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Affaires de pétrole entre Israël et le Kurdistan

FILE - In this May 31, 2009 file photo, an employee works at the Tawke oil fields in the semi-autonomous Kurdish region in northern Iraq.
AP Photo/Hadi Mizban, File
Près de la moitié du pétrole brut extrait des champs pétroliers kurdes en 2017 est exporte vers Israël

Selon des données d'expédition et des entretiens avec des analystes de l'industrie du pétrole, Israël a été en 2017 le principal acheteur de brut provenant de la région kurde du nord de l'Irak.

Selon Clipperdata, une société basée aux États-Unis qui suit les expéditions mondiales de pétrole, un peu moins de la moitié du brut extrait des champs pétroliers kurdes en 2017 a été livré en Israël.

"En général, Israël enregistre un approvisionnement d’un peu moins de 300 000 barils (en moyenne par jour) de pétrole brut et un peu moins de la moitié d'entre eux sont originaires des régions kurdes", a déclaré le directeur de la recherche chez Clipperdata M. Smith à i24NEWS. "Les kurdes sont donc le plus grand fournisseur de brut d'origine hydrique en Israël."

Une liste compilée par le Mouvement Gorran, un parti d'opposition kurde, a montré d’ailleurs que les entreprises israéliennes avaient acheté au moins 3,8 millions de barils de pétrole brut kurde en septembre 2017. Des achats qui aident à financer la région autonome kurde et fournissent une base pratique à la déclaration du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avant le vote d'indépendance du Kurdistan.

Les Kurdes acheminent leurs 500 000 à 600 000 barils de pétrole brut par jour sur le marché mondial via un oléoduc qui va jusqu'au port de Ceyhan dans le sud de la Turquie. Un oléoduc que le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé de fermer si le gouvernement kurde d’Erbil commençait à prendre des mesures concrètes pour se séparer du gouvernement fédéral à Bagdad.

Mais ce marché a déjà été ralenti du au conflit juridique persistant entre Erbil et le gouvernement fédéral irakien qui ne se mettent pas d’accord sur les modalités des droits d’exportation et de la répartition des recettes.

De l’or noir surveillé ?

Du port de Ceyhan en Turquie, les pétroliers transportent du brut kurde sur le marché mondial, des données et des images satellitaires montrent d’ailleurs que beaucoup déchargent leur cargaison dans les ports israéliens.

AP Photo/Burhan Ozbilici

D'après TankerTrackers, une base de données en ligne entretenue par des passionnés du commerce du pétrole, Israël ne mentionnerait pas les importations de pétrole brut dans ses données sur le commerce extérieur, a déclaré l'un des cofondateurs du site, Samir Madani.

"Nous avons des algorithmes qui peuvent traduire tout ce que nous savons sur la dimension du navire afin de nous dire combien de barils sont à bord", écrit-il dans un courriel.

De nombreux pétroliers jettent également l'ancre dans les eaux internationales au large des côtes israéliennes et transfèrent leur cargaison à d'autres navires qui éteignent leur transpondeur de repérage par satellite avant de repartir vers Israël, ont indiqué plusieurs analystes de l'industrie à i24NEWS.

Plus tôt ce mois-ci, un pétrolier battant pavillon maltais, Seasong, a navigué de Ceyhan avec destination finale Port-Saïd en Égypte. Cependant, alors qu'il naviguait près des côtes israéliennes, il a brusquement changé de cap vers la ville d’Ashkelon.

Une pratique courante selon Alan Mohtadi, un consultant de compagnies pétrolières au Kurdistan irakien.

"Les entreprises israéliennes achètent généralement le pétrole brut par le biais de fonds de commerce internationaux", déclare-t-il.

"Ils achètent le pétrole brut par l'intermédiaire des négociants, et puisque l'Irak n'a pas de relations formelles avec Israël, il ne peut pas les poursuivre", conclu Mohtadi précisant que Jérusalem n’aide pas spécifiquement le Kurdistan irakien à revendre le pétrole

سفين حامد (ا ف ب/AFP)

Des propos qui peuvent sembler contradictoires. En effet, le ministre des Ressources naturelles du Kurdistan irakien, Ashti Hawrami, a confirmé les exportations vers Israël lors d'une interview accordée à l'agence de presse Reuters en 2015 et a ajouté qu'Israël était souvent un intermédiaire qui revendait le pétrole sur le marché mondial.

En août 2015, le journal Financial Times rapportait que près de deux tiers du pétrole israélien provenaient du Kurdistan irakien tandis que le reste proviendrait du Kazakhstan, d'Azerbaïdjan et de la Russie.

Le ministère israélien de l'Energie n'a pas souhaité s'exprimer à ce sujet et, en général, ne parle pas de la provenance du pétrole du pays. Paz, la société israélienne qui dirige la raffinerie de pétrole d'Ashdod, n'a pas souhaité faire de commentaire non plus.

Un commerce viable ?

Ce commerce, en plein essor depuis 2014, se heurte à certains obstacles, notamment l'instabilité politique qui agite le Kurdistan alors que le dirigeant Massoud Barzaniprépare les prochaines étapes suite au référendum d'indépendance du mois dernier.

Le gouvernement kurde pourrait également être confronté à de sérieux problèmes concernant sa production insuffisante de prix "plus légers".

Selon l'analyste en énergie et géopolitique Yesar Almaleki, spécialiste de l'industrie énergétique irakienne, les deux raffineries d'Israël peuvent traiter n'importe quel type de brut, ce qui signifie qu'elles peuvent traiter du brut de type moyen, exactement comme celui du Kurdistan.

La proximité avec Ceyhan peut également peser dans la balance en termes de frais de port.

Cependant, il prévient que les "importantes réductions de prix dont Israël et les autres raffineurs ont profité devraient bientôt ne plus avoir cours car le prix du brut kurde est de plus en plus semblable à celui de ses concurrents au Moyen-Orient. Les acheteurs ne prendront tout simplement pas le risque de traiter avec le Kurdistan irakien s'ils peuvent acheter une cargaison complètement 'légale et sans risques' pour le même prix".

"Naturellement, cela dépend de la volonté du gouvernement kurde de ne plus voir le prix de son pétrole sous-évalué", a-t-il ajouté.

Les tensions régionales pourraient également compliquer le commerce.

Le jour-même où les Kurdes irakiens ont voté massivement en faveur de l'indépendance de Bagdad, le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé de fermer les robinets de l'oléoduc qui transporte le pétrole kurde à Ceyhan via la Turquie

STRINGER (TURKISH PRESIDENT PRESS OFFICE/AFP/File)

A la suite d'un voyage en Iran la semaine dernière, il a par ailleurs déclaré que "dans le cas du nord de l'Irak, l'Iran, l'Irak et la Turquie formeront un mécanisme tripartite et décideront de fermer les valves de pétrole", a rapporté le journal Hurriyet Daily News. Erdogan a également accusé le Mossad, l'agence d'espionnage d'Israël, de soutenir le réferendum d'indépendance kurde, allégation démentie par Israël.

Selon M. Smith de Clipperdata, le retrait soudain du pétrole kurde sur le marché n'aurait pas seulement des répercussions sur les prix dans le monde mais toucherait aussi et surtout Israël.

Si tel était le cas, Israël "devrait aller trouver sur le marché un brut de qualité similaire à celui du pétrole du Kurdistan irakien" sachant que les installations de l’Etat hébreu ont été conçues pour traiter ce type de pétrole.

Cependant, M. Smith qualifie les menaces de M. Erdogan comme "ayant peu de chances de se réaliser", remarquant qu'entre autres considérations, la Turquie tire des revenus importants de l’oléoduc ainsi que de l’importation du gaz naturel irakien.

Autre avantage pour la Turquie si elle maintient ses liens avec le Kurdistan, les importations potentielles de gaz naturel, affirme Matthew Bey, analyste de l'agence privée de renseignements Stratfor.

"Pendant qu'ils ne consomment pas la plupart du pétrole qui vient du Kurdistan, il y aura par la suite du potentiel pour les exportations de gaz naturel", a-t-il expliqué, ajoutant que "Diversifier [les sources de gaz naturel] loin de l'Iran et de la Russie" constituerait un avantage stratégique pour Erdogan étant donnée la nature de ses relations instables avec ces deux pays.

"Ce que nous avons constaté, c'est que Barzani a fait plus qu'utiliser cela comme un mécanisme politique… son mandat a pris fin en août 2015, donc il nous semble que c'était davantage une manière de réaffirmer son rôle".

Jacob Atkins est journaliste, rédacteur-web pour le site i24NEWS en anglais

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