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Violences en Virginie: des Allemands manifestent contre le racisme et la haine

Protesters against white nationalism in the US gather in Berlin
Polina Garaev
Un rassemblement a eu lieu à Berlin en solidarité avec les opposants au racisme et au fascisme en Virginie

Les Allemands font entendre leur voix face aux violences de l'extrême-droite qui ont éclaté aux Etats-Unis. "Trump est notre ennemi, stop à la suprématie blanche". Voilà le slogan scandé en chœur par les manifestants réunis pour l'occasion devant la porte de Brandebourg à Berlin ce mercredi, en signe de solidarité avec ceux qui se sont opposés au racisme et au fascisme à Charlottesville en Virginie.

Parmi les manifestants, on pouvait compter de nombreux expatriés américains qui ont également collecté des dons destinés aux victimes de violence.

"Si nous ne rassemblons pas, cela leur donnera le droit légitime de continuer à faire ce qu'ils font", a expliqué Edna, l'une des organisatrices du rassemblement. "Nous ne pouvons pas leur donner cette légitimité. Nous devons montrer que c'est mal et qu'ils doivent retourner dans la marginalité d’où ils viennent".

Dans la foule, nous avons rencontré la famille Dekel, des Israéliens de Charlottesville qui ont emménagé à Berlin il y a six ans. Ils sont venus pour témoigner leur soutien à l'ancien l'enseignant de leurs enfants, Deandre Harris, battu par des nationalistes blancs.

Polina Garaev/i24NEWS

"M. Dre je vous aime ! J'espère que vous allez bien", pouvait-on lire sur le panneau que brandissait Rona, la petite fille de six ans assise sur les épaules de son père. "Charlottesville était une super ville avant que Donald Trump n'accède au pouvoir, quand Barack Obama était président", renchérit Ido, son frère de neuf ans. "Donald Trump fait empirer les choses, mais j'espère que ça va s'arranger".

Médias et politiciens allemands s'en prennent à Trump

"En tant que militants de Berlin en Allemagne, nous sommes chaque jour confrontés aux conséquences meurtrières du fascisme", ont écrit les organisateurs dans une déclaration en amont du rassemblement, demandant que les fascistes "soient contrés, qu'on les affronte et qu'on ne les ignore pas".

"Cela vient d'un président américain compatissant qui encourage les boucs émissaires" racistes et les sentiments de victimisation blanche", ont-ils ajouté en désignant Donald Trump. Les medias allemands ont fait la même chose : Trump a sa part de responsabilité dans la montée de l'extrême-droite américaine, il a jugé des analystes de publications d'extrême-gauche comme Neues Deutschland pour diffuser des publications comme Der Spiegel.

En réalité, le racisme laisse Trump indifférent, tout simplement, a suggéré un journaliste. Il se montera outré par des pratiques commerciales chinoises "injustes" et par ce qu'il appelle les "fake news", mais s'il voit des hommes brandissant des torches et appelant à la suprématie de la race blanche, il ne sourcillera pas. En Allemagne, ce genre de choses ne passerait pas.

Polina Garaev

Sa condamnation du bout des lèvres de la violence de l'extrême-droite a offert un contraste saisissant avec la réaction d'Angela Merkel. Lors d'une interview accordée cette semaine, elle a qualifié la violence à Charlottesville de "raciste", "terrifiante" et "nuisible" et a insisté sur le fait qu'une "mesure claire et forte doit être mise en œuvre contre cela, quel que ce soit l'endroit du monde où cette violence éclate".

"Les scènes auxquelles nous avons assisté lors de ce défilé de l'extrême-droite étaient absolument répugnantes, c'était du racisme a l'état pur, un antisémitisme et une haine affichés de la manière la plus malfaisante qui soit", a également déclaréSteffen Seibert, porte-parole d'Angela Merkel lundi dernier. "Quel que soit l'endroit où cela se produit, de telles images et de tels slogans sont ignobles et vont totalement à l'encontre des objectifs politiques de la chancelière et du gouvernement allemand dans son ensemble".

Des critiques plus vives encore se sont fait entendre du côté des sociaux-démocrates Martin Schulz et Justine Minister Heiko Maas, les opposants à Merkel pendant les élections. Ces derniers ont accusé Trump de "minimisation", de violence nazie et de racisme. "Nous ne saurons tolérer les atrocités qui sortent de la bouge du président", a exhorté Schulz.

Tolérance zéro pour les symboles nazis

La vision d'hommes en uniformes, certains masqués, agitant fièrement des drapeaux ornés de croix gammées, est quasiment insupportable pour les Allemands, ont fait remarquer de nombreux journalistes dans leurs reportages consacrés aux événements. Afficher de tels symboles est strictement interdit en Allemagne et même les groupes les plus extrémistes s'abstiennent de se comporter ainsi en public.

Le fait que la liberté d'expression ait plus d'importance que le message de haine véhiculé dans ces symboles est considéré comme ahurissant et même agaçant.

Polina Garaev

"En interdisant ces symboles issus de la période la plus sombre de l'histoire de l'Allemagne, il a été facile de tracer la ligne rouge", a conseillé Zuher Jazmati, un manifestant. "La liberté d'expression c'est important, mais la protection des individus l'est tout autant".

Stefanie, une ancienne habitante de New York qui a rejoint les rangs de la manifestation, a écarté cette hypothèse. "Malheureusement, c'est impossible. Ici on passe devant des églises qui ont été bombardées, on marche sur les Stolpersteine qui commémorent la mémoire des personnes qui ont été déportées et tuées. Cela nous permet de toujours garder en mémoire ce qu'il s'est produit. Cela n'existe pas aux Etats-Unis." Plus récemment, l'attitude de l'Allemagne envers les symboles nazis a conduit à l'arrestation de deux touristes chinois à Berlin. Un Américain s'est également fait frapper par un habitant de Dresde en colère. La politique de tolérance zéro de l'Allemagne est-elle allée trop loin ? Certainement pas, s'est défendu cette semaine un commentateur du journal Die Welt, prenant en exemple les événements survenus a Charlottesville.

"Les Allemands peuvent être fiers de cette sensibilité qu'ils ont acquise dans la douleur et, si cela est nécessaire, ils l'inculquent à leur tour aux visiteurs […]à Charlottesville, on a vu et entendu le soulèvement néo-nazi le plus haineux qui soit… et cela s'est produit en toute légalité", a écrit le commentateur Uwe Schmitt, soulignant que c'est seulement quand un discours désinhibé entraîne des actes violents que les lois contre cela prennent effet.

Le danger de stimuler l'extrême-droite allemande ?

Les spécialistes ne sont pas d'accord concernant le degré de coopération qui existe actuellement entre les mouvements néo-nazis américain et allemand, au-delà du fait qu'ils adulent la même iconographie.

Certains soutiennent que les différences entre les deux empêchent tout échange affectif : les Américains sont davantage enclins au crime et à la violence alors que les Allemands sont plus orientés politiquement. Voilà ce que Thomas Greven, spécialiste de l'Université libre de Berlin, a expliqué à la station de radio allemande Deutsche Welle.

D'autres spécialistes attribuent davantage d'importance à l'aspect commercial, notamment la quantité de musique extrémiste produite en Scandinavie et en Europe de l'Est qui transite jusqu'aux Etats-Unis par l'Allemagne et qui est ensuite mise en ligne sur des serveurs américains, permettant aux Allemands d'y avoir accès en contournant les restrictions légales de leur pays.

Selon le politicologue Thomas Grumke, "il existe également des liens entre le mouvement Alt-right et le mouvement identitaire d'extrême-droite. Les identitaires se défendent d'être des nazis mais leur principale préoccupation est de conserver une identité européenne blanche".

Mais là où les spécialistes tombent d'accord, c'est qu'un événement comme celui de Charlottesville peut réveiller les groupes d'extrême-droite en Europe et servir de détonateur pour ceux qui ont déjà pris les armes.

"L'avenir nous dira si ce qu'ils ont vu aux Etats-Unis les a enhardis", a ajouté Michael Weinmann, le père de Rona et Ido."Mais, jusqu’à maintenant, et aussi ironique que cela puisse paraitre historiquement parlant pour le membre d'une minorité religieuse que je suis, je me sens plus à l'aise ici en Allemagne que je ne l'étais bien souvent aux Etats-Unis".

Polina Garaev est la correspondante d'i24news en Allemagne.

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