Europe

Barbelés entourant l'ancien camp de concentration de Mauthausen près de Linz dans le nord de l'Autriche
Le parquet de Graz justifie un article d'un magazine d'extrême-droite sur les détenus de l'ancien camp nazi

Les survivants de la Shoah ont fait part de leur indignation mercredi après la déclaration d'un procureur autrichien qui a justifié un article d'un magazine d'extrême-droite qualifiant de "peste criminelle" les personnes libérées du camp de concentration de Mauthausen, rapporte jeudi le journal Haaretz.

Dans un article publié dans son édition de juillet/août 2015, le magazine Die Aula affirme que ce qualificatif s'applique à un nombre significatif de détenus libérés, qui, selon lui, ont commis une "série de crimes" dans le voisinage après la fuite des gardiens nazis à la fin d ela seconde guerre mondiale en 1945.

"Le fait qu'une portion non négligable de détenus libérés est devenue un fléau pour la population est considéré comme une évidence par la justice et est seulement contesté par les fétichistes des camps de concentration", peut-on lire dans l'article de ce magazine d'extrême-droite.

Le parquet de Graz (sud de l'Autriche) avait ouvert une enquête criminelle contre l'auteur de l'article pour négationnisme et incitation à la haine, mais avait un peu plus tard abandonné les poursuites.

"Il est plausible que la libération de plusieurs milliers de personnes du camp de concentration de Mauthausen a représenté un fardeau pour les zones autrichiennes affectées", a déclaré le bureau du procureur pour justifier sa décision signée par un responsable et rendue public au cours d'une procédure parlementaire le mois dernier.

"On ne peut écarter, dans le contexte de la libération, les activités criminelles quxquelles se sont livrés ceux qui ont été libérés. Des criminels étaient [incontestablement] parmi ceux qui évaient été emprisonnés", ajoute le bureau du procureur.

L'Autriche, pays natal d'Adolf Hitler, n'a fait preuve que de très peu de résistance au moment de l'Anschluss. La population autrichienne avait accueilli avec enthousiasme son annexion à l'Allemagne nazie en mars 1938. A l'issue de la guerre, l'Autriche a toujours prétexté avoir été une "victime" du nazisme, ce qui lui a évité d'être "dénazifiée", à la différence d el'Allemagne.

Près de 200.000 personnes ont été envoyées au camp de concentration de Mauthausen, condamnées aux travaux forcés parce que Juifs, homosexuels, membres de la résistence ou d'autres organisations anti-nazies. La moitié d'entre eux ont péri dans le camp.

Le comité international de Mauthausen (CIM) a condamné les propos du bureau du procureur de Graz qu'il a qualifiés de "formation de grumeaux venant de nulle part".

"Les dizaines de milliers de détenus du camp situé à proximité de Linz ont été largement laissés à eux-mêmes durant les jours ayant suivi la fuite des gardes SS et l'arrivée des forces alliées victorieuses en mai 1945", déclare le CIM dans un communiqué.

"Personne ne conteste que la nourriture nécessaire à leur survie a été obtenue, dans quelques cas, contre la volonté de la population locale affectée. Mais de là à qualifier de 'fléau' comme terme approprié, va non seulement à l'encontre de la vérité historique, mais ridiculise également les victimes des camps de concentration qui sont encore en vie", ajoute le comité.

Le directeur de la section criminelle au ministère autrichien de la Justice, Christian Pilnacek, a indiqué que le décision d'abandonner les poursuites était conforme du point de vue légal, mais que la formulation du texte du bureau du procureur de Graz était "incompréhensible".

Le bureau du procureur de Graz s'est refusé à tout commentaire.

1 Commentaire

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  • Gilhenco
    11 Février 2016 - 09:23

    L'Autriche aujourd'hui est elle vraiment "denazeïfiée" ?


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