International

La Corée du Nord est le neuvième pays à avoir développé des armes nucléaires
Plus de 300 installations sismiques guettent le moindre signe d'explosion nucléaire dans le monde

Pendant des décennies, les dirigeants de la planète ont rêvé d'un monde exempt d'armes nucléaires. Mais l’essai nucléaire mené par la Corée du Nord en janvier, le quatrième en une décennie, prouve que nous sommes encore loin de ce rêve et que la terrible menace que pose cette arme fatale existe toujours.

Depuis 1945, plus de 2.000 essais nucléaires ont été répertoriés, mais la Corée du Nord est le seul Etat à avoir effectué au 21ème siècle. La plupart des pays se conforme à un moratoire de facto, institué par le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE). Signé par 183 pays des Nations Unies en septembre 1996, le traité était considéré comme une étape importante sur la voie du désarmement nucléaire.

Il fixait un plafond du développement atomique en interdisant tous les types d'explosions nucléaires. Un impressionnant régime de surveillance a été créé dans le monde entier : plus de 300 installations sismiques guettent le moindre signe d'explosion nucléaire, non seulement sur terre mais également sous terre, sous l'eau et dans l'espace. Les données de ce système de surveillance sont transmises à un centre international à Vienne qui les traite et les analyse. C’est d’ailleurs ainsi que les essais nucléaires nord-coréens ont été détectés.

Deux décennies après la signature du traité, un tabou international plane sur les essais nucléaires, mais le TICE n’est toujours pas juridiquement contraignant. Huit Etats nucléaires ne l’ont pas ratifié: les Etats-Unis, la Chine, l'Egypte, Israël et l'Iran l’ont signé mais pas ratifié, tandis que l'Inde, la Corée du Nord et le Pakistan ne l’ont même pas signé.

Pour célébrer son 20e anniversaire, des experts et responsables internationaux en contrôle des armes ont été invités à Vienne pour un symposium spécial, dans l'espoir de déployer un dernier effort pour mettre un terme aux essais nucléaires. "Si vous ne ratifiez pas le Traité, le moratoire reste fragile. La ratification est nécessaire pour lui donner une force juridiquement contraignante, plus forte qu'un simple moratoire," a déclaré à i24news la semaine dernière Lassina Zerbo, le secrétaire exécutif de la Commission préparatoire du TICE sur l'application du traité.

"Le traité doit être porté à un niveau politique plus élevé", estime aussi Angela Kane, ancienne haute représentante de l'ONU pour les questions de désarmement. "Nous devons rappeler qu’il est important qu’il entre en vigueur, et voir ce que nous pouvons faire (peut-être impliquer les parlements, le Conseil de sécurité) afin de le remettre à l'ordre du jour suite à son déclin”, précise-t-elle.

En 1996, les Etats-Unis ont été le premier pays à signer le traité, mais le Sénat a rejeté sa ratification en 1999, et l’opposition du Parti républicain aux mesures de contrôle des armes a gelé la politique nucléaire américaine. Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a récemment exprimé sa volonté de "redynamiser" le débat sur le sujet sur la colline du Capitole, mais l’année électorale qui commence aux Etats-Unis réduisent les chances d’une ratification dans les prochains mois. "Les conditions politiques à Washington font qu’il est très difficile pour Barack Obama d’amener le Sénat à porter une attention sur le traité", a confié à i24news Daryl Kimball, directeur exécutif de l'Arms Control Association. Selon lui, "les Etats-Unis sont la clé parce que d'autres pays - la Chine, Inde, le Pakistan- attendent qu’ils fassent le premier pas ».

Pour Zerbo, les questions mondiales ou nationales de sécurité comme le TICE, "ne devraient pas être une question partisane entre démocrates et républicains. Ce devrait être un traité bipartite qui sert la sécurité nationale". Il estime que la ratification par l'un des sept autres pays pourrait permettre pour faire pression sur les Etats-Unis. À ce sujet, il pointe le Moyen-Orient. "En signant le CTBT, Israël, l'Iran et l'Egypte ont déjà dit non aux essais. Nous avons besoin qu’ils disent "jamais". Cela pourrait donner un élan pour faire avancer les choses".

Israël, que Zerbo a visité l'année dernière et qu’il a l'intention de visiter à nouveau dans les prochains mois, est selon lui l'un des pays clés. “Après l'accord avec l’Iran, je crois que ratifier le traité est une option plus intéressante pour Israël et peut-être même aussi pour l’Egypte et l'Iran. La plupart des préoccupations d'Israël ont été traitées et nous allons dans la bonne direction".

Mais comme c’est généralement le cas au Moyen-Orient, les choses sont un peu plus compliquées. Contrairement au Traité de non-prolifération (TNP), auquel Israël refuse de se joindre, l'approche de Jérusalem envers le TICE est plus positive et est décrite comme “le visage souriant de la politique nucléaire d'Israël", selon un responsable israélien.

Israël a pris part aux négociations qui ont abouti au traité, l’a signé et est activement engagé dans la surveillance et les exercices du TICE. Israël a en effet deux stations sismiques qui participent au système de contrôle international. Divers hauts responsables israéliens ont expliqué que "la question n’est plus de savoir si Israël va ratifier le traité, mais quand". Cela dépend d'autres questions liées à la sécurité, et notamment du contexte régional, comme par exemple une reconnaissance par l’Iran du droit d'Israël à exister et si l'Egypte renonce à sa demande qu’Israël rejoigne le TNP pour qu’elle accepte de ratifier le TICE.

Lors du symposium, l'ambassadrice d'Israël auprès de l'AIEA et de la Commission TICE, Merav Zafary-Odiz, a déclaré que le "CTBT est une mesure importante pour bâtir la confiance dans la région. Le fait que les données soient partagées est important et cela peut potentiellement contribuer au renforcement de la confiance régionale, mais seulement si toutes les stations de la région sont construites, et les données transférées, ce qui n’est pas le cas. "

Une station de la commission préparatoire du TICE en Iran est inactive depuis 2006 et Téhéran n'a pas encore signé l’accord d'activation requis avec le CTBT, alors que l'Égypte n'a pas encore construit de système. Zarafy-Odiz a appelé les parties dans la région à accepter un moratoire sur les essais régionaux et contesté le fait que la ratification du TICE n’ait pas fait partie de l'accord récemment signé avec l'Iran.

La réalisation diplomatique que représente l'accord avec Iran a donné espoir aux experts en contrôle des armes que le TICE pourrait devenir le prochain grand objectif. Mais la politique mondiale, la real politik et les jeux de pouvoir jouent apparemment encore un trop rôle trop important.

Tal Shalev est correspondante diplomatique chez i24news

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