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"Macron est parfois dans la toute-puissance" (Cambadélis à i24NEWS)

Jean-Christophe Cambadélis
i24NEWS
Après l'échec de 2017, l'ancien Premier secrétaire du PS règle ses comptes avec les grandes figures de gauche

Après le cuisant échec de son parti politique, celui qui a été Premier secrétaire du Parti socialiste de 2014 à 2017, Jean-Christophe Cambadélis, revient avec un livre "Chronique d'une débâcle", une sorte de règlement de compte avec les grandes figures de la gauche.

Le socialiste affirme toutefois assumer sa part de responsabilité pour ne pas avoir réussi à unifier et rassembler la gauche, notamment au sein du PS, qui a explosé en morceaux en pleine campagne présidentielle, les hollandistes et vallsistes rejoignant pour la plupart et dès le premier tour le candidat d'En Marche! Emmanuel Macron, délaissant ainsi le candidat élu par les primaires socialistes, Benoît Hamon.

Entré au PS en 1986, l'homme politique de gauche est toutefois tiraillé par ce sentiment de responsabilité, puisque, bien qu'il écrive à douze reprises "j'assume" dans son chapitre "mea culpa", il ne cesse de désigner les socialistes par "eux", une entité dont il semble s'exclure.

Critique virulente envers le trio Hollande-Valls-Macron

François Hollande est le premier visé par l'ancien premier secrétaire du PS dans son livre.

Cambadélis compare le mandat du président Hollande à cet épisode au soir de sa victoire de 2012, lorsque Valérie Trierweiler, alors compagnon de François Hollande, lui demandait de l'embrasser sur la scène devant les caméras.

"Hollande répond évidemment, il ne se dérobe à aucune question, même les plus grotesques, mais il y répond à sa manière, par un petit baiser furtif comme ça et on passe à autre chose", affirme l'ancien député socialiste.

"Il a fait ça pendant 5 ans, il a réglé un certain nombre de problèmes, d'autres non", finit-il.

AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

La personnalité ambitieuse du président français actuel, Emmanuel Macron, n'échappe pas aux foudres de Jean-Christophe Cambadélis.

Lors de leur première rencontre en tête à tête en septembre 2014, endossant à cette époque le costume de Premier secrétaire du PS pour l'un, et de ministre des Finances pour l'autre, Cambadélis se souvient avoir pensé que Macron possédait "le déhanché de Michael Jackson et le regard de Margaret Thatcher", pour faire référence à son "regard glacial".

Il raconte par ailleurs une anecdote, lui venant de Stéphane Le Foll, alors ministre de l'Agriculture, puis porte-parole du Gouvernement Valls I et II.

"La veille de la nomination du Gouvernement Valls I, en avril 2014, Le Foll attend dans l'antichambre, Macron sort du bureau de Valls et lui glisse amer "je m'en vais mais je reviendrai, j'attaquerai tous ceux-là au pic à glace" parce qu'il n'était pas nommé ministre", écrit Cambadélis dans son livre.

"Macron est parfois dans la toute-puissance, comme on dit vulgairement il ne se prend pas pour une cacahuète, il pense être un homme politique de très grande envergure et il n'aime pas ne pas être reconnu à ce niveau", surenchérit-il.

Concernant l'ancien ministre de l'Intérieur et ancien Premier ministre Manuel Valls, Jean-Christophe Cambadélis dénonce sa "stratégie digne du génie des carpettes" à l'égard d'Emmanuel Macron.

Cette citation se veut un "clin d'œil perfide" à Michel Rocard qui, vis-à-vis de François Mitterrand, "avait construit une stratégie pour que le président ne l'attaque pas, ils avaient fait avec Jean-Paul Huchon, la stratégie de la carpette, c'est-à-dire on est au ras du sol et on ne dit rien de mal du président", explique Cambadélis.

L'ancien Premier secrétaire ironise que, pour Manuel Valls, "tout ce que fait Macron c'est formidable. Mais pour moi qui ait vécu de l'intérieur les relations entre eux deux, des fois je me dis je me rêve".

Mélenchon et islamo-gauchisme

Il est ensuite interrogé sur les propos de Jean-Luc Mélenchon à l'égard de Manuel Valls, qui dans une lettre adressée à François de Rugy, président de l'Assemblée nationale, a annoncé sa démission de la mission parlementaire sur la Nouvelle-Calédonie, présidée par l'ancien Premier ministre.

"Monsieur Valls est un personnage extrêmement clivant, qui suscite de forts rejets du fait de sa proximité avec les thèses ethnicistes de l'extrême droite", s'était ainsi justifié le dirigeant de la France insoumise, ajoutant que "sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne fait l’objet d’une ostentation choquante pour les militants de la paix de ce pays comme du nôtre."

((Montage / Hans Lucas - AFP))

"Il y a dans ce propos une partie qui est délirante, celle sur l'extrême droite", réagit Jean-Christophe Cambadélis, expliquant que "s'il y a bien un homme politique à gauche qui a fait du combat contre le FN et contre les idées de l'extrême droite le cœur de son logiciel, c'est bien Manuel Valls".

L'ancien locataire de la rue de Solférino nuance toutefois son discours en affirmant que Manuel Valls "fait le jeu" de Jean-Luc Mélenchon, "il le constitue!"

"Lorsque Valls critique Mélenchon en le traitant d'islamo-gauchiste, ça n'a pas de sens", développe-t-il, "Mélenchon n'est pas islamo-gauchiste, il y a dans son mouvement des gens qui ne sont pas clairs, et il devrait faire la clarté sur cette question-là".

"Aujourd'hui on a plutôt intérêt à rassembler les points de vue dans la lutte contre l'antisémitisme, plutôt que d'essayer de s'envoyer des scuds (ndlr: terme militaire désignant un missile) les uns et les autres", conclue-t-il.

Cambadélis fait également référence à la logique du chef de la France insoumise aujourd'hui, qui s'acharne à faire le vide dans l'espace politique entre Macron et lui-même, dont le but est de ne laisser aucune tête du PS émerger.

Quand il lui est demandé quel rôle espère-t-il jouer aujourd'hui, dans cette période de post-marasme politique pour son parti, il répond vouloir être un porteur d'idées de gauche.

"J'espère être une voix de la gauche, je ne demande pas plus, je n'ai pas d'autres ambition qu'animer le débat à gauche", confesse celui qui mena pendant trois ans le Parti socialiste.

Revoir l'intégralité de l'interview de Jean-Christophe Cambadélis dans "Conversations" sur i24NEWS:


Conversations | Avec Anna Cabana | Partie 1... by i24news-fr

Commentaires

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Cambadelis dans l’impuissance comme Hollande son maître

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