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Le siège de l'Unesco, à Paris, le 31 octobre 2011
De Rio à Paris, les Juifs ont tenté d'infléchir la position de leurs gouvernements face au texte controversé

Ses efforts pour faire repousser l’adoption de la résolution de l’UNESCO ont échoué mais la communauté juive mexicaine lui est reconnaissante.

"Merci Andrés Roemer, le Dreyfus Mexicain" : c’est ce qu’a titré un site d'information communautaire, à propos de l'ambassadeur du Mexique à l'UNESCO, qui a quitté la salle lors du vote de la résolution controversée niant le lien entre les Juifs et le Mont du Temple à Jérusalem.

"Même si cette résolution infâme a été adoptée, Roemer a accompli un exploit : avoir montré au monde entier ce qu’un homme peut faire lorsqu’il s’en tient à ses principes", peut-on lire dans un éditorial publié sur le site Enlace Judio.

"C’est un geste noble, et les gestes nobles sont rarissimes dans des lieux tels que l’UNESCO", poursuit le texte.

"Un révisionnisme historique", pour les Juifs du Brésil

De son côté, le Brésil, dont la communauté Juive a vigoureusement protesté ses derniers jours, a également dénoncé les choix sémantiques de la résolution et a précisé qu’il serait difficile de la soutenir lors des prochains votes.

L’un des porte-paroles de la communauté juive brésilienne, Floriano Pesaro, a indiqué qu’il avait été demandé à plusieurs responsables politiques de justifier le vote brésilien en faveur de la résolution de l’UNESCO, en vain.

"C’est absurde. Personne de normalement constitué ne peut défendre cette résolution", a-t-il écrit dans une lettre ouverte au ministre des affaires étrangères du Brésil. "Approuver une déclaration si mal à propos n’est pas en accord avec la tolérance religieuse du Brésil ni même avec la connaissance de l’histoire".

Le vote du Brésil en faveur de cette résolution controversée a été présenté comme une tentative de soutenir le processus de paix aujourd’hui au point mort.

"La reconnaissance des liens historiques entre les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans dans la Vieille ville de Jérusalem, à Bethléem ainsi qu’à Hébron, constitue la base pour une perspective ouverte et constructive sur cette question", a expliqué le gouvernement, mais la communauté Juive ne trouve que peu de réconfort en cette déclaration.

"Cette déclaration encourage un révisionnisme historique inacceptable, niant bien des réalités sur le caractère juif de tels sites", a déclaré Fernando Lottenberg, président de la Confédération Juive du Brésil

Il a également accusé le gouvernement d’avoir de "mauvaises fréquentations" et de se positionner aux côtés des dictatures "qui n’ont aucun attachement à la démocratie et aux droits de l’homme".

Des accusations similaires ont été lancées par des militants ayant initié une pétition en ligne pour demander des explications au gouvernement brésilien, qui a atteint près de 10.000 signatures ces trois derniers jours. "Le Brésil s’aligne sur ceux qui diabolisent le Judaïsme", dénonce la pétition.

Les militants mettent aussi l’accent sur le fait que le Brésil abrite la plus grande communauté catholique au monde, dont les membres se sentent aussi attaqués par la tentative de l’UNESCO d’effacer 2000 ans de leur histoire.

Afrique du Sud : un pouvoir rangé du côté des Palestiniens

En Afrique du Sud, une organisation juive s’est alliée avec des groupes chrétiens pour protester contre cette décision, mais personne ne s’attend à de réels changements.

"Les autorités dominantes en Afrique du Sud se sont vigoureusement opposées à Israël et se sont rangées du côté des Palestiniens au cours des vingt dernières années, et encore davantage ses huit dernières années", a déclaré Ben Swartz, Président National de la Fédération Sioniste Sud-Africaine à I24news.

"Leurs déclarations se sont radicalisées, et certaines de leurs prises de positions se sont avérées bien plus radicales que celles des pays arabes et musulmans modérés", a-t-il ajouté, qualifiant l’appui Sud-Africain à la résolution de l’UNESCO de "révoltant mais pas surprenant".

Ces derniers jours, des militants ont lancé une campagne en ligne auprès des églises d’Afrique du Sud, pour les appeler à prendre des mesures en réponse à la décision de l’UNESCO.

Des centaines de groupes juifs et chrétiens se sont rendus au ministère des Affaires Etrangères et dans les bureaux locaux de l’UNESCO, et ont demandé à rencontrer les dirigeants pour exprimer leur incompréhension, sans succès.

"La politique étrangère Sud-africaine est largement imposée à une grande partie de la population", note Swartz, "mais le gouvernement n’en a que faire ou ne comprend pas".

"Une position ambiguë qui fait souffrir la communauté juive française"

Cependant, le fait que des pays qui avaient voté une résolution similaire de l’UNESCO en avril, alors votée par 33 pays – dont la France, l’Espagne, la Slovénie et la Suède – aient décidé cette fois de s’abstenir est vue comme une consolation en Israël.

En France, les vives critiques émises par les institutions juives, et notamment le discours résolu mais apaisé du Grand Rabbin de France Haim Korsia, ont pu influencer sur la décision du Quai d’Orsay de s’abstenir, contrairement à la résolution précédente (qui affirmait notamment qu’Israël implantait de fausses tombes juives dans les cimetières musulmans) que Paris avait soutenu.

Pourtant, la communauté juive française n’est pas entièrement apaisée : "Notre pays a manqué une nouvelle fois l'opportunité de s'exprimer clairement sur la réalité historique du caractère juif de Jérusalem", s’est désolé le CRIF.

Si le changement de position de la France est le bienvenu, le CRIF a exhorté le gouvernement à "sortir urgemment de cette position ambiguë qui fait souffrir la communauté juive française".

Polina Garaev est la correspondante d'i24news en Allemagne

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