Europe

François Hollande  dans son bureau de l'Elysée le 24 février 2016 à Paris
La gauche parviendra-t-elle à s'imposer face à une droite unie derrière Fillon et un FN déterminé?

En seulement dix minutes d’allocution, François Hollande a scellé son destin politique et pris une décision irrévocable, en rupture avec la tradition de la Vème République qui a vu tous les présidents, à l’exception de Pompidou décédé dans l’exercice de ses fonctions, briguer un second mandat.

Le secret aura été bien gardé puisque le voile sur ses intentions demeurait intact jusqu’à la huitième minute de ce discours emprunt d’émotion et d’humilité.

Celui à qui on a souvent reproché d’être imperméable aux critiques, de l’opposition et de son propre camp, a démontré au contraire qu’il avait développé "une capacité inépuisable de résistance devant l’adversité", a-t-il dit sans jamais perdre sa "lucidité".

L’homme, dont on connait le parcours politique, "l’engagement de toute ma vie", pour reprendre ses mots, a donc estimé que sa candidature pourrait desservir la gauche, et préféré ainsi s’éclipser.

"Je ne suis animé que par l'intérêt supérieur du pays", a-t-il encore déclaré, avant de mettre en garde contre les dangers du conservatisme et "pire, de l'extrémisme", en référence aux programmes de la droite et de l'extrême droite.

Cet effacement personnel au profit de l’interêt collectif a d’ailleurs été salué par tous, dans l’opposition et au sein du PS, comme une décision courageuse, même par les frondeurs qui ont désormais la voie libre pour la primaire.

C'est peut-être d'ailleurs une leçon de socialisme qu'a voulu donner Hollande à son camp: l'idée au fond que l'idéologie doit supplanter les intérêts individualistes et que l'union de la gauche prime sur tout et sur tous.

Si l’on imagine que Manuel Valls défendra le bilan du quinquennat, réussira-t-il à s’imposer comme une alternative à celui dont il a été le fidèle Premier ministre? La gauche sans Hollande parviendra-t-elle à se ressouder et faire bloc derrière le vainqueur de la primaire?

La mobilisation record à la primaire de droite et la victoire écrasante de François Fillon ont de quoi redonner de l’espoir à la gauche, qui espère sûrement un scénario identique et un candidat plébiscité comme l’a été Fillon.

Les électeurs choisiront-ils, à l’image du candidat LR, une personnalité comme Arnaud Montebourg, qui représente le courant à gauche du PS? ou au contraire un Manuel Valls, partisan d’une gauche progressiste, dont on attend d’ici quelques jours l’annonce de candidature. Ces questions demeurent en suspend tant la crise et les divisions idéologiques que traversent le parti socialiste sont importantes.

Et au-delà de ces divisions partisanes internes, Emmanuel Macron continue sa course cavalier seul, refusant de jouer le jeu des primaires dont il dénonce le fonctionnement. Une posture qui risque de lui être reprochée encore davantage par le PS après le renoncement du président.

Celui qui se dit de gauche, mais pas socialiste, prendra-t-il le risque d'être le candidat responsable de l'élimination de la gauche au premier tour?

Quoiqu'il en soit, après la victoire surprise de l'outsider Fillon, l'annonce de François Hollande vient de prouver une fois pour toute que le match de 2017 est loin d'être joué d'avance et que toutes les options sont encore possibles.

Marion Bernard est journaliste, rédactrice en chef du site internet en français d'i24news. (Twitter: @marionbernard28)

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