leurs rythmiques et à chanter dans leur langue, des Nigériens aussi, des Ghanéens… J'ai des amis Soudanais maintenant... je n'aurais jamais pensé avoir des amis qui viennent du monde entier dans ce tout petit endroit", s'étonne ce chrétien marié à une Juive éthiopienne.

Et quand on lui demande d'où vient la fascination qu'ont les Israéliens pour la musique africaine, il répond qu'elle "n'est pas compliquée mais qu'elle est complexe et c'est cette complexité qui fait que les gens sont intéressés".

"Nous-même, nous sommes le tiers-monde"

Pour l'artiste et chanteur Gilad Kahana aussi, l'Afrique influence indéniablement la musique et les rythmes occidentaux, rappelant d'ailleurs que le Jazz et le Blues sont apparus aux Etats-Unis au sein des communautés afro-américaines.

"Cela fait partie de l'ADN de la musique occidentale. La plupart des gens ne le savent pas mais c'est présent tout le temps", explique celui qui est reconnu par ses pairs comme le "Miles Davis des lyricistes" israéliens.

Une influence présente en filigrane dans sa chanson 'Africa Sheli' (mon Afrique), dont la composition musicale intègre des sons de Gnibri (une mandoline d'Afrique du nord) et de Guembri (joué également en Guinée et au Mali) mais qui dépeint avant tout l'expérience de ses errances urbaines dans les rues du sud de Tel-Aviv.

"Les gens disent que vous ne pouvez pas laisser venir les réfugiés du Tiers-monde parce que le pays ne peut pas vraiment les aider et que cela crée des problèmes... mais quand je me promenais dans le sud de la ville, j'ai eu le sentiment que nous-même en Israël, nous sommes le tiers-monde", dit-il au sujet d''Africa Sheli'.

"J'ai eu le sentiment d'être un réfugié moi-même et 'Africa Sheli' essaie de dire que ce pays est lui-même le tiers-monde et nous ne pouvons pas les juger", ajoute-t-il.

Depuis plusieurs années, une partie de la classe politique israélienne accuse les migrants africains d'être la cause de la criminalité dans le sud de la ville, notamment de la prostitution, la pauvreté et du trafic de drogues.

"Nous sommes ici en mission pour rendre le sud de Tel Aviv aux résidents israéliens", avait notamment déclaré le Premier ministre Netanyahou en août dernier lors d'un déplacement dans le quartier.

"Je pense que le gouvernement a créé ces problèmes en les (les migrants, NDLR) installant à cet endroit, en les faisant venir jusque-là. Je pense qu'il essaie de créer un bouc émissaire pour pouvoir dire: 'regardez, il y a un problème'. Et cela caractérise ce gouvernement, qui cherche toujours un autre responsable", explique Gilad Kahana.

Selon des chiffres officiels publiés fin juin, 38.043 migrants africains, dont 27.494 Erythréens et 7.869 Soudanais, se trouvaient illégalement en Israël. En réponse, le gouvernement a récemment approuvé à l'unanimité la fermeture prochaine du centre Holot, donnant aux migrants un délai de trois mois pour quitter le pays faute de quoi ils seront expulsés vers le Rwanda et l'Ouganda.

"Nous devons rester moralement héritiers de notre histoire et je pense que même s'il y a un problème, il faut trouver un moyen humanitaire de s'occuper d'eux. Nous devons faire preuve d'une grande indulgence envers les réfugiés et nous devons prendre conscience de leur situation, afin de ne pas se transformer en personnes qui oublient d'où elles viennent", conclut le chanteur.

"La connexion passe par la musique"

Des propos qui font échos à ceux de Hewan Meshesha, la chanteuse de Ground Heights, dont la musique intègre des sons traditionnels éthiopiens à l'héritage culturel des six autres membres du groupe.

"Nous sommes tous des immigrants, surtout nous en tant que peuple juif en Israël. Israël n'existe que depuis 70 ans. Pour moi, faisant partie de la première génération d'immigrants juifs d'Ethiopie, je sens que je suis là pour rappeler à tout le monde qu'il faut se souvenir de l'histoire, se souvenir de ce que nous avons fait pour arriver là où nous sommes et pourquoi ce pays est si merveilleux", insiste-t-elle.

En effet, tous les membres du groupe sont nés en Israël mais si les parents d'Hewan viennent d'Ethiopie, les grands-parents des autres musiciens viennent du Yémen, de Pologne, de Roumanie, de Russie, du Maroc ou encore de Syrie.

Aussi, Hewan a choisi de chanter dans la langue de ses origines "très présentes en elle". Elle raconte comment sa grand-mère, arrivée en Israël alors qu'elle était déjà âgée et ne pouvant pas apprendre l'hébreu, insistait pour que ses petits-enfants parlent l'amharique.

"Pour moi, c'est le plus beau cadeau qu'elle pouvait me faire parce que connaître une autre langue m'a permis de rester en contact avec mon histoire et mon héritage. Chanter ou écrire en amharique est venu naturellement ", confie-t-elle.

Ground Heights

Or, la particularité de leur musique est aussi d'être une rencontre, conceptualisée au travers du terme "IsraEthiopian music", entre l'Afrique et l'Occident. Une fusion des genres qui inclue la musique éthiopienne mais également des styles comme le rock, le reggae, le hip hop ou encore le R&B.

"Notre guitariste possède une guitare occidentale et ce qu'il fait consiste à écouter les gammes éthiopiennes et d'essayer de les imiter sur sa propre guitare. Et c'est comme cela que vous créez un son unique à la fois inspiré de la musique éthiopienne mais jouée sur des instruments occidentaux. Pour moi c'est ce qui crée le lien", dit-elle parlant de Yotam Cohen.

Et de conclure: "je sens que nous avons été tellement divisés pendant si longtemps que nous devons renouer le lien et pour nous, cette connexion passe par la musique".

Si la musique permet d'exprimer l'indicibilité des sentiments, le cœur indéniablement se trouve être sa première caisse de résonance. Et plus que n'importe quel autre art, c'est elle qui permet, comme l'a écrit Gilad Kahana, de "se retrouver les uns les autres".

Nathalie Boehler est journaliste et rédactrice Web pour le site internet français de i24NEWS.

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