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Boycott Israel, BDS
Jérusalem a alloué 23 millions € pour lutter contre les efforts en ligne de déligitimation de l'Etat hébreu

Israël se sert de son expertise de leader mondial dans le domaine de la cyber-sécurité pour contrer la menace croissante du mouvement mondial pro-palestinien de boycott d'Israël, rapporte l'agence Associated Press.

Le gouvernement israélien a ainsi récemment alloué cette année près de 23 millions d'euros pour lutter contre ce qu'il estime être des efforts mondiaux de "déligitimation" du droit de l'Etat juif à exister. Une partie des fonds a été allouée à des entreprises high tech israéliennes, dont beaucoup sont dirigées par d'anciens officiers du renseignement militaire, pour mener des initiatives en ligne visant à recueillir des renseignements sur les groupes d'activistes et contrer leurs efforts.

"Je veux créer une communauté de combattants", a déclaré Sima Vaknin-Gil, la directrice générale du ministère israélien des Affaires stratégiques et des Relations publiques, aux développeurs de technologie israéliens lors d'un forum le mois dernier consacré à cette question.

Parmi les représentants du gouvernement impliqués dans ces efforts, on retrouve quelques-uns des meilleurs gardiens des secrets d'Israël, notamment Sima Shine, une ancienne haute responsable du Mossad, et Vaknin-Gil, qui a récemment quitté son poste de cheffe de la censure militaire, en charge de faire de la discrétion sur les secrets d'Etat.

Israël s'est imposé comme un leader mondial dans l'innovation cyber technologique, avec l’émergence d’unités de renseignement de sécurité, prestigieuses et secrètes. Ces unités sont considérées comme étant derrière certaines des cyber-attaques les plus sophistiquées du monde, parmi lesquelles le virus Stuxnet qui a attaqué les équipements de l'énergie nucléaire iranien lors de la dernière décennie.

Chaque année, ces unités produisent de nombreux talents qui transfèrent ensuite leurs compétences dans le monde des affaires. Israël cherche maintenant à tirer parti de leur prouesse technologique pour protéger l'image internationale d'Israël.

Vaknin-Gil a déclaré que son ministère encourage les initiatives visant à mettre en lumière le financement des militants anti-israéliens et à freiner leurs activités, ainsi que des campagnes pour "inonder internet" avec un contenu qui donnerait un visage positif d'Israël. Si certaines de ces actions ne doivent pas être identifiées publiquement avec le gouvernement, le ministère ne compte pas financer des initiatives contraires à l'éthique ou illégales, explique Vaknin-Gil.

Fondé il y a 10 ans, le mouvement pro-palestinien "BDS" est une coalition d'organisations qui prônent le boycott, le désinvestissement et les sanctions contre Israël. Inspiré du mouvement anti-apartheid, les organisateurs de BDS disent utiliser des moyens non violents pour promouvoir la lutte palestinienne pour l'indépendance.

Le mouvement s'est développé au point de devenir un réseau mondial de milliers de bénévoles, parmi lesquels de nombreux étudiants, des groupes religieux et des Juifs libéraux déçus par les politiques israéliennes.

Ces militants exercent des pressions importantes sur des artistes et des institutions académiques afin qu’ils rompent leurs liens avec Israël.

Certains syndicats universitaires américains et britanniques ont approuvé ces dernières années le boycott d'Israël, des associations étudiantes ont fait des propositions de désinvestissement, et quelques musiciens célèbres ont refusé de se produire en Israël.

Le mouvement BDS assume également la responsabilité des pressions exercées sur certaines grandes entreprises pour cesser ou diminuer leurs opérations en Israël. Récemment, il a exhorté les meilleurs acteurs d'Hollywood à refuser un voyage payé par le gouvernement en Israël offert aux principaux nominés aux Oscars.

Omar Barghouti, co-fondateur du mouvement BDS, et ancien étudiant à l'université de Tel Aviv, a affirmé que certaines pages web de sites liés au BDS avait mystérieusement disparu de la Toile.

"Nous présumons qu'il s'agit d'un cyber sabotage conduit par Israël, mais nous sommes ravis de voir que son impact négatif sur le mouvement mondial BDS a été piteux jusqu'à présent", a-t-il ajouté.

Selon Israël, le mouvement trouve ses racines dans l'antisémitisme et ne cherche pas à faire changer la politique israélienne, mais à en finir avec l'Etat juif.

De nombreux activistes qui mènent des campagnes anti-israéliennes sur les réseaux sociaux sont des férus de technologie, souvent des musulmans de deuxième et troisième génération vivant en Europe et aux États-Unis, et qui ont des griefs contre l'Occident contre lequel ils mènent aussi des campagnes en ligne, a déclaré Elad Ratson, en charge de cette question au sein du ministère israélien des Affaires étrangères.

Selon lui, ces activistes créent souvent des codes qui permettent d'envoyer des milliers de messages sur les réseaux sociaux, créant l'illusion que de nombreuses personnes partagent le même sentiment anti-israélien ou anti-occidentale.

Les responsables israéliens ont récemment fait pression sur Facebook pour supprimer des pages qui, selon eux, incitent à la violence contre les Israéliens.

Ratson explique ainsi que les géants des réseaux sociaux ont commencé à fermer les comptes d'utilisateurs incitant à la haine. Twitter a déclaré avoir fermé depuis mi-2015, plus de 125.000 comptes "proférant des menaces ou faisant l'éloge des actes terroristes, principalement liés à l'Etat islamique".

Certaines entreprises de haute technologie israéliennes se sont mises à inventer des algorithmes astucieux qui permettent de restreindre l'influence de ces militants.

Firewall Israel, une initiative parrainée par l'Institut Reut, un groupe israélien de réflexion, a mis en place une plate-forme en ligne pour aider les militants pro-israéliens à travers le monde à communiquer sur les activités anti-israéliennes qui ont lieu dans leurs communautés.

Inspiration, une société d'analyse du renseignement israélienne fondée par Ronen Cohen et Haim Pinto, des anciens officiers du renseignement militaire, ont lancé une initiative technologique il y a quelques mois pour recueillir des renseignements sur les organisations BDS en Europe, en particulier dans les pays scandinaves, aux États-Unis et en Amérique du Sud, a déclaré Cohen.

Il explique que l'initiative vise à démanteler l'infrastructure des groupes selon lui, sont responsables de l'incitation à la haine et de l'antisémitisme contre Israël.

Finalement, explique-t-il, ces opérations ne sont pas très différentes de celles, dont vous entendez parler dans les journaux, menées en Syrie ou au Liban".

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