Europe

Le président François Hollande accueilli par les président et vice-président du Crif Roger Cukierman et Francis Kalifat au 30e dîner annuel le 23 février 2015 à Paris
Ce rendez-vous politique incontournable sera le dernier de Roger Cukierman comme président, après 3 mandats

Le dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) est devenu en trente ans un rendez-vous politique incontournable qui réunira lundi soir 800 personnes, alors que les actes antisémites se maintiennent à un niveau inquiétant.

Le président François Hollande, le Premier ministre Manuel Valls et plusieurs membres de leur gouvernement dont Bernard Cazeneuve (Intérieur), Najat Vallaud-Belkacem (Education) et Emmanuel Macron (Economie), ont répondu à l'invitation de Roger Cukierman, 79 ans, dont ce sera le dernier dîner comme président du Crif, après trois mandats.

Son successeur à la tête de la vitrine politique de la première minorité juive d'Europe, forte d'un demi-million de membres, doit être élu en mai.

Ce 31e dîner, organisé dans un hôtel parisien, réunira le président du Sénat Gérard Larcher, la maire de Paris Anne Hidalgo, l'ancien chef de l'Etat Nicolas Sarkozy et au moins trois candidats déclarés à la primaire de la droite, Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire.

Ce rendez-vous "républicain", selon Roger Cukierman, prend la forme d'"un dialogue entre le président de la République et les dirigeants de la communauté juive où nous pouvons exprimer nos sentiments et nos préoccupations".

Nul doute que, quatorze mois après la tuerie de l'Hyper Cacher (quatre morts) et dix ans après l'assassinat barbare d'Ilan Halimi, le niveau préoccupant de l'antisémitisme en France sera au centre des discours.

"Les actes (antisémites) continuent, les chiffres de 2015 sont pratiquement au même niveau que 2014", déplore le président du Crif, interrogé par l'AFP.

L'antisémitisme n'a que très peu reflué l'an dernier par rapport à l'année précédente, passant de 851 à 808 actions et menaces, selon le Service de protection de la communauté juive (SPCJ).

"Une fois de plus, les juifs, qui représentent moins de 1% de la population totale, sont la cible à eux seuls de 40% des actes racistes commis en France et de 49% des violences racistes aux personnes", a souligné l'organisme dans son rapport annuel.

Le CFCM sera présent

Parallèlement, l'émigration des juifs hors de France s'intensifie, notamment vers Israël dans le cadre de l'"aliyah" ("montée" en hébreu), qui va de record en record (7.200 départs en 2014 puis 7.900 en 2015, selon les chiffres de l'Agence juive qui ne communique pas sur le nombre de retours en France).

Le gouvernement a lancé en 2015 un plan à 100 millions d'euros de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, et renforcé la protection des quelque 700 écoles, synagogues et centres communautaires.

Mais beaucoup reste à faire, soulignent les autorités juives, pour lutter contre la diffusion des préjugés et de la haine antisémites sur internet, à l'école, dans les quartiers, et contrer l'influence des discours djihadistes. L'agression d'un enseignant portant une kippa par un adolescent en janvier à Marseille a encore illustré l'étendue des chantiers à mener.

Comme chaque année, les responsables politiques soupçonnés de prêter une oreille complaisante aux campagnes anti-israéliennes n'ont pas été conviés au dîner, à l'instar de ceux du Front de gauche, qui en réponse accusent souvent le Crif de "communautarisme". De même, personne au Front national n'a reçu de carton d'invitation.

En revanche, contrairement à l'an dernier, Roger Cukierman devrait faire le plein des représentants religieux, y compris ceux du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Ces derniers avaient boudé le dîner 2015 après une déclaration du président du Crif le jour même sur Europe 1 attribuant "toutes les violences" antisémites aux "jeunes musulmans".

Un an plus tard, les relations entre le Crif et le Conseil du culte musulman semblent apaisées.

"Depuis l'arrivée à la tête du CFCM d'Anouar Kbibech (à l'été 2015, NDLR), nous avons vraiment le sentiment que les choses ont changé", lançait Roger Cukierman lors d'un récent débat des Amis du Crif, en se réjouissant que le nouveau dirigeant musulman parle "beaucoup plus clair" que son prédécesseur, Dalil Boubakeur.

(avec AFP)

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