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Yémen: la mort de l'ex-président Saleh confirmée par une dirigeante de son parti

L'ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh, le 10 mars 2011 à Sanaa
MOHAMMED HUWAIS (AFP/Archives)
L'ONU suspend tous ses convois humanitaires vers Sanaa après l'extension des violences dans le pays

L'ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh a été tué par des rebelles Houthis, a confirmé lundi Faïka al-Sayyed, une dirigeante de son parti, le Congrès populaire général (CPG).

"Il est tombé en martyr en défendant la République", a déclaré cette membre d'une instance du parti, le Comité Général, attribuant son meurtre aux Houthis.

La mort de l'ex-dirigeant, 75 ans dont 33 au pouvoir, pourrait constituer un tournant dans le conflit qui ensanglante le Yémen, sans pour autant améliorer le sort des civils. Au centre de la "pire crise humanitaire au monde" selon l'ONU, cette guerre avive les tensions autour de la rivalité entre l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite. 

Les Nations Unies ont cependant décidé de suspendre tous ses convois humanitaires vers Sanaa après l'extension des violences dans le pays. 

Faïka Sayyed a affirmé qu'Ali Abdallah Saleh, 75 ans, et d'autres hauts responsables du CPG avaient été la cible de tirs nourris de rebelles Houthis alors qu'ils quittaient la capitale yéménite, contrôlée par les Houthis, vers des zones tenues par des forces pro-Saleh.

Des miliciens Houthis ont bloqué un convoi de quatre véhicules à environ 40 km au sud de Sanaa et ont tué par balle Ali Abdallah Saleh, ainsi que le secrétaire général du CPG, Arif al-Zouka, et son adjoint Yasir al-Awadi, a déclaré une source militaire sous couvert de l'anonymat.

Cette annonce vient confirmer la déclaration faite plus tôt dans la journée ce lundi par les rebelles Houthis qui proclamaient la mort de l'ex-président, quelques jours après la rupture de l'alliance entre ces deux camps rebelles ayant entraîné des affrontements meurtriers dans la capitale Sanaa.

"Le ministère de l'Intérieur (contrôlé par les Houthis) annonce la fin de la milice de la trahison et la mort de son chef (Ali Abdallah Saleh) et d'un certain nombre de ses éléments criminels", a affirmé lundi la chaîne de télévision des Houthis, Al-Massirah, en citant un communiqué.

Une vidéo des rebelles Houthis montre le cadavre de ce qui semble être l'ancien président Saleh.

La mort de l'ex-président yéménite pourrait constituer un tournant majeur dans le conflit qui ensanglante le pays depuis son départ du pouvoir en 2012.

Fin de l'alliance entre Saleh et les Houthis

L'annonce de son décès intervient alors que M. Saleh et les rebelles chiites Houthis ont vu leur alliance, scellée il y a trois ans, voler en éclat au cours de la semaine écoulée.

Les combats font rage depuis mercredi dans la capitale Sanaa, que les deux parties rebelles contrôlent conjointement depuis 2014, au détriment du gouvernement internationalement reconnu d'Abd Rabbo Mansour Hadi réfugié à Aden, dans le sud du pays.

Selon des sources de sécurité et hospitalières, ces récents affrontements ont causé au moins 100 morts et blessés, des combattants mais aussi des civils.

Dans un développement spectaculaire, Ali Abdallah Saleh avait tendu la main à l'Arabie saoudite samedi, proposant à Ryad de "tourner la page" en échange d'une levée du blocus qui étrangle la population. Les Houthis avaient perçu cette ouverture comme une "grande trahison".

Mohammed HUWAIS (AFP)

Après plus de trente années de règne sur le Yémen, Ali Abdallah Saleh avait été contraint de céder le pouvoir à M. Hadi en février 2012, dans le sillage du Printemps arabe.

Il avait scellé deux ans plus tard une alliance avec les Houthis, issus de la minorité zaïdite, une branche du chiisme, après les avoir longtemps combattus.

Opération "Sanaa l'Arabe"

Face à la fin de l'alliance rebelle, l'actuel président Hadi a de son côté "donné pour ordre à son vice-président Ali Mohsen al-Ahmar, qui se trouve à Marib (100 km à l'est de Sanaa), d'activer la marche (...) vers la capitale", a annoncé lundi un membre de son entourage.

Baptisée "Sanaa l'Arabe", l'opération à l'issue plus qu'incertaine consisterait, selon le membre de l'entourage de M. Hadi, à prendre la capitale en tenailles sur plusieurs fronts, notamment à l'est et au nord-est.

Selon des sources militaires loyalistes à Marib, sept bataillons ont reçu l'ordre de marcher sur Sanaa sur le front est.

Outre le soutien de la coalition sous commandement saoudien, les militaires loyalistes se sont assurés l'appui des tribus de Khawlane qui contrôlent l'est de Sanaa, ont ajouté les mêmes sources.

Afin d'affaiblir les Houthis, le gouvernement Hadi a dans le même temps annoncé sa volonté d'offrir une amnistie à tous ceux qui cessent de collaborer avec ces rebelles.

FAYEZ NURELDINE (AFP/Archives)

M. Hadi "proposera prochainement une amnistie générale à tous ceux qui ont collaboré avec les Houthis et décidé de se rétracter", a déclaré le Premier ministre Ahmed ben Dagher à Aden.

Cependant, à Sanaa, les Houthis donnaient l'impression lundi de prendre le dessus sur les forces de M. Saleh, selon des journalistes sur place.

La guerre au Yémen a fait plus de 8.750 morts depuis l'intervention de l'Arabie saoudite et de ses alliés en mars 2015, et le pays est aujourd'hui confronté à la "pire crise humanitaire du monde" selon l'ONU.

Les derniers développements font craindre des risques encore accrus pour la population, notamment à Sanaa: non seulement des affrontements entre rebelles se poursuivent, mais la capitale a été secouée dans la nuit de dimanche à lundi par des raids aériens.

La coalition sous commandement saoudien a demandé lundi aux civils de se tenir à "plus de 500 mètres" des zones contrôlées par les Houthis, a rapporté la chaîne de télévision saoudienne Al-Ekhbariya, laissant ainsi supposer une intensification des raids sur Sanaa.

La guerre au Yémen ravive les tensions régionales autour de la rivalité entre l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite, accusé par Ryad de soutenir militairement les rebelles Houthis, ce que Téhéran réfute.

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