Économie

Les cours sont remontés à des niveaux plus confortables pour les producteurs
Les cours du brut avaient chuté jusqu'à 26-27 dollars en février, leur plus bas niveau depuis 12 ans

Le baril de pétrole est repassé jeudi au-dessus du seuil symbolique des 50 dollars pour la première fois de l'année, parachevant une remontée spectaculaire entamée en février mais dont la durée laisse sceptiques les analystes.

Références européenne et américaine de l'or noir, le Brent et le WTI ont dépassé l'un après l'autre ce plafond après l'annonce, mercredi, d'une nette baisse des réserves américaines de brut qui a conforté la bonne disposition des marchés espérant une résorption de la surabondance mondiale.

Les cours du brut n'avaient pas dépassé les 50 dollars depuis l'automne dernier et, surtout, avaient chuté jusqu'à 26-27 dollars, soit leur plus bas niveau depuis plus de 12 ans en janvier et février, ce qui rend leur rétablissement depuis aussi remarquable qu'inattendu. 

"Cela s'explique par des facteurs multiples, notamment des perturbations subies par des exportateurs importants et une réduction de la production chez les professionnels américains du pétrole de schiste", a souligné Hussein Sayed, analyste chez FXTM. 

La production du Canada, cinquième producteur mondial de brut, a en effet été fortement limitée ces dernières semaines par les gigantesques feux de forêt dans la province de l'Alberta (Ouest), qui ont entraîné une réduction moyenne de 1,2 million de barils de pétrole par jour. 

Le secteur pétrolier au Nigeria a quant à lui fait l'objet de sabotages et, il y a un peu plus d'un mois, une grève massive des travailleurs du secteur au Koweït avait fait chuter de moitié la production de ce pays du Golfe pendant trois jours.

De façon plus structurelle, un certain nombre de professionnels américains du pétrole de schiste ont dû mettre la clé sous la porte, ou à tout le moins resserrer le robinet, leur production n'étant plus rentable au vu de la faiblesse des cours. 

L'Opep en point de mire

Un certain nombre d'observateurs ont accusé l'Arabie saoudite d'avoir délibérément fait chuter les cours depuis juin 2014, lorsque le baril s'échangeait au-delà des 100 dollars, en inondant les consommateurs de brut afin de conserver ses parts de marché. 

La dégringolade des cours pendant un an et demi avait été d'autant plus brutale que la consommation a donné des signes de faiblesse, à la santé morose persistante des pays occidentaux s'ajoutant le ralentissement de la locomotive chinoise. 

Mais maintenant que les cours sont remontés à des niveaux plus confortables pour les producteurs, la question est de savoir si l'élan amorcé ces trois derniers mois peut perdurer.

"Le rebond remarquable de plus de 80% observé depuis février est peut-être exagéré, car les fondamentaux macroéconomiques n'ont pas changé d'autant", prévient à ce sujet Bernard Aw, analyste chez IG Markets, dans une note à ses clients.

Un éventuel renforcement du dollar, dans le cas d'un resserrement monétaire américain, risque en outre de peser sur les cours et M. Sayed de FXTM prévient même qu'une correction n'est pas exclue très rapidement, étant donné le caractère excessif des mouvements de prix observés dernièrement sur le marché pétrolier, qu'ils soient vers le haut ou vers le bas.

Dans ce contexte, les investisseurs suivront avec attention la réunion semestrielle de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) le 2 juin à Vienne, bien qu'une décision d'y geler la production pour soutenir les cours semble très peu probable. 

L'Iran, dont le pétrole arrose de nouveau le marché mondial après la levée des sanctions, ne semble avoir en effet aucune intention de plafonner ni sa production ni ses exportations. Sa rivalité avec l'Arabie saoudite, membre dominant du cartel, a d'ailleurs déjà largement contribué à l'échec de négociations sur un gel de la production à la mi-avril à Doha.

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