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Cisjordanie: Abbas signe un décret visant la liberté d'expression sur internet

Le président palestinien Mahmoud Abbas le 18 juillet 2017 à Pékin
Mark Schiefelbein (POOL/AFP/Archives)
Cinq journalistes ont déjà été arrêtés mercredi en Cisjordanie par les forces de sécurité palestiniennes

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a signé le mois dernier un décret, aux contours vagues, qui permet aux forces de sécurité de mettre en prison quiconque publierait sur internet et les réseaux sociaux, des messages ou des articles jugés préjudiciables à l'unité nationale ou à la cohésion sociale, a révélé vendredi l’agence Associated Press.

Pour les militants des droits de l'homme en Cisjordanie, la mesure, validée sans débat public préalable, est sans doute la plus importante du gouvernement d'Abbas pour restreindre la liberté d'expression dans les enclaves palestiniennes autonomes de Cisjordanie.

Un procureur palestinien a nié que le décret ait été publié pour étouffer la dissidence, insistant sur le fait qu'une nouvelle loi sur les infractions en ligne était nécessaire pour combler les lacunes juridiques en la matière.

Le nouveau décret prévoit des peines allant d'un an de prison à la perpétuité pour les contrevenants reconnus coupables d’une des infractions visées par le décret, comme "la mise en danger de la sécurité de l'État ou de l'ordre public", ainsi que "la nuisance à l'unité nationale" ou à "la paix sociale".

Le gouvernement a ainsi bloqué 30 sites internet ce dernier mois, la plupart étant affiliés aux deux principaux rivaux d'Abbas: son ancien adjoint Mohammed Dahlan, et le Hamas islamiste, selon le Centre palestinien pour le développement et les libertés des médias.

Seuls quelques sites le groupe djihadiste Etat islamique ont été bloqués.

Par ailleurs, cinq journalistes palestiniens, soupçonnés par l'AP d'avoir transmis des informations sensibles à des "autorités hostiles" ont déjà été arrêtés mercredi en Cisjordanie par les forces de sécurité palestiniennes.

Par ailleurs, quatre autres journalistes ont été interrogés sur le contenu de leurs messages publiés sur les réseaux sociaux, critiquant la politique du gouvernement palestinien.

Néanmoins, d'après un procureur de l'AP, cette nouvelle loi servirait à "lutter contre le piratage et la diffamation, sans limiter la liberté d'expression".

"Il n'y a rien dans cette loi qui entrave la liberté d'expression", a-t-il affirmé.

"Un grand revers pour les libertés"

Mais pour Ammar Dweik, chef de la Commission indépendante palestinienne pour les droits de l'homme, cette nouvelle mesure est "l'un des pires" depuis l'établissement du gouvernement autonome palestinien en 1994.

C'est "un grand revers pour les libertés en Cisjordanie", a-t-il déclaré, critiquant l’ambiguïté des infractions reprochées, le pouvoir accordée aux forces de sécurité, le blocage à grande échelle des sites d'information et la sévérité des punitions.

Les groupes de droits de l'homme ont accusé à maintes reprises Abbas et son prédécesseur, Yasser Arafat, de restreindre les libertés et de violer des droits de l'homme, citant les arrestations arbitraires d'opposants politiques, les mauvais traitements en détention et la répression des manifestations pacifiques.

La publication du décret controversé intervient alors qu'Abbas, 82 ans, reste très impopulaire en Cisjordanie. Plusieurs sondages indiquent que deux tiers des Palestiniens souhaitent son départ.

Le dirigeant a été élu la tête de l'Autorité palestinienne en 2005 pour cinq ans, mais aucune élection n’a eu lieu depuis, faute d'une réconcilition avec le Hamas.

Abbas régi depuis par décret, le parlement palestinien étant paralysé depuis le débute de la "guerre fratricide" entre le Fatah et le Hamas, qui a débuté en 2006 après la victoire de l’organisation islamiste aux élections législatives.

Les autorités palestiniennes ont refusé de commenter le nouveau décret, alors que les plaintes contre les entraves d'Abbas et de son gouvernement aux libertés en Cisjordanie s'accumulent depuis plusieurs années.

Il y a deux mois, Abbas avait déjà bloqué au moins onze sites d'information palestiniens, parmi lesquels ceux du Centre d'information palestinien et de l'Agence de presse Shehab, affiliée au Hamas, ainsi que celui de la "Voix du Fatah", proche de Dahlan.

En 2012, Abbas avait également bloqué certains médias affiliés à ses rivaux. Il avait toutefois dû lever la censure, après avoir essuyé des critiques de toute part.

Commentaires

(1)

L'apprentissage du fascisme ....

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