Diplomatie & défense

Herzog et Netanyahou
“Vous n'êtes ni M. Economie, ni M. sécurité. Vous êtes M. Excuses”, a lancé Herzog au Premier ministre.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré mercredi que la réalité actuelle ne permet pas, pour l'instant, la réalisation de la solution à deux Etats.

Dans un discours prononcé dans le cadre d’un débat spécial à la Knesset sur la solution à deux Etats, Netanyahou a reproché à l'opposition de "prendre des années à comprendre ce qui se passe ici”, s’adressant particulièrement au chef de l'opposition et du parti Travailliste, Yitzhak Herzog.

"Dimanche, ça a fait tilt. Les membres du Parti travailliste ont décidé que nous ne pouvons pas mettre en oeuvre une solution à deux Etats dans la réalité actuelle. Est-ce que cela vous semble familier?", a déclaré Netanyahou lors de son discours.

"Il y a un an, j'ai averti que des grands changements étaient en cours dans la région, que chaque zone est entre les mains de forces extrémistes en Irak, en Syrie, au Libye, partout", a rappelé Netanyahou, ajoutant que "j’avais dit qu'en vertu des circonstances actuelles, il ne me semblait pas possible de réaliser la solution de deux Etats pour deux peuples".

Dimanche, le congrès du parti travailliste a approuvé le “plan de séparation" élaboré par son chef, Herzog.

Au cours des dernières semaines, le parti était plongé dans un vif débat sur le plan, qui appelle à un retrait intérimaire de la Cisjordanie, à la séparation de plusieurs quartiers palestiniens de Jérusalem-est du reste de la ville et à terminer la construction de la barrière de sécurité en Cisjordanie autour des blocs d’implantations.

Netanyahou a critiqué le plan, disant que le pays ne peut pas faire confiance à un leader qui prend des “années” à comprendre la situation au Moyen-Orient.

“Même si vous êtes le dernier à avoir compris la réalité, comme on dit, mieux vaut tard que jamais. Mais comment pouvons-nous vous faire confiance pour faire face aux menaces qui nous entourent quand il vous a fallu des années pour comprendre ce qui se passe ici?"

Netanyahou a plutôt exhorté la Knesset à adopter sa vision de la “reconnaissance et de la démilitarisation", qui a pour but de pousser les Palestiniens à reconnaître l'Etat juif et à démilitariser leur territoire.

"Je sais qu’avec la situation actuelle en Judée et Samarie, tout plan visant à évacuer [les implantations] va créer une autre rampe de lancement pour le terrorisme palestinien et islamique qui est susceptible de détruire l'Etat d'Israël", a poursuivi Netanyahou. "Et voilà pourquoi je continue à maintenir les deux mêmes principes - la reconnaissance et la démilitarisation."

Suite au discours de Netanyahou, une dispute a éclaté entre lui et Herzog. "Vous n'êtes ni M. Economie, ni M. de sécurité. Vous êtes M. excuses," a lancé Herzog au Premier ministre.

"Vous n’avez pas l'intention de nous séparer d'avec les Palestiniens," a continué Herzog. "Peut-être que vous entourez l'Etat de clôtures, mais les Palestiniens vivront au milieu de nous. Vous avez peur de [Naftali] Bennet et de [Ze'ev] Elkin," a-t-il ajouté, faisant référence à deux partisans de la ligne dure au sein du gouvernement de coalition.

S’adressant aux députés de la coalition, Herzog a déclaré: “Vous avez également échoué quant à “la vie elle-même”, faisant référence à une déclaration que Netanyahou a fait un il y a quelques mois quand il a publié un tweet suggérant que les Israéliens s’inquiètent de la crise du logement alors qu’ils devraient se préoccuper de la menace nucléaire iranienne.

“Le pays est bloqué. Il n'y a ni espoir ni opportunités. Seulement du désespoir. Et vous n’avez absolument aucune réponse," a continué Herzog.

"Nous sommes en proie à une troisième intifada avec des dizaines de morts et des centaines de blessés. J’ai discuté de cela maintes et maintes fois à la Knesset. Mais Sir Premier ministre, vous ne bougez pas", a déclaré Herzog.

"Vous êtes réduits au silence par la peur. Vous ne prenez aucune initiative. Vous gagnez du temps. Et le temps ne joue pas en notre faveur", a-t-il ajouté.

Herzog a également affirmé que même la droite n’est généralement pas d’accord avec lui. “La droite pense que l'annexion de territoires avec les Palestiniens à l’intérieur est la solution (...). Qui vous empêche de le faire? (...) De qui avez-vous peur?”

"Annexer les territoires”, a lancé Herzog. "Et vous verrez ce qui va se passer."

"Nous avons une vision différente”, a ajouté le chef de l’opposition. “La vision des deux Etats n’est pas morte, mais elle ne va pas se réaliser demain. Cela est clair aussi longtemps que vous, M. Netanyahou, et Abbas avez peur de poser un geste".

Des tensions à la fois en Israël et à l'étranger ont éclaté au sujet de la solution à deux Etats suite à une déclaration le mois dernier du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Il a affirmé que la France allait reconnaitre l'Etat palestinien si aucun progrès n’était réalisé vers une solution à deux Etats dans les prochaines semaines. Il a présenté un plan pour organiser une conférence internationale visant à "renforcer les efforts."

Un responsable israélien a dénoncé l’avertissement, en disant que “la déclaration de Fabius est une incitation pour les Palestiniens à maintenir l’impasse", les Palestiniens sachant d’avance que la France reconnaitra leur Etat si aucun progrès n’est fait.

Les pourparlers de paix ont pris fin en avril 2014 et la situation s’est ensuite détériorée. Les perspectives d’une possible reprise du dialogue apparaissent aujourd’hui de plus en plus éloignées.

Depuis le 13 septembre 2015, 30 personnes ont été tuées dans des attaques terroristes dont un Palestinien, un Américain et un Erythréen.

166 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes. La plupart ont été abattus après avoir mené ou tenté de mener des attaques, tandis que d'autres sont morts au cours d’affrontements et de manifestations.

Israël accuse l'incitation à la haine des dirigeants palestiniens et des médias d’être la cause principale des troubles alors que certains analystes estiment que la frustration des Palestiniens, l'absence de progrès dans les efforts de paix et la fracture politique entre leurs propres dirigeants ont nourri les troubles.

Tal Shalev est la correspondante diplomatique d'I24news.

1 Commentaire

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  • Yves fitouchi
    11 Février 2016 - 09:59

    Sans etre un expert de la politique israélienne il,me semble néanmoins que la solution a 2 états permettrait à israel d'avoir la légitimité de se défendre contre toute agression comme n'importe quel état dans le monde , de toute façon la situation actuelle ne peut que se dégrader , de plus un seul état parait tres dangereux démographiquement parlant ,les attaques actuelles le démontrent tous les jours


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