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Affaire Nisman: démenti des accusations de couverture du meurtre par le gouvernement argentin

Argentina's Public Prosecutor Alberto Nisman, seen here in 2009, was found dead in his Buenos Aires apartment on January 18, 2015
Juan Mabromata (AFP/File)
Damien Pachter, journaliste à i24News, est le premier à avoir révélé l'histoire du meurtre du procureur

Cristina Fernandez de Kirchner, ancienne présidente argentine, a qualifié d'"ineptie" un rapport affirmant jeudi qu'une enquête menée conjointement par plusieurs spécialistes est parvenue a la conclusion qu'Alberto Nisman, le procureur en charge de l'affaire des attentats de 1994 qui avaient visé l'association juive AMIA de Buenos Aires attribués à l'Iran ne s'est pas suicidé comme l'affirme la défense.

Ce rapport en espagnol dévoilé par le site d'informations Infobae qui n'avait pas été confirmé par les responsables argentins a affirmé qu'une équipe de 28 experts dans divers domaines - y compris la balistique et la psychologie - menant l'enquête officielle sur la mort mystérieuse de Nisman, a catégoriquement conclu que Nisman avait été abattu d'un coup de feu à la tête et que les auteurs avaient tenté de brouiller les pistes sur place.

Avant les élections législatives d'octobre et après des années à fuir la presse argentine, Kirchner a surpris l'opinion en accordant une interview exceptionnelle à Infobae au cours de laquelle elle a évoqué cette affaire et a fait face aux accusations selon lesquelles son gouvernement aurait était impliqué dans la mort de Nisman.

Alejandro Pagni (AFP/File)

"C'est absurde, tout le monde sait que c'est une aberration", a déclaré Kirchner lorsqu'elle a été interrogée sur les accusations d'une prétendue dissimulation gouvernementale du meurtre. Cette thèse était soutenue par plusieurs journalistes, dont Damian Pachter d'i24NEWS, qui avait été l'un des premiers à révéler l'histoire de la mort de Nisman quand il écrivait pour le Herald de Buenos Aires.

Pachter avait finalement été contraint de fuir l'Argentine à la suite d'une surveillance suspecte dont il faisait l'objet.

"Pour moi, c'est une accusation sans fondements et je crois que [même] ceux qui l'expriment n'y croient pas", a déclaré Kirchner.

"Il n'y avait vraiment aucune raison. Cette affaire a été déclenchée d'une certaine manière. Ca été une déferlante impressionnante", a-t-elle déclaré, qualifiant les allégations contre son gouvernement de "sans queue ni tête".

De sang-froid

Le rapport d'Infobae a été publié par le journaliste Roman Lejtman et mentionne les conclusions auxquelles est parvenu le groupe d'experts. Ces conclusions devraient être compilées dans un rapport final et présentées dans les prochaines semaines à Eduardo Taiano, l'avocat qui dirige l'affaire.

Selon la description des résultats de Lejtman, "le procureur [Nisman] a été tué d'une balle dans la tête. Les meurtriers ont apporté des changements à la scène du crime pour tenter de masquer cet assassinat et de faire croire à un suicide déclenché par une potentielle crise de nerfs".

Juan Mabromata (AFP)

Des preuves révélées auparavant - telles que l'absence de poudre à canon sur les mains de Nisman ou le manque d'empreintes digitales suspectes dans la salle de bain où son corps a été découvert - ont vraisemblablement renforcé l'hypothèse du meurtre.

De nouvelles preuves privilégient également la piste criminelle, notamment l'apparition «soudaine» de coups à la jambe et à la tête de Nisman, ainsi que la revue d'un vieux rapport toxicologique qui avait découvert des traces de Kétamine - couramment utilisée comme anesthésiant – dans le corps de Nisman, laissant sous-entendre que celui-ci avait été drogué avant d'être assassiné.

D'autres sources judiciaires et spécialistes, citées par le journaliste Daniel Santoro dans un rapport pour le nouveau site argentin Clarín, ont laissé supposer que Nisman a été tué par au moins deux personnes et que la posture dans laquelle son corps a été retrouvé "est absolument incompatible avec la chute naturelle de quelqu'un qui s'est suicidé".

Cependant, un communiqué de presse officiel publié par la Garde côtière argentine - les forces armées chargées de l'analyse des preuves dans l'enquête - a déclaré que les conclusions détaillées d'Infobae n'étaient pas définitives.

"La Direction des études criminelles et judiciaires de l'institution n'a produit aucun rapport définitif concluant dans le cadre du Conseil consultatif pluridisciplinaire concernant l'expertise de ce que l'on appelle 'l'affaire Nisman'", indique la déclaration.

Juan Mabromata (AFP)

Cependant, le communiqué de presse ne démentait pas expressément la conclusion concernant la manière dont Nisman était mort. Son décès était survenu quelques heures seulement avant sa comparution prévue devant une audience du Congrès dans le cadre d'enquêtes visant Kirchner.

Pour Nisman, la formation de Kirchner d'une "commission de vérité" avec l'Iran pour enquêter conjointement sur l'attentat contre la Fédération des organismes de bienfaisance juives argentines (AMIA) qui avait fait 85 mort, avait pour but d'aider à obtenir les mandats INTERPOL contre cinq suspects iraniens abandonnés dans le but d'apaiser les relations entre les deux pays.

Ce qui est encore difficile à faire accepter, c'est la chronologie entre la publication des accusations de Nisman contre Kirchner et sa mort mystérieuse et prématurée.

Le fait que Nisman ait déposé un acte d'accusation contre Kirchner le 14 janvier 2015 a mis à jour un réseau iranien présumé qui exploitait un canal diplomatique caché avec des représentants du gouvernement par des intermédiaires.

A peine 96 heures plus tard, Nisman était mort.

Damian Pachter est le correspondant d'i24NEWS en Amérique latine et chercheur à l'Institut de recherche Harry S. Truman pour l'avancement de la paix.

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