Diplomatie & défense

Parade du Hezbollah
Israël n'a ni nié, ni confirmé qu'il était derrière les frappes de la nuit dernière près de Damas

Tous les signes laissent penser qu'Israël a attaqué deux cibles à l'ouest de Damas dans la nuit de mardi à mercredi. L'une était un arsenal de la quatrième division de l'armée syrienne, l'autre se situait sur une route reliant Damas à Beyrouth, en territoire syrien. La quatrième division est l'une des unités d'élite de l'armée syrienne, la plus déployée actuellement.

Le commandant de cette division n'est autre que Maher Assad, le frère du président. Si des armes ont effectivement été transférées depuis la Syrie vers le Hezbollah au Liban, comme l'avancent les médias et les réseaux sociaux arabes, il est probable que des munitions ont dans un premier temps été stockées dans les dépôts de la quatrième division avant d'être transférées au Liban. La deuxième cible était probablement un convoi transférant les armes vers la frontière libanaise.

Le fait que l'itinéraire choisi pour le transfert fut la voie rapide et large qui relie Damas à Beyrouth suggère que la cargaison était particulièrement importante, à savoir des longs missiles sol-sol. Le Hezbollah dispose d'un large arsenal, composé d'environ 130.000 roquettes et missiles de longue et moyenne.

Mais la grande majorité de ses missiles ne sont pas guidés par des systèmes de haute précision et le groupe a besoin de s'approvisionner directement depuis l'Iran en missile plus précis qui puisse causer des dommages sérieux à des cibles militaires et civiles sur une grande partie du territoire israélien.

Le mobile

Cela fait un certain temps que nous constatons ce genre d'attaques menées par Israël. Les experts militaires du monde entier affirment que la Syrie reçoit des cargaisons de missiles russes SA-400 ou SA-300, capables de frapper un avion survolant le Liban, la Méditerranée ou même le territoire israélien. Israël hésite à rentrer sur le territoire syrien, car il redoute d'avoir à affronter les forces russes, et parce qu'Assad est soutenu par le président russe Vladimir Poutine.

Pourtant avant l'attaque de cette nuit, Israël n'avait plus mené d'attaques sur des cibles syriennes depuis un certain temps. Certains l'explique par le fait que les Iraniens n'ont plus transféré de missiles de haute qualité au Hezbollah depuis plusieurs mois, du fait que l'usine de fabrication d'armes a été, pendant près de deux ans, sous le contrôle des djihadistes de l'Etat islamique. Récemment, l'armée syrienne a libéré la zone de l'usine, ce qui, vraisemblablement, explique la reprise du flux de missiles vers le groupe terroriste libanais.

Il convient de rappeler que, par le passé, Israël a été accusé d'être à l'origine d'attaques contre des convois transportant des armes sophistiquées de la Syrie vers le Liban. Dans certains cas, on a prétendu qu'il s'agissait de missiles sol-sol d'une précision améliorée, qui se seraient ajoutés à la vaste collection de missiles du Hezbollah qui peuvent atteindre tous les points du territoire israélien.

Dans d'autres cas, on a soutenu que le Hezbollah disposait de missiles antiaériens réguliers et portables en provenance de Syrie, afin de se défendre contre les attaques de l'aviation israélienne en cas de guerre. Ces missiles sont petits, portables, et peuvent être transportés à des endroits différents en moins d'une heure, ce qui rend l'obtention d'informations précises sur leur emplacement, ainsi que leur destruction très difficile.

Un autre type de missiles évoqué est un missile antinavire russe, d'une portée de 300 kilomètres. Alors que la Russie a, jusqu'à présent, empêché ses missiles de tomber entre les mains du Hezbollah, il se pourrait que la Syrie se trouve derrière le transfert clandestin de plusieurs de ces missiles. Enfin, il est très probable que l'armée syrienne ait essayé de faire passer des armes chimiques vers le Hezbollah.

Pour l'armée, Assad ne répondra pas

On peut interpréter l'attaque israélienne présumée comme un acte de guerre discret et clandestin visant à freiner la croissance du Hezbollah. Israël croit en l'idée de ne laisser aucune empreinte digitale dans ses "opérations d'entre-deux-guerres" : si elle a réellement attaqué un convoi en Syrie au milieu de la nuit, cela signifie que celui-ci transportait des armes hautement sophistiquées.

Les responsables militaires et politiques en Israël ont refusé de confirmer ou de nier ces allégations, dans l'espoir que le régime syrien garde le silence pour éviter l'humiliation. Mais l'agence de presse officielle syrienne a rapporté l'attaque.

Dernièrement, Assad a vu sa confiance croître en voyant son Hezbollah et les succès emmagasinés avec l'aide des Russes à Alep contre les rebelles. Ainsi enhardi, il a décidé de fournir des armes au Hezbollah, ce qui pourrait expliquer qu'il réponde à l'attaque.

Si l'armée de l'air israélienne a effectivement mené cette attaque, on peut présumer qu'après une évaluation des services de renseignement, aussi bien les Russes qu'Assad ne répondront pas.

Ron Ben-Yishai est correspondant de guerre et analyste de la défense. Cet article est publié avec l'aimable autorisation de Ynet.

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