Europe

Lassané Bathily, Malien musulman, a caché des clients dans la chambre froide pour qu'ils échappent à Coulibaly

Le CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, a communiqué samedi l'identité des quatre victimes du terroriste Amedy Coulibaly, auteur de la prise d'otages du supermarché casher de Vincennes de la veille et également identifié comme le tireur de Montrouge qui a abattu une policière stagiaire.

Il s'agit de : Philippe Braham, Yohan Cohen , Yoav Attab et François-Michel Saada.

Lassana, celui qui a aidé des otages à échapper au terroriste

Lassana Bathily, jeune Malien musulman et employé de l’épicerie cacher,a sauvé la vie de six personnes, lors de la prise d'otages de la Porte de Vincennes par Amedy Coulibaly.

Lorsque le terroriste fait irruption dans l'établissement lourdement armé, plusieurs clients apeurés se dirigent vers le sous-sol du magasin. C'est alors que Lassana Bathily leur ouvre la porte de la chambre froide de l'épicerie afin que les otages puissent s'y réfugier.

"Quand ils sont descendus en courant, (...), j'ai ouvert la porte (du congélateur). Il y a plusieurs personnes qui sont rentrées avec moi. J'ai éteint la lumière, j'ai éteint le congélateur. (...) Quand j'ai éteint la chambre, je les ai mis dedans, j'ai fermé la porte, j'ai dit vous restez calmes là, moi je vais sortir", a-t-il raconté au micro de BFM TV. Une fois l’assaut donné par les hommes du RAID, les otages qu'il avait cachés l'ont "félicité".

Kenzo Tribouillard (AFP)

"Ils nous ont sauvé la vie"

Rudi Hadad, qui faisait ses courses dans le magasin au moment de l'attaque, a également raconté qu'il se tenait à l'arrière du magasin quand le terroriste est arrivé.

Hadad avait travaillé au supermarché dans le passé s'est souvenu qu'il y avait un sous-sol. Il s'est donc dirigé avec son ami et une femme tenant un bébé dans une des chambres froides.

"Une femme est venue nous voir et a dit que le terroriste a menacé de tuer tout le monde si nous ne ne montions pas", a déclaré Hadad à la chaîne 2 israélienne. "Un groupe de quatre personnes est monté. Mais nous avons refusé. Plus tard, on nous ont dit que le terroriste a demandé s'il y avait d'autres personnes en bas, ce à quoi ils ont tous répondu que non. Ils nous ont sauvé la vie".

Témoignages de rescapés

Peu après après l'assaut du GIGN sur le magasin Hypercacher de la porte de Vincennes, certains otages qui avaient été retenus par Amedy Coulibaly ont témoigné et raconté les heures d'angoisse qu'ils avaient vécu.

"On est partis se cacher au sous-sol. Une fille est descendue, elle nous a dit 'montez, sinon il tue tout le monde'", a raconté Marie, à la chaîne de télévision itélé.

Alors qu'Amedy Coulibaly fait irruption dans l'épicerie et tire à la kalachnikov, quinze personnes vont se réfugier dans la chambre froide dans le sous-sol du magasin, mis en sécurité par un Malien musulman, Lassana Batily.

Durant la prise d'otage une femme a raconté à Europe 1 qu'elle était au téléphone avec sa mère lorsque le drame a commencé.

"Elle m'a appelée avant que les personnes rentrent. Elle m'a dit 'je suis dans le magasin, je t'aime. Et voilà, plus de nouvelles", a-t-elle raconté.

"Ma mère a juste eu le temps de dire ça et après son téléphone a raccroché", a-t-elle ajouté.Thomas Samson (AFP)

Ne pas attirer l'attention des assaillants

Peu avant 13h, Ilan fait les courses dans son quartier, au Hypercacher" de la porte de Vincennes, en prévision de Shabbat, le jour de repos hebdomadaire, qui commence quelques heures plus tard. Il est accompagné de son fils de trois ans et demi. Sa femme est restée à la maison.

C'est le moment où Amedy Coulibaly fait irruption dans l'épicerie et tire à la kalachnikov. Le père et son fils vont se cacher dans la chambre froide, selon deux de leurs proches.

Au moins trois autres personnes les accompagnent, révèleront des sources proches de l'enquête.

Ilan, la trentaine, enlève vite son blouson et le donne à son fils pour le protéger du froid polaire. Avec les autres otages cachés, ils resteront dans la chambre froide pendant près de cinq heures.

La mère d'Ilan sait très vite que son fils et son petit-fils sont cachés et décide de ne pas chercher à entrer en contact avec eux, même par texto, pour ne pas risquer d'attirer l'attention des assaillants. Mais le numéro d'Ilan est transmis aux forces de l'ordre.

Grâce à ce numéro les policiers arriveront à localiser le portable d'Ilan et à savoir où le groupe caché se trouve dans l'épicerie. Ce renseignement a peut-être contribué à les épargner au moment de l'assaut des forces de l'ordre où "vraisemblablement", selon le procureur, aucun otage n'a été tué.

Lourdement armé, Amedy Coulibaly avait "menacé d'abattre tous les otages" qu'il retenait si l'assaut contre l'imprimerie de Dammartin-en-Goële devait être donné, indique le procureur. Sur BFM-TV, Coulibaly avait affirmé que les deux prises d'otages étaient "synchonisées" et qu'il était chargé de "se faire des policiers".

Parler "gentiment"

Le journal Libération rapporte qu'une vingtaine de personnes proches des victimes étaient regroupées sous les tentes de la protection civile.

Il y avait parmi ces cinq personnes deux femmes et un bébé. Ces personnes sont descendues se cacher au sous-sol au début de la prise d’otages parce qu’elles connaissaient les lieux.

Apparemment une femme qui aurait accompagné Coulibaly pendant la prise d’otage et serait sa complice est descendue les voir, leur a demandé de remonter en leur parlant "gentiment". Ils ont refusé et ont refermé sur eux la porte de la chambre froide, où "ils sont restés."

Gabrielle Chatelain (AFP)

Un jeune maman et son bébé indemnes

Sarah Bitton, une jeune maman belge de 21 ans, ainsi que son bébé de 11 mois, qui figuraient parmi les otages, sont sortis indemnes.

Hospitalisés d’urgence hier dans un hôpital parisien, la mère et son enfant "s’étaient cachés dans la chambre froide" de l’Hypercacher. "La mère était contente, soulagée, et s’est assise à l’avant du véhicule du Samu qui les a mené à l’hôpital", poursuit la source. Les médecins craignaient que son bébé ne soit en hypothermie après son passage dans la chambre froide.

Mais la température de l’enfant était "de 37°", et ses "joues étaient bien roses". Sarah Bitton et son enfant pourront retrouver leur famille dès aujourd'hui.

"C'est mon ami qui est blessé!", s'est désespérée Sara, qui a appelé le 3216 pour témoigner. "Il a reçu une balle, il a été évacué. Sa femme, enceinte, est en train d'hurler, de pleurer, c'est une catastrophe. Je ne sais pas s'il est grièvement blessé ou pas".

"Je suis sur le périphérique au niveau de la Porte de Vincennes pour récupérer mes enfants à l'école. On voit les policiers à moto, puis maintenant les camions de police et un hélicoptère au-dessus de nos têtes", a-t-elle raconté. "Je ne sais pas dans quel monde on vit, c'est très grave ce qu'il se passe. Ça fait vraiment peur".

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