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Catalogne: deux dirigeants indépendantistes emblématiques placés en détention

Jordi Cuixart (à gauche) et Jordi Sanchez (à droite) ont été inculpés pour sédition en début de soirée
Fancisco Seco/Associated Press
"Nous avons à nouveau, tristement, des prisonniers politiques" en Espagne, a estimé Puigdemont

Une juge d'instruction a placé lundi soir en détention les deux dirigeants des principales associations indépendantistes de Catalogne, ayant une très forte capacité de mobilisation, ce qui risque d'envenimer encore la crise politique entre Madrid et Barcelone.

Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, inculpés pour sédition par l'Audience nationale, un tribunal chargé notamment des affaires de sécurité nationale, ont été écroués à la prison de Soto del Real, dans la région de Madrid, en début de soirée.

L'annonce de leur placement en détention a entraîné dans toute la Catalogne des concerts de casseroles, en signe de protestation, alors que l'Espagne s'enfonce chaque jour un peu plus dans une crise politique sans précédent depuis qu'elle a retrouvé la démocratie.

Cette crise oppose Madrid aux séparatistes catalans, au pouvoir dans une région grande comme la Belgique, qui menacent de déclarer l'indépendance de manière unilatérale, sur le fondement d'un référendum d'autodétermination organisé le 1er octobre malgré son interdiction par la justice, estimant avoir remporté ce suffrage avec 90% des voix et 43% de participation.

© afp

"Des prisonniers politiques"

Jordi Cuixart et Jordi Sanchez sont soupçonnés d'avoir encouragé des centaines de personnes le 20 septembre à Barcelone à bloquer la sortie d'un bâtiment où des gardes civils menaient des perquisitions, en lien, justement, avec l'organisation du référendum. Les gardes civils y étaient restés bloqués jusqu'au milieu de la nuit.

Les associations de Jordi Cuixart et de Jordi Sanchez, Omnium Cultural et l'Assemblée nationale catalane (ANC), sont les fers de lance de l'indépendantisme en Catalogne, divisée presque à parts égales entre les partisans du maintien au sein de l'Espagne et ceux de la sécession.

Le porte-parole du gouvernement séparatiste catalan a qualifié lundi soir de "provocation de l'Etat espagnol" le placement en détention des deux hommes inculpés pour "sédition", appelant cependant leurs sympathisants à rester pacifiques.

"Nous avons à nouveau, tristement, des prisonniers politiques" en Espagne, a de son côté estimé le président indépendantiste catalan Carles Puigdemont dans un message posté en anglais sur son compte Twitter.


"Liberté aux Jordis", lisait-on sur l'affiche d'un des manifestants, environ 400, massés sur une place du centre de Barcelone vers minuit.

Ultimatum de Madrid

Ce placement en détention sonne comme un rappel du durcissement de la position de Madrid, qui a donné lundi un ultime délai de trois jours au président séparatiste catalan pour qu'il revienne à la légalité.

Ce dernier, Carles Puigdemont laisse planer depuis une semaine la possibilité d'une déclaration unilatérale d'indépendance, laissant entendre, sans le dire ouvertement, qu'il a "suspendu" cette déclaration en vue d'un dialogue avec Madrid.

"Nous espérons que dans les heures qui viennent (...) vous répondrez avec la clarté que tous les citoyens exigent", a écrit le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy à Carles Puigdemont, soulignant qu'il n'avait plus que trois jours, jusqu'à jeudi 10h00 (08h00 GMT), pour revenir dans le droit chemin.

Il répondait ainsi à une lettre du président catalan qui lui faisait part de son souhait de "dialoguer pour les deux prochains mois", tout en s'abstenant de préciser noir sur blanc, comme Madrid l'exige, si sa région avait ou non proclamé l'indépendance.

Carles Puigdemont n'a pas déterminé, par ailleurs, l'objet de ce dialogue, évoquant "le souhait du peuple catalan" de "commencer son chemin en tant que pays indépendant". Bien que la société catalane soit profondément divisée, Puigdemont estime avoir un "mandat" pour faire sécession en s'appuyant sur le référendum d'autodétermination du 1er octobre, boycotté par l'opposition.

AFP

S'il persiste, le gouvernement central pourrait suspendre totalement ou partiellement de l'autonomie de la Catalogne, du jamais vu en Espagne depuis la dictature de Francisco Franco (1939-1975). Beaucoup craignent qu'une telle mesure n'entraîne des troubles en Catalogne, une région de 7,5 millions d'habitants très attachée à sa langue et à sa culture.

De son côté, Rajoy continue pour sa part à refuser tout dialogue tant que les séparatistes ne lèveront pas leur menace de proclamer unilatéralement l'indépendance.

Pressions de toutes parts sur Puigdemont

Le chef du gouvernement espagnol se refuse à parler de médiation, tout autant que les Etats membres de l'Union européenne, afin de ne pas ouvrir la boîte de Pandore des sécessions sur le continent.

Les milieux d'affaires ont également appelé M. Puigdemont à faire marche arrière, des centaines d'entreprises ayant d'ores et déjà fui la région, qui compte pour 19% du PIB espagnol.

Le gouvernement espagnol a d'ailleurs annoncé lundi soir qu'il révisait à la baisse sa prévision de croissance pour 2018, à 2,3%, contre 2,6%, en raison principalement de l'"incertitude" liée à la crise en Catalogne, dans un document envoyé lundi à Bruxelles.

Mais le président séparatiste fait aussi l'objet de pressions dans son propre camp, où les plus radicaux l'encouragent à aller de l'avant et à proclamer la naissance de la "République de Catalogne".

D'autres manifestations sont prévues mardi, tout au long de la journée.

(avec agence)

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