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"Paradise papers": révélations sans précédent sur les clients des paradis fiscaux

Les "Panama papers" ont révélé les pratiques offshore dans des paradis fiscaux
JOE RAEDLE / AFP
En tout, plus de 120 hommes politiques à travers le monde seraient visés par ces révélations

Un ministre américain en affaires avec des proches du président russe, les investissements aux Bermudes de la reine d'Angleterre: une enquête journalistique internationale a levé le voile dimanche sur des circuits planétaires d'optimisation fiscale, s'appuyant sur une fuite massive de documents.

Dix-huit mois après les "Panama Papers", le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), regroupant 96 médias de 67 pays, a commencé à dévoiler les "Paradise Papers".

L'enquête sur les "Paradise Papers" entend mettre en lumière les circuits auxquels ont recours les personnes fortunées et les multinationales pour déplacer leurs fonds dans des pays n'ayant pas ou peu d'impôt, dans le but de payer le moins de taxes possible. Une pratique qui joue des failles réglementaires mais qui en soi n'est pas illégale.


A l'appui de ces révélations: la fuite de 13,5 millions de documents financiers, provenant notamment d'un cabinet international d'avocats basé aux Bermudes, Appleby, obtenus par le journal allemand Süddeutsche Zeitung.

Des documents provenant d'Appleby dévoilent notamment que le ministre américain au Commerce Wilbur Ross a gardé des participations dans une société de transport maritime ayant des liens d'affaires étroits avec un oligarque russe visé par des sanctions américaines et avec un gendre de Vladimir Poutine, selon le New York Times.

Une dizaine de million de la reine d'Angleterre

Au Royaume-Uni, une dizaine de millions de livres sterling d'avoirs (l’équivalent d’environ 11.3 millions d’euros) de la reine Elizabeth II ont été placés dans des fonds aux Iles Caïmans et aux Bermudes, selon la BBC et The Guardian. Ces ont été réalisés via le Duché de Lancaster, domaine privé de la souveraine et source de ses revenus.

HANNAH MCKAY (POOL/AFP/Archives)

"Tous nos investissements font l'objet d'un audit complet et sont légitimes", a affirmé à l'AFP une porte-parole du Duché de Lancaster. "Nous effectuons un certain nombre d'investissements, dont quelques avec des fonds à l'étranger". Ces derniers ne représentent que 0,3% de la valeur totale du Duché, selon elle.

Problème éthique

Au Canada, le milliardaire homme d’affaire Stephen Bronfman, a placé avec son parrain Leo Kolber, 60 millions de dollars américains (52 millions d'euros) dans une société offshore aux Iles Caïmans, a révélé le Toronto Star.

Ce proche de Justin Trudeau, a été responsable de la collecte de fonds lors de la campagne électorale de 2015 pour le compte du parti libéral canadien. Dans ce contexte, cette révélation pourrait être encombrante pour le Premier ministre, élu sur des promesses de réduction des inégalités et de justice fiscale.

Les circuits auxquels ont recours les personnes fortunées et les multinationales pour déplacer leurs fonds dans les paradis fiscaux ne sont en soi pas illégaux. Cette pratique se joue des failles réglementaires pour leur permettre de payer le moins d'impôts possible.

Le cas du ministre américain du Commerce, Wilbur Ross, pourrait toutefois poser des problèmes éthiques, estime Richard W. Painter, ancien responsable du bureau d'éthique sous la présidence de George W. Bush. Financier réputé, Wilbur Ross a réduit sa participation personnelle dans la société Navigator Holdings, lors de sa prise de fonctions en février, mais en contrôle toujours 31% via des entités offshore.

Paul Morigi (GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/File)

Or l'un des principaux clients de Navigator Holdings est la société russe de gaz et produits pétrochimiques Sibur, qui a contribué à hauteur de 23 millions de dollars à son chiffre d'affaires en 2016, écrit Le Monde.

Et parmi les propriétaires de Sibur figurent Guennadi Timtchenko, un oligarque proche du président russe sanctionné par le Trésor américain après l'invasion de la Crimée par Moscou, et Kirill Chamalov, marié à la plus jeune fille de Vladimir Poutine.

"Le secrétaire Ross n'a pas participé à la décision de Navigator de faire affaire avec Sibur", qui "n'était pas sous sanctions à cette époque pas plus que maintenant", a réagi le département du Commerce dans un communiqué transmis à l'AFP. Il n'a en outre "jamais rencontré les actionnaires de Sibur mentionnés", a-t-il ajouté, assurant que le ministre respectait les normes éthiques du gouvernement.

Le début de mandat du président américain, un an après son élection, est toujours empoisonné par les enquêtes sur une éventuelle collusion entre son équipe de campagne et la Russie.

En tout, plus de 120 hommes politiques à travers le monde, des hommes d'affaires, des multinationales et des personnalités publiques seraient concernés par ces révélations, a indiqué le ICIJ, citant entre autres le cofondateur de Microsoft Paul Allen, le fondateur d’eBay Pierre Omidyar, les entreprises Apple, Nike, Uber, mais également Madonna et Bono.

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