Europe

Rabbins lors de de la Conférence des Rabbins européens qui se tenait mardi à Berlin
L'afflux de demandeurs d'asile provenant principalement de pays musulmans aggrave également leurs inquiétudes

"Est-ce le couteau pour la viande ou celui pour les produits laitiers?", a plaisanté un rabbin avant une simulation d'attaque dans le cadre d’une classe spéciale d’auto-défense. Le besoin "actuel" d'apprendre à repousser des assaillants n'a pas gâché l'ambiance de la Conférence des Rabbins européens qui se tenait mardi à Berlin.

Dans le cadre d'une réflexion sur la manière de répondre aux défis auxquels la communauté juive d'Europe est aujourd’hui confrontée, 150 rabbins ont assisté à un atelier sur les réactions possibles en cas d'attaque surprise. "La plupart des Juifs en Europe ne ressentent pas cette menace, car ils n'ont pas nécessairement l'air juif", ont expliqué les organisateurs, "mais les rabbins peuvent être attaqués à tout moment".

"Vous n'avez pas à être un ninja pour vous défendre", a insisté l'instructeur, un rabbin lui-même, tout en faisant la démonstration de manœuvres simples. "Si vous êtes attaqués et que vos mains sont libres, a-t-il illustré, enfoncez les dans les yeux de votre agresseur. Quand vos mains sont occupées, vous avez vos dents (pour mordre). Si vous vous sentez menacés, ne vous gênez pas pour donner un coup de pied entre les jambes de l'attaquant", a suggéré l'habile rabbin.

"Cela n'a rien à voir avec vos capacités physiques ou encore avec le besoin de vous entraîner 10 heures par jour", a-t-il affirmé aux rabbins sceptiques. Dans bien des cas, avoir confiance en soi et comprendre ce qui vous entoure est suffisant pour éviter le problème".

"Tout le monde ici espère ne pas avoir à utiliser ces connaissances, mais on ne sait jamais", a reconnu un participant. "Cela permet de nous sensibiliser et de réfléchir à nos points faibles. Et peut-être qu'en cas d'urgence, cet atelier nous reviendra à l’esprit".

Beaucoup de participants étaient par ailleurs sceptiques. "Je me balade dans la rue pendant shabbat seulement si je suis accompagné d’un garde du corps", a noté un rabbin du sud de l'Ukraine, qui ne se sentait pas davantage rassuré après le bref atelier.

"Je ne m'attends pas à ce que les rabbins mettent sur pied une ligue de défense", a souligné l’organisateur de l’événement et directeur de l'Association européenne juive, le rabbin Menachem Margolin. "Mais il est de notre responsabilité de leur fournir des outils pour qu'ils puissent être en mesure de se protéger".

Leur réel message s'adresse néanmoins aux gouvernements européens, dit-il. "Les gens ont la mémoire courte. Il y a seulement quelques mois, nous avons vécu une énorme attaque. Les gouvernements doivent trouver que la situation est plus calme et que sécuriser les institutions juives est devenu une tâche vraiment lourde et inutile", a-t-il soutenu.

"Voilà pourquoi nous sommes ici, pour rappeler que les Juifs en Europe ressentent cette menace et que le niveau de sécurité ne doit pas être réduit".

L'afflux de demandeurs d'asile, provenant principalement de pays musulmans, aggrave également leurs inquiétudes. "J'ai rencontré un Syrien qui m'a dit que déjà tout jeune, il savait que les Juifs devaient être tués. Mais il ne savait pas si les Juifs étaient des personnes ou des animaux", a raconté aux journalistes le grand rabbin des Pays-Bas Binyomin Jacobs, dont la maison à Amersfoort a été attaquée à plusieurs reprises au cours des dernières années.

"Ils ne savent tout simplement pas qui sont les Juifs. Nous devons donc les éduquer dès le premier jour", a-t-il poursuivi. "Nous parlons des droits des homosexuels et du droit des femmes, mais nous ne parlons pas de l'antisémitisme. Personne ne leur a jamais expliqué qu'haïr les Juifs n’est pas acceptable pour les Néerlandais. Si nous attendons encore plus longtemps, que se passera-t-il?"

Le problème de l'antisémitisme en Europe va au-delà de la récente vague migratoire, a précisé le rabbin Margolin, "et nous ne pouvons pas nous opposer à venir en aide aux autres, mais si les gouvernements ont déjà décidé d'ouvrir leurs portes aux réfugiés qui viennent de milieux très antisémites, ils doivent assurer leur droit à l’éducation pour qu’ils comprennent les valeurs européennes".

Quant à l'Allemagne, le gouvernement est pleinement engagé dans la lutte contre l'antisémitisme, a souligné le président du Bundestag allemand Norbert Lammert, qui a participé à la conférence mardi.

"Je me préoccupe de la vie juive en Allemagne et de ses relations avec Israël", a-t-il dit. Lorsque les rabbins lui ont cependant demandé s'il croit que le mouvement BDS est en fait de l'antisémitisme en tenue de camouflage, il a reconnu l'existence de certaines "déclarations politiques déguisées", mais a également critiqué la tendance du gouvernement israélien à interpréter "toute critique comme de l'antisémitisme".

Paulina Garaev est la correspondante diplomatique d’I24news en Allemagne.

1 Commentaire

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  • jean francois french
    05 Mars 2016 - 05:54

    "Toute critique pour de l'antisemitisme".
    Lammert,president du Bundestag emploie lui meme la phrase bateau pour decredibiliser toute declaration d'Israel sur le sujet.
    Phrase elle meme utilisee par tous les antisemites deguises qui se declarent
    "antisionistes mais pas antisemites".
    Tout le monde appreciera ce qu'est reellement Lammert et evitera a l'avenir de lui faire l'honneur et l'alibi de l'inviter dans ce genre d'evenement.
    L'avis d'israel sur ce qu'est l'antisemitisme est car meme plus pertinent que
    celui de Lammet.
    Le seul fait d'etre allemand devrait l'inviter a etre un peu plus modeste sur le sujet.
    Le seul fait d'objecter l'avis d'Israel sur l'antisemitisme lorsqu'on lui parle de BDS ,est au minimum une maniere detournee de minorer la responsabilite
    de BDS.


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