International

Le champ de gaz Tamar
Le prochain sommet Israël/Chypre/Grèce révélera le potentiel régional et politique des découvertes gazières

Dans un Moyen-Orient orageux et instable, les perspectives de coopération et de partenariat sont une rareté. Une nouvelle alliance régionale semble néanmoins émerger en Méditerranée orientale, au sein de laquelle stabilité, développement, intérêts communs et coordination sont les mots clés.

Au cours des sept dernières années, les découvertes de gaz naturel dans les zones maritimes d'Israël, de Chypre et de l'Egypte ont fait de la Méditerranée orientale une des zones les plus populaires économiquement dans le monde. Les compagnies pétrolières et gazières font la cartographie de la région et dépensent beaucoup d'argent pour voir s’il serait possible d’y faire davantage d’affaires. Ces récents développements ont également fait naître l'espoir d’arriver à surmonter les clivages géopolitiques traditionnels.

Selon Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale auprès du Premier ministre israélien, "le gaz est l'un des facteurs qui pourraient changer la situation géopolitique. Israël est un îlot de stabilité dans un Moyen-Orient en perpétuelle évolution. Ceci, combiné avec les découvertes de gaz, va permettre à Israël de construire un réseau d'intérêts avec d'autres pays dans la région qui pourrait changer le centre de gravité de son influence".

Reflétant l'importance potentielle de cette renaissance diplomatique, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou rencontrera jeudi ses homologues grecs et chypriotes à Nicosie pour une première réunion tripartite.

Jadis critiques, dorénavant les meilleurs amis du monde

Averof Neophytou, président de la commission des Affaires étrangères du parlement chypriote et chef du parti au pouvoir dans le pays, dit que le mini-sommet portera sur "une nécessité et la réalité". S’exprimant lors d’une entrevue avec I24news lors d’une visite en Israël plus tôt ce mois-ci, Neophytou a affirmé que la Chypre, Israël et la Grèce coopèrent pour des raisons de sécurité, pour des raisons politiques, pour des raisons économiques et aussi pour des raisons liées à l'énergie.

"La Grèce, la Chypre et Israël sont des démocraties qui fonctionnent. Nous partageons les valeurs occidentales et nous sommes dans une région où des centaines de millions de personnes, malheureusement, ne partagent pas les mêmes culture et valeurs. Nous devons donc coopérer pour le bien de la région et le bien de notre peuple".

Kobi Gideon/ GPO

La Chypre et la Grèce étaient jadis parmi les leaders de la critique européenne d'Israël, mais ils semblent aujourd'hui croire que la coopération avec l'Etat juif peut promouvoir leurs intérêts. En fait, au moment où la pression européenne se fait de plus en plus vive sur Israël et les Palestiniens pour résoudre leur conflit, la Grèce et la Chypre sont devenus les nouveaux meilleurs amis d'Israël. La Grèce a décidé de ne pas se conformer à la directive de l'Union européenne (UE) enjoignant aux États membres d'étiqueter les produits fabriqués dans les implantations israéliennes et les deux pays ont intensifié leur soutien à Israël au sein des institutions de l'organisation. La semaine dernière, ils ont fait pression sur le Conseil des affaires étrangères de l'UE pour adoucir une résolution sur l'étiquetage des produits.

Aryeh Mekel, ancien ambassadeur d'Israël en Grèce, a confié à I24news que même si la Chypre et la Grèce ne vont pas changer complètement leur politique, "c’est une bonne chose, surtout en ce moment alors que tant d'autres veulent nous boycotter, de montrer que nous sommes forts dans la région, que nous avons des alliés".

Dégel avec Ankara

Un des facteurs clés qui ont accéléré la nouvelle alliance en Méditerranée orientale a été la détérioration des relations israélo-turques depuis la mort de neuf citoyens turcs en 2010 au cours d’affrontements avec des commandos israéliens à bord d'un navire à destination de Gaza appelé le Mavi Marmara.

Jusqu'à récemment, la Grèce, Chypre et Israël partageaient une hostilité commune envers le régime turc. Cependant, un rapprochement semble être en préparation entre Jérusalem et Ankara. La Turquie s’avèrerait un client potentiel majeur pour les champs gaziers d'Israël, venant troubler les eaux de la Méditerranée orientale.

AFP

"C’est la grande crainte en Grèce. On me demande toujours: ‘Et si Israël se réconcilie avec la Turquie, est-ce que cela va détruire notre nouvelle relation?’ ", se souvient Merkel. "Et nous avons l'habitude de dire, et je suis d’accord d’une certaine manière, que la relation avec la Grèce et la Chypre est assez forte maintenant, elle se tient fermement sur ses deux pieds. Nous espérons donc qu'elle pourra survivre à un rapprochement avec la Turquie."

Neophytou a même indiqué que le dégel Israël-Turquie pourrait déboucher sur un climat plus positif pour résoudre la fracture gréco-turque à Chypre. "Je ne lie pas directement l’amélioration des relations entre Israël et la Turquie à la solution du problème chypriote. Par contre, si nous arrivons à trouver une solution au problème de la Chypre et qu’en même temps les liens entre Israël et la Turquie s’améliorent, cela offrirait beaucoup d'autres options pour le secteur de l'énergie".

Les intérêts de l'UE et de l'OTAN

D'autres joueurs ont également un intérêt dans le nouveau centre énergétique de la Méditerranée orientale. Les exportations potentielles de gaz vers l'Europe feraient diminuer la dépendance du continent envers le gaz russe, ce qui pourrait faire en sorte que le bassin émergent transforme le paysage géopolitique. "Les experts européens et des membres de l'OTAN envoient le message clair qu'ils ont un très fort intérêt dans cette alliance. Ils veulent voir la Méditerranée moins polarisée, plus stable et fiable, afin qu'ils puissent concentrer leurs efforts sur la lutte contre les extrémistes islamistes”, explique Amidror. "Si nous parvenons à construire un réseau avec nos voisins, la Grèce, Chypre, l'Italie et plus tard la Turquie, c’est l'UE et l'OTAN qui s’en réjouiront".

Le ministre israélien de l'Energie, Yuval Steinitz, prévoit également des perspectives utopiques. "L'Europe est à la recherche d'autres ressources. Dans quelques mois, nous allons reprendre les explorations de gaz et nous pourrions tripler la quantité que nous avons. Le bassin de la Méditerranée orientale pourrait venir remplacer la mer du Nord", a-t-il déclaré à I24news.

Cette manne gazière a encore un long chemin à parcourir avant de se matérialiser, mais Israël espère que ce qui se cache sous ces eaux va changer l'équilibre du pouvoir dans la région.

Tal Shalev est la correspondante diplomate d’I24news.

1 Commentaire

Vous devez être connecté pour commenter. Connectez-vous ou créez un compte