Quantcast

Attentat de l'AMIA: 23 après, l’Iran en quête de rapprochement avec l’Argentine

Firemen and policemen search for wounded people after a bomb exploded at the Argentinian Israelite Mutual Association in Buenos Aires, July 18, 1994
Ali Burafi (AFP/File)
"Nous connaissons la vérité sur ce qu’il s’est passé pendant le massacre de l’AMIA" (directeur à i24NEWS)

Vingt-trois ans après le pire attentat terroriste de l’histoire de l’Argentine, toujours aucune personne n’a été arrêtée. Ladite "affaire AMIA" reste non résolue et erre dans les méandres infinies des limbes judiciaires.

De récents rapports émanant de Téhéran indiquent que le pays, accusé d’avoir commandité l’explosion au centre communautaire juif de Buenos Aires en 1994, cherche à présent à collaborer avec l’Argentine dans l’enquête. En réponse, la communauté juive argentine a rejeté l’initiative, réaffirmant l’appel à l’extradition des suspects iraniens afin qu'ils soient jugés devant des tribunaux locaux.

Mardi 18 juillet, le pays sud-américain commémore la 23ème année depuis l’attentat suicide à la voiture piégée, chargée de 300kg d’explosifs, et détonnée à l’entrée du bâtiment de l’AMIA (Asociación Mutual Israelita Argentina) qui abritait les principales institutions juives d'Argentine, faisant 85 morts et 300 blessés.

Quelques heures avant la cérémonie officielle, le nouveau directeur de l'AMIA, Agustin Zbar, s’est entretenu avec i24NEWS au sujet des derniers développements avec l’Iran.

"Nous connaissons la vérité sur ce qu’il s’est passé pendant le massacre de l’AMIA: nous savons que l’attaque a été décidée à Téhéran, que des citoyens argentins ont chargé la camionnette de bombes et l’ont livrée à des agents du Hezbollah qui ont eux mandaté un terroriste kamikaze du nom d’Ibrahim Berro, qui à son tour s’est fait exploser", explique Zbar.

"Nous connaissons la vérité, mais nous avons besoin de la justice, il faut que les accusés comparaissent devant les tribunaux argentins pour faire face aux accusations et aux preuves. Jusqu’à ce que la justice rendue soit basée sur la vérité, il n'y aura pas de répit pour les morts de l’AMIA", ajoute-t-il.

Via un communiqué de presse officiel signé par Zbar publié le 13 juillet, l’organisation juive a insisté sur le fait que ces mesures sont justes et nécessaires pour résoudre cette affaire.

"La seule coopération officielle que l’Argentine est prête à accepter, est que les personnes recherchées par Interpol et les autres accusés, comparaissent devant la cour avec toutes les garanties de la procédure habituelle inscrite dans notre Constitution", dit-il.


"Jusqu'à présent, les actions gouvernementales iraniennes ont fait preuve d'un manque total de détermination dans leur contribution à la clarifier l'attaque, en protégeant politiquement les accusés et rejetant les preuves", indique le communiqué.

Rencontre antiterroriste en Iran

Une conférence régionale sur le travail de la police internationale Interpol, s'est déroulée à Téhéran la semaine dernière, dans le cadre du "Projet Kalkan" dédié aux affaires liées au terrorisme dans le centre et le sud de l’Asie.

Selon l'agence de presse iranienne Tasnim, 29 experts en contre-terrorisme ont participé à l’événement et ont discuté des "moyens pour renforcer la coopération régionale et internationale dans la lutte contre les terroristes étrangers".

Le secrétaire général d'Interpol, Jurgen Strock, a été le premier à s'exprimer lors de cette réunion de deux jours à laquelle ont assisté des responsables locaux, dont le diplomate iranien, Abbas Araghchi.

C'est à cette occasion que les deux responsables auraient discuté d'un nouveau rapprochement avec l'Argentine, suite à une précédente tentative ratée lors d'un protocole d'entente en 2013 - un accord bilatéral discuté en secret et signé par l'administration de la présidente Cristina Fernández de Kirchner et le président iranien de l’époque, Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013).

L'accord consistait à un prétendu effort conjoint afin de résoudre l’attentat de 1994 via un organisme commun supervisé par un tiers. Mais cette initiative a suscité la colère de la communauté juive argentine ainsi que de la grande majorité de l'opinion publique.

AP Photo/Natacha Pisarenko

Fernández de Kirchner n'a jamais réussi à véritablement expliquer son objectif, et peu de temps après, l'accord a été jugé anticonstitutionnel.

Deux ans plus tard, un procureur fédéral nommé Alberto Nisman se servira de ce pacte comme une preuve de la responsabilité de Kirchner, de son ministre des Affaires étrangères, Hector Timerman, et d'autres membres de son gouvernement, pour avoir étouffé l’affaire afin de favoriser les suspects iraniens.

Nisman a porté plainte le 14 janvier, mais a été retrouvé mort quatre jours plus tard, d’une blessure par balle à la tête, quelques heures avant qu'il ne se présente devant une Commission spéciale au Congrès. L'administration Kirchner a insisté sur le fait qu'il s'agissait d'un suicide.

Survivant

Javier Miropolsky, 46 ans, a travaillé dans la division des services sociaux au sein de l'AMIA. Ses collègues et lui avaient été transférés à un autre étage en raison de travaux au moment où la voiture piégée a explosé dans le bâtiment.

Il a fallu cinq heures aux sauveteurs pour l’atteindre, là où il s’était couché, criant sous les décombres qui furent autrefois son bureau.

Seulement trois personnes sur 20 dans son département ont survécu, il était l'un d'entre eux.

"Pour moi, chaque jour de l'année est le 18 juillet, jusqu'à ce que justice soit rendue", a déclaré Miropolsky à i24NEWS lors d’une interview à sa résidence d’Arad en Israël.

"J'ai été gravement blessé physiquement. Au départ, les médecins voulaient amputer ma jambe gauche", a-t-il ajouté.

"J'ai subi 10 chirurgies et j'ai souffert du 'syndrome d'écrasement' dans la partie gauche de mon corps".

La mission que s'est donné Miropolsky est de raconter cette journée tragique à Buenos Aires: "Cela ne doit pas être oublié, les gens doivent faire pression afin de faire la lumière sur ce qu’il s’est passé".

Miropolsky explique que l'attaque a été l'une des principales raisons pour lesquelles il a décidé d'émigrer en Israël. Interrogé sur sa confiance dans les institutions argentines après 23 ans d'injustice, Miropolsky a été clair et bref: "Je ne leur fais pas confiance".

Dans le même temps, le président argentin Mauricio Macri a reçu les dirigeants des organisations juives AMIA et DAIA (délégation des associations argentines israéliennes) à qui il a exprimé son soutien et l'engagement du gouvernement.

D’après les rapports locaux, l'administration Macri n'a pas l'intention de collaborer avec l'Iran sur l'enquête.

La commémoration officielle aura lieu mardi à 9h53 (heure locale), soit l'heure exacte de l’attentat. Plusieurs responsables du gouvernement participeront à la cérémonie, à noter toutefois l’absence du chef de l'Etat.

D’autres événements commémoratifs auront lieu – un témoignage de ce que 23 ans de vide judiciaire a laissé à la communauté juive locale. Les différences politiques ont polarisé l’opinion des survivants et des proches des victimes.

Seul le temps dira si ces blessures peuvent guérir.

Damian Pachter est le correspondant d'i24NEWS en Amérique latine et chercheur à l''Institut de recherche de Harry S. Truman pour la promotion de la paix.

Commentaires

(0)
8Article précédentNetanyahou confie à Macron être "sceptique" quant aux efforts de paix US (média)
8Article suivant"La Hongrie a commis un péché en ne protégeant pas les Juifs" (Orban)