Analyse: Valls en marche vers Macron, hémorragie fatale pour le PS?

Emmanuel Macron et Manuel Valls, à l'Assemblée nationale, le 14 février.
ALAIN JOCARD / AFP
Les vallsistes sont désormais coincés entre un PS qui les répudie et un mouvement qui les voit comme un boulet

La prise de position du chef de l'aile droite dite 'progressiste' du PS était attendue de tous. Après sa défaite à la primaire de la gauche en janvier, Manuel Valls s’était muré dans le silence dont il est sorti mercredi pour annoncer qu’il voterait Emmanuel Macron le 23 avril.

Un coup de grâce pour le PS, déjà sous assistance respiratoire, qui redoutait une annonce officielle de l’ex-Premier ministre depuis que ce dernier avait refusé d’apporter son parrainage au candidat socialiste.

Trahison ou cohérence? Valls assume ne pas respecter la charte de la primaire et invoque "l’intérêt supérieur de la France" qui, estime-t-il, prime sur les règles de la primaire d’un parti.

La menace frontiste est largement sous-estimée selon lui et "il ne faut prendre aucun risque" face à l’accession possible de Marine Le Pen à l’Elysée. Un argument de taille qui vient toutefois acter un divorce, déjà en marche, avec la rue de Solférino.

Décidément, le parti socialiste n’aura pas survécu à l’épreuve du pouvoir et la primaire pas eu l'effet de rassemblement escompté.

Les frondeurs rangés derrière Benoît Hamon, qui avaient claqué la porte du gouvernement en début de quinquennat, pensaient à juste titre que le scrutin interne leur donnerait la légitimité et le soutien de l'ensemble du parti mais c’était sans compter le caractère "irréconciliable" des deux gauches, pour reprendre les mots de Valls, et la percée pourtant pressentie du FN.

Eric FEFERBERG (AFP)

Le soutien de Valls à Macron vient donc matérialiser cette rupture et fait du mouvement En Marche! un refuge naturel, bien qu’officieux, pour les orphelins vallsistes qui ne se reconnaissent en rien dans le programme utopiste et coûteux du candidat PS et voient en Macron le seul rempart au Front national.

Ces derniers se heurtent néanmoins à un obstacle de taille: la promesse de renouveau de l'ancien ministre de l'Economie qui n'hésite pas à faire comprendre aux vieux ténors de la politique qu'ils n'obtiendront rien en échange de leur ralliement.

Las d'être comparé à François Hollande et pointé du doigt par ses rivaux comme "le candidat du bilan", Macron accueille ces soutiens socialistes avec prudence et se refuse à tout marchandage politique.

Les vallsistes sont donc désormais coincés entre un PS qui les répudie et un mouvement qui les voit en partie comme un boulet dont il n'a pas l'intention de s'encombrer.

Une position ingrate pour un pan entier de la gauche qui, n'ayant pas réussi à s'émanciper, aura finalement ouvert la voie à l'émergence du phénomène Macron.

Libre de tout carcan partisan, le candidat En Marche! est ainsi parvenu à déplacer le clivage droite-gauche en sa faveur, surfant sur la crise au sein du PS et apparaissant comme le véritable leader du camp progressiste... ce que Valls, a échoué à faire.

Marion Bernard est journaliste, rédactrice en chef du web français i24news (Twitter: @marionbernard28)

Commentaires

(1)

François Fillon a gagné ses primaires vêtu d'un blanc qui contrastait profondément avec ses rivaux mais ne demeura immaculé que le temps de la victoire . ses électeurs ont choisit l'homme et non ses idées qui en empruntant au rigorisme et aux privations le situent au confins de l'équilibre du partit. c'est avec un clientélisme communautariste doublé d'une surenchère utopiste que Benoit Hamon s'est imposé à ses adversaires. il souhaite refonder son partit sur des idées radicales très anciennes qui n'on jamais fonctionné. En tout point la position des deux vainqueurs est diamétralement opposée à telle enseigne qu' aucun des deux ne pourra rassembler le camps de l'autre au second tour pour battre l'extrême droite qui est assurée d'y figurer. Une menace dont on ne mesure pas encore la portée pèse sur la France. Celle de la résurgence d'un ordre noir qui n'avais connu un tel succès depuis la dernière grande guerre. Voter Emmanuel Macron c'est disposer de l 'unique alternative permettant de se prémunir d'un péril totalitaire en construction. Les autres choix conduisent à une impasse et une prise de risque insensée permettant à l 'extrême droite de l'emporter . Ce choix de raison pour la présidentielle permettrait paradoxalement aux deux autres partis de se refonder sur leurs base lors des législatives et se défaire des choix radicaux des primaires .

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