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ITW: Ludovic Mohamed Zahed, imam et homosexuel, dénonce l'homophobie de l'Islam

Ludovic Mohamed Zahed
i24NEWS
Du temps du Prophète, "il y avait à l'époque une tolérance envers la question de la diversité des sexualités"

Depuis le début du mois de juin, des centaines de milliers de personnes manifestent pour leurs droits dans les rues de San Francisco, Paris, Tel-Aviv ou Johannesburg. Pendant ce temps, dans le monde arabe la communauté Lesbiennes, gays, bisexuels et trans (LGBT) se cache pour échapper à la persécution.

Ludovic Mohamed Zahed, imam et ouvertement gay, a expliqué sur i24NEWS le rapport complexe qu'entretiennent le monde arabe et l'Islam avec l'homosexualité.

"Le Coran ne parle pas précisément de la question de l'homosexualité, il parle de rapports sexuels entre personnes de même sexe, entre hommes jamais entre femmes (…). Il n'est jamais fait mention des homosexuels mais d'hommes qui s'approprient la dignité d'autrui, ou qui refusent l'hospitalité parmi d'autres crimes comme la piraterie, le brigandage… très honnêtement ça n'a rien à voir avec l'homosexualité telle qu'on la vie aujourd'hui", a expliqué l'imam.

"Quand on retourne vers la tradition du Prophète, il y aurait eu des hommes efféminés, des femmes très masculines qui étaient accueillis parmi ses enfants et ses femmes. Les femmes du Prophète ne se voilaient pas devant ces hommes efféminés et on ne contraignait pas les femmes très masculines à se marier", a-t-il précisé.

"L'homophobie est toujours une affaire de politique"

La vraie question demeure donc de savoir ce que dit vraiment le Coran de l'homosexualité, et à ce sujet Ludovic Mohamed Zahed se montre critique à l'égard de l'interprétation faite du texte sacré par les sociétés modernes dans le monde arabo-musulman.

Se référant à l'homosexualité du temps du Prophète Mohamed, il affirme qu'"il y avait déjà à l'époque une tolérance envers la question du genre, de la diversité des sexualités, qui aujourd'hui est quasiment absente des politiques dans le monde arabo-musulman".

"La religion d'une manière générale est à prendre comme un outil d'émancipation du plus grand nombre, comme un outil qui va permettre de fédérer un tissu social et non pas de faire exploser à la figure des citoyens les dynamiques sociales, politiques, développementales", a souligné l'imam sur i24NEWS.

"Or, c'est exactement ce que font les soi-disant islamistes lorsqu'ils se servent des textes coraniques pour en faire un totalitarisme pour contrôler les identités, la politique ou l'argent… tout ça c'est du fascisme", a-t-il encore assuré.


Orient | 15/06/2017 by i24news-fr

En effet, les écoles traditionnelles de loi islamique décrivent l'homosexualité comme une turpitude condamnée moralement et socialement dans sa pratique. Dans quelques pays appliquant la charia, la sodomie est même considérée comme un crime qui peut être puni par la lapidation.

"Aujourd'hui après tous les mouvements de colonisation, de décolonisation et de révolution, on voit que les sociétés dites arabo-musulmanes se recentrent sur des valeurs identitaires patriarcales, virilistes: 'il faut défendre la nation arabe'. Or, la nation arabe n'a jamais existée, c'est une invention du XXème siècle", a-t-il argué, ajoutant que "l'homophobie est toujours une affaire de politique".

En France, les homosexuels musulmans sont mal acceptés

Si les sociétés arabes considèrent l'homosexualité comme un crime, même en France, pays des droits de l’homme, les homosexuels de religion musulmane ont beaucoup de mal à être acceptés par leur communauté.

"La France est le pays des droits de l'homme, un pays qui va bien. On remarque toutefois une crise identitaire et une crise économique qui se sont installées depuis une trentaine d'année et pour moi les deux sont liées. Quand les gens ne savent plus qui ils sont et comment ils vont nourrir leur famille, vous avez ce replis identitaire sur des valeurs patriarcale et machistes et c'est quelque chose de nouveau car on n'assistait pas à ce phénomène il y a une dizaine d'années", a expliqué Ludovic Mohamed Zahed sur i24NEWS.

Il a par ailleurs fait remarquer que "ces gens qui s'adonnent au terrorisme passent du traffic de drogues au djihadiste en six mois mais ils n'ont aucune spiritualité, aucune culture mystique ni aucune culture religieuse au sens propre du terme".

"Il est possible de fonctionner autrement quand vous êtes musulmans même quand vous êtes désœuvrés, que vous vivez dans un quartier pauvre ou que vous n'avez pas de diplômes... Ce n'est pas une excuse et ce message là, il va falloir le répéter encore et encore et il va falloir aussi s'attaquer aux vrais racines du problème qui sont économiques et politiques et pas seulement religieuses", a-t-il conclu.

Malgré les persécutions et l'intolérance, il est toutefois possible de remarquer quelques avancées dans le monde arabo-musulman. Une série d'événements appelant à la lutte contre la discrimination sexuelle se sont par exemple tenus en mai à Beyrouth à l'appel d'une plateforme baptisée Beirut Pride. Une initiative "inédite dans le monde arabe" selon ses organisateurs.

Pour revoir l'intégralité de l'entretien, c'est ici dans le mag Orient.

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