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Analyse: En s’attaquant à l’EI, l’Iran cherche le statut de superpuissance

A Ghadr-F missile is displayed next to a portrait of Iran's Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei at a war exhibition at Baharestan square in Tehran in 2016
ATTA KENARE (AFP/File)
Les missiles iraniens, pour certains ayant une portée de 2 000km, peuvent atteindre Israël

L'attaque iranienne en Syrie dimanche soir devrait servir de signal d'alerte non seulement à Israël, mais aussi aux États du Golfe ainsi qu'aux États-Unis.

Elle marque l'escalade de l'implication iranienne en Syrie, et si les missiles iraniens ont atteint leurs cibles à plus de 600 kilomètres, cela montre que l'Iran a des options pour s'engager contre Israël autrement que par l'intermédiaire de sa filiale basée au Liban, le Hezbollah.

Grâce à cette attaque, que Téhéran a qualifié de "réussie" mais "limitée", l’Iran a cherché à atteindre un certain nombre d'objectifs. Le principal étant de redorer l'image du régime des ayatollahs, qui a pris un coup lorsque des islamistes armés et des kamikazes ont attaqué le Parlement et le mausolée d'un des fondateurs de la République islamique, faisant 17 morts et plus de 50 blessés.

Ces attaques terroristes ont éclipsé le sentiment de sécurité du peuple iranien et ont compromis la réputation d'une invulnérabilité apparente du régime et des gardes révolutionnaires. La réponse iranienne ne s’est donc pas faite attendre.

OMID VAHABZADEH (FARS NEWS/AFP)

La première étape de la riposte iranienne consistait à mettre la main sur les recruteurs des assaillants responsables de l’attaque, qui se sont avérés être tous des Iraniens originaires des provinces du Baluchestan et du Khuzestan recrutés par l'Etat islamique.

Les gardiens de la révolution et d'autres forces de sécurité ont ensuite attaqué des villes et des villages de ces régions et infligé des sanctions collectives, y compris la mort, aux Iraniens arabes, dont beaucoup n'avaient aucun lien avec l'attaque.

La deuxième étape se concentrait sur l'Etat islamique en Syrie. Les missiles tirés par les Iraniens étaient destinés à frapper les bastions des djihadistes et leur montrer qu'ils n'étaient pas à l'abri de Téhéran.

Par ailleurs, ce coup porté aux installations et aux forces de l’EI à Deir ez-Zor et à Tadmor a l'avantage supplémentaire d'aider les forces du régime syrien et les Russes, alliés de l'Iran.

Ces deux villes et les installations militaires autour d'elles ont changé de mains à plusieurs reprises, mais désormais l’Iran, conjointement avec les forces russo-syriennes, tente de reprendre le contrôle de la zone.

- (WELAYAT HOMS/AFP)

Cette attaque iranienne contre l’EI arrange également les forces de la coalition en Syrie, ²mais pouvoir lancer un missile à travers une telle distance démontre la capacité de dissuasion de Téhéran que jusqu'à présent, seuls les États-Unis et la Russie ont mis en pratique au Moyen-Orient.

En tirant des missiles sol-sol à une telle distance, dont le type reste à ce jour inconnu, l'Iran espère acquérir le statut et le prestige d'une puissance militaire régionale, voire mondiale. On peut également supposer que la République islamique a lancé des missiles de croisière et des missiles balistiques de différents types afin de profiter de l'opportunité pour tester l'exactitude et la fiabilité de ses armes.

L’arsenal de longue distance iranien devrait susciter beaucoup d'inquiétudes en Israël, car si l'Iran est capable de tirer des missiles ciblant l’est et le nord-est syrien, il est capable de frapper le plateau du Golan et d’autres endroits en Israël.

Jalaa Marey (AFP)

Téhéran possède des missiles de type Shahab-3, moins précis mais ayant une portée de 2.000 kilomètres. Cependant, les performances des missiles de croisière de fabrication iranienne utilisés lors de l’attaque contre l’EI, n’ont jamais été révélées au grand jour.

Israël doit traiter cette attaque au niveau diplomatique dans le cadre de la campagne menée avec l'administration Trump pour mettre fin au programme de missiles iraniens.

Pour la même raison, cette attaque doit également servir d'avertissement aux Etats arabes du Golfe qui appartiennent au camp sunnite américain modéré. Les champs de pétrole de ces pays et leurs installations militaires sont à environ 400 kilomètres de l'Iran et sont, par conséquent, vulnérables.

Les États-Unis doivent aussi être préoccupés car les bases aériennes, maritimes et leur commandement au Qatar et au Bahreïn sont à portée de missiles iraniens. En cas d’une telle attaque, les répercussions ne seront pas seulement régionales mais mondiales.

Ron Ben-Yishai est un analyste de défense israélien. Cet article est publié avec la permission de Ynet

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