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Aux Pays-Bas, exhumer les bunkers nazis et la mémoire douloureuse

The bunkers and tunnels are a remnant of Hitler's 'Atlantikwall', a coastal defence stretching 5,000 kilometres (3,125 miles) from northern Norway to southern France
EMMANUEL DUNAND (AFP/File)
Les bunkers symbolisent un pan de l'histoire qu'il faut regarder "droit dans les yeux", affirme un touriste

Le sable avait fini par recouvrir les bunkers érigés sur ordre d'Hitler à deux pas des plages de La Haye. Tout comme les souvenirs douloureux qu'ils évoquent. Mais depuis quelques années, ces vestiges en béton armé sont exhumés pour les touristes, et aussi au nom de la mémoire nationale.

Le réseau souterrain de casemates et de tunnels qui s'étend au pied des dunes fait partie du Mur de l'Atlantique, érigé par les Allemands pendant la Deuxième guerre mondiale pour défendre 5.000 km de côtes, du nord de la Norvège au sud de la France, contre une offensive des alliés.

La région de La Haye était perçue comme particulièrement vulnérable, en raison de ses très vastes étendues de sable. Hitler y ordonna en 1942 la construction au milieu des dunes et des bois de plus de 870 blockhaus, dont seuls un peu plus de la moitié, 470, ont aujourd'hui été retrouvés. 

Une partie d'entre eux servent de refuge aux chauve-souris pendant l'hiver, les autres étant désormais ouverts au public. 

C'est en 2008 que des bénévoles du Musée du mur de l'Atlantique, dans la banlieue côtière de Scheveningen, ont entrepris la restauration d'un bunker de dix pièces dans les bois à proximité de cette localité, pour montrer le quotidien des soldats allemands. 

EMMANUEL DUNAND (AFP/File)

Des blockhaus "sont encore actuellement découverts", raconte Guido Blaauw, un homme d'affaires passionné par la Deuxième guerre mondiale. 

Il en a acheté un au gouvernement, dans le domaine de Clingendael, près du centre-ville, où le chef nazi autrichien Arthur Seyss-Inquart, plus tard exécuté pour crimes de guerre, avait jadis son propre refuge souterrain.

Construits par des travailleurs forcés

Dans l'immédiat après-guerre, ces vestiges avaient été condamnés par les Néerlandais après avoir été pillés pour leurs bois et leurs câbles, précieux en ces temps de pénurie.

Et des décennies durant, ils ont été laissés à l'abandon, certains devenant des terrains de jeu pour les enfants du coin. D'autres ont été convertis en postes de commandement de haute sécurité du gouvernement néerlandais pendant la Guerre froide.

Mais pour beaucoup, ils restent un sombre rappel de la douloureuse occupation allemande des Pays-Bas, selon Deirdre Schoemaker, porte-parole de la Fondation européenne pour l'héritage du mur de l'Atlantique.

Entre 1940 et 1945, plus de 100.000 Haguenais ont été expulsés de force par les Allemands et des milliers d'habitations, sept écoles, trois églises et deux hôpitaux ont été rasés pour ériger ces fortifications.

En outre, les bunkers ont été construits par des Néerlandais employés de force, avec la collaboration d'entreprises locales qui espéraient pouvoir tirer profit de la guerre.

A la libération de la ville, en mai 1945, les Haguenais ont décidé de les enterrer sous le sable et les décombres pour enfouir le souvenir d'une "douloureuse histoire", dont "les gens ne parlaient pas", explique Deirdre Schoemaker.

Toutefois, ces dix dernières années, l'image des bunkers a progressivement évolué: "Les gens deviennent de plus en plus ouverts et davantage à l'aise pour en parler, même avec des touristes allemands", constate la porte-parole de la fondation européenne.  

Un 'Jour des bunkers'

En 2014, plusieurs associations oeuvrant en faveur de l'ouverture de ces vestiges au public ont créé le "Jour des bunkers". En juin dernier, il a attiré plus de 10.000 participants qui ont chacun visité "au moins trois ou quatre" d'entre eux le long de la côte néerlandaise et, pour la première fois cette année, de la côte belge, poursuit Deirdre Schoemaker.

EMMANUEL DUNAND (AFP/File)

Une façon pour ceux qui ont vécu la guerre de se confronter à ce passé dramatique et de faire "remonter des souvenirs à la surface", selon Mme Schoemaker.

"Les personnes âgées, témoins de la guerre, qui avaient du mal à se trouver face aux bunkers, se montrent plus intéressées aujourd'hui", remarque aussi Guido Blaauw, qui compte transformer le sien en musée et en salle de conférences.

Mais nombreux sont ceux qui hésitent toujours à se replonger dans cette période qui a "déterminé le cours de toute leur vie", constate aussi le propriétaire du vestige de Clingendael.

En revanche, aux yeux du touriste Sebastian Frank, un infirmier allemand de 31 ans, les bunkers symbolisent un pan de l'histoire qu'il faut regarder droit dans les yeux, "afin que cela ne se reproduise plus".

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