Quantcast

Analyse/Attaque chimique: les Russes coupables et les Iraniens bénéficiaires

Des volontaires syriens de la protection civile cherchent des survivants dans les décombres saprès des bombardements aériens sur la ville rebelle de Saqba, le 4 avril 2017
AMER ALMOHIBANY (AFP)
La rupture par Assad de l'accord sur les armes non-conventionnelles doit mettre en garde Israël avec l'Iran

Bachar al-Assad et ses généraux peuvent se permettre d'ignorer l'opinion mondiale et les Nations Unies. C'est pourquoi mardi, ils ont probablement fait à nouveau usage de gaz sarin ou d'autres agents de guerre chimiques mortels contre des civils sunnites et des insurgés dans la province d'Idlib.

Quand les Russes lui offrent un filet de sécurité militaire et politique, que les Iraniens le financent et que le Hezbollah combat pour lui sur le terrain, Assad peut sortir de sa cachette le petit stock d'armes chimiques qui lui reste et l'utiliser.

Les agences de renseignement américaines et russes, et le renseignement militaire israélien qui est encore plus fiable sur cette question, ont affirmé il y a un peu moins d'un an que les Syriens avaient détruit 95% de ses stocks d'armes chimiques sous la supervision des Nations Unies, mais qu’ils leur restaient "une capacité résiduelle".

AFP

Un euphémisme qui signifie qu'ils ont pu cacher une petite quantité d'armes chimiques que les forces aériennes ou l'artillerie peuvent transporter quand et si cela est nécessaire. Mais aucun responsable n'a pris la peine de demander à Assad de démanteler aussi cette capacité.

Il est très probable qu'Assad l'ait utilisée mardi pour tenter de mater définitivement les rebelles de la province d'Idlib, principal foyer d'opposition au régime. En réalité, Assad n'a jamais cessé un seul instant d'utiliser des armes chimiques. Même après l'accord entre Poutine, Obama et l'ONU sur la destruction des armes chimiques, Assad a continué à utiliser du chlore gazeux. Ce gaz n'est pas mortel s'il est utilisé avec modération, mais il peut paralyser temporairement des gens.

Les avions d'Assad ont lancé des barils d'explosifs qui contenaient du chlore mélangé à du lait sur d'autres localités où se trouvaient des civils, mais le monde a passé cela sous silence. Assad y a vu un message, et il est passé à des produits "durs", avec le soutien des Russes et des Iraniens.

Il y a une autre option plausible : depuis la destruction des armes chimiques syriennes, les ingénieurs et les chimistes d'Assad ont reproduit de nouvelles quantités de gaz sarin et de gaz moutarde, ainsi que des projectiles pour déverser ces produits sur la population civile et les rebelles.

On peut estimer qu'il existe en Syrie au moins une usine capable de produire des armes chimiques sans difficulté, surtout s'il s'agit de petites quantités, faciles à dissimuler. On peut également supposer l'existence d'installations souterraines improvisées.

Les premiers coupables dans cette affaire sont les Russes, qui se trouvent en Syrie et qui voient de près ce que fait Assad. Vladimir Poutine est celui qui a suggéré à Barack Obama l'accord sur le désarmement chimique, mais il s'avère que sa parole ou celle de son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov n'en est pas vraiment une.

On peut pointer du doigt l'administration Obama qui a accepté cet accord, lequel a sérieusement porté atteinte au statut des États-Unis au Moyen-Orient.

Le troisième coupable est l'ONU dont les inspecteurs devaient veiller à la destruction des armes chimiques, ce qui n'a pas été fait ; ils n'ont pas non plus demandé de comptes à Assad sur l'utilisation du gaz de chlore ni sur l'autre stock présumé d'agents innervants et de gaz moutarde.

Mohamed al-Bakour (AFP)

Tout cela ne présage rien de bon pour Israël. Malgré le faible danger posé par une petite quantité d'armes chimiques, le fait qu’Assad ait osé l'utiliser doit être une source d'inquiétude pour l'Etat hébreu. Comme mentionné ci-dessus, il peut produire des armes chimiques seul, ou en obtenir des Iraniens, et s'il n'est pas puni aujourd'hui, il le fera à nouveau demain.

La deuxième chose qui doit attirer l'attention d'Israël est qu'Assad a enfreint l'accord international sur la destruction des armes non-conventionnelles qu'il avait signé et qu'il s'était engagé à respecter devant la Russie, les États-Unis et les Nations Unies.

En Israël, nous devons nous demander la chose suivante: ce qui se passe dans le domaine des armes chimiques en Syrie aujourd’hui pourrait-il se produire dans le domaine des armes nucléaires non conventionnelles en Iran, en dépit de l'accord signé solennellement entre les ayatollahs, les grandes puissances et les Européens?

Le monde n'a pas le droit de rester silencieux devant Assad sur les armes chimiques, et doit donner un avertissement aux Iraniens. Il faut exiger une punition et lui retirer les armes chimiques qui sont restées entre ses mains.

Ron Ben-Yishai est un correspondant de guerre et analyste en matière de défense. Cet article est publié avec l'autorisation de Ynet.

Commentaires

(0)
8Article précédentLiban: forces de sécurité déployées dans un camp palestinien après des troubles
8Article suivantSyrie: début de l'évacuation de quatre villes assiégées