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[REPORTAGE i24NEWS] Juifs de France, la tentation Front National

Retrouvez le reportage exclusif i24NEWS à la rencontre de Français Juifs qui décident de se tourner vers le FN

Ils sont Français, de confession juive, et de plus en plus nombreux à clâmer haut et fort leur soutien à la candidate frontiste Marine Le Pen.

i24NEWS est partie à leur rencontre et a tenté de décrypter les motivations de leur adhésion, en grande partie liée à l'entreprise de dédiabolisation opérée par Marine Le Pen depuis qu'elle a repris les rênes du parti et à une stratégie sur mesure pour "séduire" cette communauté.

Au cours d'un micro-trottoir réalisé dans la ville de Sarcelles, surnommée la "petite Jérusalem", les habitants de confession juive ne se disent pas choqués par cet élan en faveur de la candidate d'extrême droite.

"D'après ce qu'on voit Marine Le Pen est plus clémente et plus gentille que son père", assure une dame âgée, avant d'indiquer que "non elle ne me fait pas peur".

Un autre résident dit lui connaître "pas mal" de Juifs qui votent FN à Sarcelles et n'en est pas pour autant "offusqué". "C'est peut-être des types qui pont été marqués par leurs gosses qui se sont fait agressés", explique-t-il.

Capture d'écran émission "Reportage i24NEWS"

L'enjeu sécuritaire et la menace terroriste sont largement invoqués pour expliquer ce phénomène.

Pour les chercheurs, cette progression est en lien direct avec les agressions antisémites qui ont frappé les Français de confession juive depuis 2000.

"En 2002 et 2007, les enquêtes montrent qu'on a moins de 5% des Juifs qui ont voté pour le FN, pour Jean-Marie Le Pen, en 2012 Marine Le Pen a attiré aux alentours de 14% de cet électorat", explique Jérôme Fourquet, analyste à l'IFOP.

"Il y avait quelque part une double peine depuis le début des années 2000 dans la communauté juive, c'est-à-dire une montée de l'insécurité et de la délinquance visant spécifiquement les Juifs, et de surcroît le sentiment assez justifié que la République et la société française détournaient le regard et ne voulaient pas voir", poursuit-il.

Depuis 2012, il y a eu les attentats de Toulouse, de Charlie et de l'Hyper Cacher, une hausse notable des agressions antisémites.

Le FN comme rempart au fondamentalisme islamique

"Aujourd'hui en France, un des arguments forts du FN à l'égard des électeurs juifs potentiels, c'est de leur dire vous avez peur, vous avez peur du terrorisme, vous avez peur du fondamentalisme islamique, nous sommes là pour vous protéger," explique à i24NEWS Nonna Meyer, Politologue à Sciences Po Paris, avant d'ajouter "Elle (Marine Le Pen) présente le FN comme un rempart contre le fondamentalisme islamique".

"Le discours qu'elle tient sur l'Islam peut apparaitre comme un discours satisfaisant pour la communauté juive dans la mesure où notre communauté juive en France a subi les exactions d'une certaine partie de cette jeunesse issue des quartiers difficiles et issue de l'Islam", indique de son côté Francis Khalifa, le président du CRIF.

AFP

"Mais la réalité est tout autre", continue-t-il, lorsque l'on reconnait de façon claire et que nous disons qu'une grande partie des actes antisémites qui ont été commis dans notre pays (….) sont une petite minorité de l'Islam. Il ne s'agit pas de l'Islam dans sa globalité."

Au FN on ne parle plus d'immigrés mais d'islamistes radical, et l'islam radical serait devenu l'ennemi commun des juifs et des électeurs frontistes.

Pour les soutiens du FN, l'un des arguments les plus récurrents serait aussi que Marine Le Pen n'est pas antisémite. La preuve selon eux, elle a "viré son père" et entrepris de faire le ménage dans le parti.

"Nos compatriotes juifs n'ont rien à craindre du FN, bien au contraire", déclarait-elle récemment, comme un signal en direction de cet électorat potentiel.

Pour prouver son attachement aux juifs, Le Pen s'attache aussi à démontrer son soutien à Israël en toutes circonstances.

DOMINIQUE FAGET (AFP/Archives)

L'Union des Patriotes français juifs, un outil efficace?

Enfin une autre manœuvre du parti d'extrême droite est de créer un cercle pour pénétrer la communauté juive, appelé l'Union des Patriotes français juifs (UPFJ).

"Nous sommes là pour témoigner de la volonté farouche d'être quelque part un bouclier pour assurer la protection de nos frères juifs" assure Gilbert Collard, député du Rassemblement Bleu Marine, à Sarcelles lors d'une cérémonie de commémoration aux victimes de Mohamed Merah organisée par l'UPFJ au dernier moment sans autorisation de la préfecture. La commémoration officielle a eu lieu quatre jours avant.

L'UPFJ est une association créée il y a un an, un outil du FN pour se rapprocher de l'électorat juif, dont Gilbert Collard est le parrain.

Difficile de savoir combien de personnes figurent dans cette association, le président parle de 900 adhérents, un chiffre toutefois invérifiable.

Le FN veut montrer que des Juifs le soutiennent et sont même engagés à ses côtés, d'où la tentative de médiatisation de l'association.

Cette "opération séduction" de la communauté juive a pu toutefois être largement altérée par les propos de la candidate qui s'est attirée une volée de critiques en déclarant que la France n'était pas responsable de la rafle du Vel d'Hiv, la semaine passée.

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