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Enseignement de la Shoah: "les choses ont changé", malgré l'antisémitisme

Iannis Roder, professeur d'histoire-géographie à Saint-Denis
"Pour prendre conscience de la profondeur de l'antisémitisme... il a fallu Charlie en janvier 2015 " (expert)

Selon le responsable des formations au Mémorial de la Shoah à Paris, malgré des difficultés à enseigner le génocide juif dans certains quartiers, "les choses ont changé" même si l'antisémitisme perdure.

En 2002, Iannis Roder a été l'un des premiers à alerter sur les difficultés à enseigner la Shoah dans certains collèges, devant des élèves issus de l'immigration maghrébine notamment.

"La prise de conscience a été un peu longue, parce que retardée par une volonté de ne pas regarder les choses en face", explique Roder à l'AFP.

"Pour prendre conscience de la profondeur de l'antisémitisme dans certaines parties de la population française, il a fallu Charlie en janvier 2015 - je ne dis même pas l'Hyper Cacher", poursuit-il.

Roder est professeur d'histoire-géographie à Saint-Denis, et enseigne l'histoire de la Shoah depuis près de vingt ans.

"Si j'ai entendu des remarques antisémites il y a quinze ans, je n'en ai plus du tout. Non pas que l'antisémitisme a disparu - je crois qu'il est relativement répandu -, c'est simplement la manière d'enseigner qui a changé", affirme-t-il.

"Je ne fais plus l'histoire de la souffrance des juifs, je fais l'histoire du nazisme", dit-il.

"Si vous insistez sur la souffrance dans le crime de génocide, vous allez réveiller une forme de concurrence victimaire chez ceux qui se pensent à tort ou à raison victimes: On ne parle que d'eux et nous, alors? Et la décolonisation? La guerre d'Algérie? ", estime-t-il.

Roder explique qu'il faut "développer l'enseignement des génocides et violences de masse pour montrer que ce sont des phénomènes qui peuvent se produire partout, chez les Arméniens, pour les Tutsis du Rwanda... Et faire comprendre à nos élèves que notre système démocratique, tout imparfait qu'il soit, est le meilleur rempart aux violences de masse".

L'enseignant considère par ailleurs qu'il y a un "déficit de formation" des professeurs, concernant la Shoah, persuadés que "cette histoire est connue, maîtrisée".  

 "Or ce n'est pas le cas, quand vous demandez aux enseignants le dernier livre qu'ils ont lu sur la Shoah, généralement ils n'en ont pas lu...", dit-il.

Le ministère de l'Education a cependant signé "une convention-cadre avec le Mémorial de la Shoah, devenu opérateur public délégué sur les violences de masse et les génocides", précise Roder.

"Les inspecteurs le disent dans les rectorats, ils voient de nets progrès dans les pédagogies mises en place par les professeurs, c'est indéniable. Mais il faut continuer à réfléchir, enseigner, former, ne serait-ce que parce que l'historiographie se renouvelle", conclut-il.

(avec AFP)

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