Quantcast

Analyse: l’attentat qui a rapproché Israël et la Turquie

Une mission de secours israélienne s'apprête à décoller pour Istanbul pour assister les touristes israéliens blessés lors de l'attentat d'Istanbul
Magen David Adom
Le Dr Ilan Kelman explique les relations entre les deux pays en termes de "diplomatie des catastrophes"

Il est difficile de trouver des aspects positifs à un évènement aussi tragique que le récent attentat à Istanbul, pour lequel Israël et la Turquie ont payé un lourd tribut. Cependant, la nature de la diplomatie est de chercher des moyens de promouvoir et de reconstruire les relations internationales, même dans les moments de tristesse et de désarroi. On pourrait appeler cela la "diplomatie des catastrophes".

Par exemple, après le tremblement de terre qui a secoué la Turquie et la Grèce à l'été 1999, les efforts diplomatiques menés par les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont permis d’améliorer considérablement les relations amères entre leurs populations et dirigeants respectifs. On se souvient aussi qu’après le massacre de Naharayim en 1997, le roi Hussein de Jordanie s’était rendu en Israël pour effectuer des visites pour présenter ses condoléances aux familles des personnes tuées. Il s’était même agenouillé et excusé au nom de sa patrie. Le roi Hussein avait alors permis que l’événement, qui menaçait de nuire aux relations entre Israël et la Jordanie, soit transformé en une occasion pour générer une image positive du roi et du peuple jordanien aux yeux de l'opinion publique israélienne.

On peut même observer les effets des politiques et stratégies de catastrophes naturelles et d’attaques terroristes dans les relations entre Israël et la Turquie. L'attaque survenue en 1986 à la synagogue Neve Shalom d’Istanbul a contribué à promouvoir une meilleure compréhension mutuelle entre Israël et la Turquie, ce qui s’est traduit par une amélioration de la coopération sécuritaire entre les deux pays après des années de tension et de froideur. La généreuse assistance fournie par Israël à la Turquie après le séisme de 1999, à l'apogée de leurs relations bilatérales, symbolisait l'amitié qui existait à l'époque entre les deux pays et leurs populations.

Même après la crise israélo-turque qui a éclaté suite à l’incident de la flottille du Mavi Marmara en mai 2010, les deux pays ont continué, certes à contrecoeur, à se prêter mutuellement assistance en temps de crise. En décembre 2010, la Turquie a envoyé des pompiers aider Israël à maîtriser l’important feu de forêt sur le mont Carmel. En octobre 2011, Israël a participé aux efforts internationaux de secours aux victimes du tremblement de terre dans l'est de la Turquie. Ces événements illustrent que la Turquie et Israël sont demeurés prêts à s’aider l’un l’autre dans les situations de catastrophes humanitaires - quoique de façon limitée et essentiellement symbolique - en dépit de la tension politique qui existe entre eux.

Le Dr Ilan Kelman, chercheur au collège universitaire de Londres, a publié un livre portant sur la "diplomatie des catastrophes". Dans l’ouvrage, il présente des études de cas dans le monde entier et affirme que les catastrophes sont susceptibles de conduire à de nouvelles percées politiques ou du moins à accélérer les processus diplomatiques déjà entamés. En 2010 et en 2011, Israël et la Turquie faisaient étaient plongés dans une crise naissante et la diplomatie des catastrophes n’a pas produit de percée. Aujourd'hui, la situation est différente et les deux pays sont engagés dans un processus politique qui est sur le point de porter ses fruits. Nous devons donc examiner comment cela va affecter leur comportements vis-à-vis de la récente vague de terrorisme qui frappe la Turquie.

Ces derniers mois, Israël et la Turquie ont mené des négociations en vue de rétablir leurs relations bilatérales. Les médias ont indiqué que des progrès ont été réalisés dans les négociations, en dépit des obstacles à la signature d’un accord entre les deux pays. Les questions liées aux relations entre la Turquie et le Hamas ainsi que le mécontentement de l'Egypte, de Chypre, de la Grèce et de la Russie au sujet de l'accord en cours d'élaboration, ont jusqu'ici empêché que le processus aboutisse à une entente. Mais ce faisant, les deux parties contribuent néanmoins à faire naître une atmosphère publique plus positive.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a récemment parlé positivement de la restauration des relations avec Israël et, après l'attentat à Ankara le 13 mars, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a pour la première fois publié une déclaration condamnant l'attaque et exprimant sa solidarité avec le peuple turc. Cette tendance a été renforcée lorsque le lendemain de l'attentat d’Istanbul du 19 mars, dans des circonstances très malheureuses, des mesures qui n’avaient pas été observées depuis des années ont été prises par le gouvernement israélien.

Tout n’avait pourtant pas commencé du bon pied. Une responsable de la formation politique au pouvoir, le Parti de la justice et du développement, avait publié un tweet dans lequel elle exprimait son désir de voir les Israéliens blessés lors de l’attaque mourir. La remarque semblait venir s’inscrire dans la continuation du discours turc de haine contre Israël, un discours devenu de plus en plus manifeste au cours des dernières années et auquel Erdogan a contribué. Toutefois, la décision de la Turquie de dénoncer cette déclaration et son auteur a envoyé le message que de telles déclarations ne sont plus légitimes.

Il faut par ailleurs prendre en compte les lettres de condoléances envoyées par le président Erdogan et le Premier ministre Ahmet Davutoglu à leurs homologues israéliens, un évènement extraordinaire en termes de relation directe positive entre les dirigeants et la visite en Turquie du directeur du ministère israélien des Affaires étrangères Dore Gold. Une telle visite publique n'avait pas eu lieu depuis longtemps. Le déploiement à Istanbul d'un avion de l’armée israélienne, ce qui rappelle une toute autre époque de la coopération entre les deux pays, et la satisfaction exprimée par les diplomates israéliens au sujet de la coopération des Turcs lorsqu’ils ont dû prendre soin des victimes israéliennes de l'attentat doivent aussi êre pris en compte.

Cela ressemble à un comportement normal dans des circonstances difficiles, mais la normalité n’allait pas de soi ces dernières années dans les relations entre Israël et la Turquie et elle ne doit pas être tenue pour acquis. L'attaque à Istanbul a permis à Israël et à la Turquie de travailler conjointement de manière plus intensive qu’à l’ordinaire dans les domaines professionnel, diplomatique et sécuritaire. Cela prouve à quel point il est relativement facile de rouvrir les canaux dormants de coopération et de coordination entre les deux pays. Les événements des derniers jours peuvent également contribuer à réhabiliter la confiance mutuelle perdue entre les deux pays, un manque qui a compliqué la tâche des dirigeants israéliens et turcs dans le rétablissement des relations bilatérales.

Les relations israélo-turques ne reviendront pas de sitôt à ce qu’elles étaient dans les années 90. L’une des principales raisons est l'impasse sur le conflit israélo-palestinien, mais aussi les changements qui se sont produits depuis dans les deux pays et dans la région. La possibilité d’en arriver à de meilleures relations entre les deux pays semble aujourd'hui plus réaliste qu'avant l'attentat à Istanbul, même lorsqu’elles sont éclipsées par les victimes du terrorisme, l'escalade des avertissements de voyage et les menaces de sécurité, qui ne sont pas près de disparaître.

Le docteur Nimrod Goren est le président du Mitvim, l’Institut israélien de relations internationales et régionales, et enseigne à l'Université hébraïque de Jérusalem au département des études moyen-orientales.

Cet article est publié avec l’autorisation de Ynet.

Commentaires

(1)

Et alors, il faut faire comme Jésus, tendre la deuxième joue, total , il à été crucifié. Non Messieurs, il ne faut pas attendre les catastrophes pour un rapprochement et un éloignement derrière........Non et Non,,,, il nous faut taper des poings sur la Table et montrer aux autres Nations que nous sommes un Etat.... Souverain....Démocrate......mais surtout un ETAT FORT...

8Article précédentLa plupart des Palestiniens soutiennent une "Intifada armée" (sondage)
8Article suivantBruxelles: un ministre israélien accuse l'Europe d'avoir ignoré le danger