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Analyse: l'ombre de 1948 risque de hanter les négociations menées par les USA

Palestinian president Mahmoud Abbas (R) meets Jason Greenblatt, the US president's assistant and special representative for international negotiations, at his office in the West Bank city of Ramallah on March 14, 2017
Abbas MOMANI (AFP)
S'ils sont nombreux à vouloir résoudre les conséquences de la guerre de 1967, le conflit reste enraciné à 1948

Il y a quelques jours, Jason Greenblatt, représentant spécial du président Trump pour les négociations internationales, a tweeté sur un ton des plus enjoués : "Je me réjouis de bientôt revenir au Moyen-Orient avec Jared Kushner (conseiller et gendre de Trump) et Dina Powell (adjointe du conseiller à la sécurité nationale) dans un objectif de paix. POTUS (le président des Etats-Unis) est optimiste".

Les abonnés du compte de M. Greenblatt semblent cependant l’être moins que leur président. Le tweet n'a récolté que onze likes et n'a été retweeté que huit fois, un résultat plutôt décevant au regard de l'importance de l'événement. Et pourtant, le trio s'apprête à s'engager activement dans la résolution de ce conflit dans l’impasse depuis de nombreuses années.

Le fait que tous les membres de cette petite délégation ne possèdent pas une grande expérience du conflit israélo-palestinien n'est pas forcement mauvais signe. Là où les grands spécialistes ont échoué, ces novices auront peut-être la chance du débutant et, dans ce cas, ils en auront grandement besoin.

Des deux côtes de ce qui était la ligne verte, ils seront accueillis par des dirigeants déconcertés. Du côté palestinien, Mahmoud Abbas est âgé et n'a pas assez d’autorité pour faire un vrai pas en avant et amener les Palestiniens à faire les concessions qui s'imposent.

Côté israélien, Benyamin Netanyahou est un ami cher, mais c'est aussi un Premier ministre extrêmement inquiet en raison d'une série de sondages et d'enquêtes le visant que la délégation s'apprête à rencontrer. Autant dire que l'énergie et la confiance requises pour trouver une solution à ce conflit - que l'on définit aujourd'hui comme étant le plus complexe à résoudre - ne sont pas au rendez-vous.

Après de nombreuses années marquées par la souffrance, ce qui était à l'origine un conflit politico-territorial est devenu une guerre saturée de connotations religieuses. Dernier exemple en date, les récentes émeutes qui ont éclaté sur le Mont du Temple, soulevant le problème de la souveraineté sur ce lieu saint.

"L'importance de 1948 se fait de plus en plus sentir"

A un certain niveau, le monde musulman s'est impliqué dans cet événement, tout comme les Arabes israéliens qui ont joué un rôle majeur lors de cette semaine sous haute tension. En réalité, tout a commencé quand trois Arabes israéliens ont tué au nom d'Allah deux policiers israéliens druzes en poste sur le site.

Dans une enquête d'opinion menée par le Centre palestinien pour la politique et la recherche (PSR) situé à Ramallah, la majorité des Palestiniens interrogés estiment qu’une grande partie du monde ne les soutient pas, mais que Dieu est de leur côté. Le même sentiment prédomine chez les Israéliens.

L'implication des Arabes israéliens (parfois surnommés "Arabes de 48", ceux qui sont restés dans l’Etat nouvellement créé), n'a pas simplement été l'expression d'une opinion religieuse. Elle a aussi été un effrayant rappel selon lequel, alors que même les Israéliens de gauche espèrent et tentent de résoudre les conséquences de la guerre de 1967, le conflit, lui, reste inexorablement enraciné à 1948, à la proclamation de l'Etat d'Israël et à la guerre qui éclata peu de temps après.

Alors que le temps s'écoule sans qu'une solution ne semble se dessiner, cet élément est devenu de plus en plus évident et ouvertement exprimé par les Palestiniens. La nouvelle délégation américaine à qui le président Trump a confié la délicate mission de parvenir à la paix (à ce stade, un simple accord suffira), ferait bien de garder cela en tête.

Ahmad GHARABLI (AFP)

C'est le Premier ministre Ehud Barak qui avait compris cela le premier quand, en 2000, il était revenu de Camp David au terme de négociations infructueuses avec la délégation palestinienne. "Je suis venu pour parler de 1967 et Yasser Arafat n'a parlé que de 1948".

Cette déclaration était tombée dans l'oubli, occultée par la fureur ou l'allégresse provoquée par l'échec de ces pourparlers et par l'Intifada qui avait suivi, mais c'est au cours de ces 20 dernières années que ces implications se sont accélérées.

"Si vous écoutez attentivement ce que disent les Palestiniens, c'est vrai", a déclaré à i24NEWS Ziad Abu Zayad, ancien ministre d'Etat de l'Autorité palestinienne et membre de nombreux groupes de négociations avec Israël.

"En l'absence de solution au conflit, le problème de 1948 prend de plus en plus d'ampleur, notamment chez les jeunes générations. Il ne s'agit pas là de la ligne qui sépare les soutiens du Hamas et du Fatah, c'est plutôt un problème de génération. Alors qu'Israël n'a pas réussi à véritablement intégrer les Palestiniens restés à l'intérieur de la ligne verte, l'importance de 1948 se fait de plus en plus sentir", a-t-il ajouté.

Comme cela se produit souvent dans ce conflit symbolique, les jeunes Israéliens se sont comportés de la même manière que les jeunes palestiniens. Ils ont effacé la ligne verte en normalisant la vie en Cisjordanie.

"Le discours de Nakba a remplacé le discours de l'occupation de 1967"

"Une terre sans frontières", un documentaire réalisé par le célèbre écrivain israélien Nir Baram tiré du livre du même nom, renforce cette hypothèse. Les nombreux Palestiniens qu'il interroge y parlent ouvertement de 1948 et réclament leur terre perdue. Le père de Nir Baram, Uzi Baram, ancien ministre du gouvernement du parti travailliste et figure majeure de la gauche, estime quant à lui qu'il s'agit que la date importante est 1967.

Ici encore, le fossé des générations a fait son œuvre. Plus l'idée qu'un seul et même Etat d’Israël devient une réalité normale et sans équivoque des deux côtés de la frontière, plus la conscience palestinienne de 1948 grandit.

Sara Haetzni-Cohen, issue de la deuxième génération née à Kyriat-Arba en Cisjordanie est militante de droite. Elle fait une apparition dans le documentaire de Nir Baram et a écrit sur la question.

Elle soutient que la reconnaissance d'un Etat palestinien constitue un défi aussi bien pour la droite que pour la gauche. Il y a deux ans de cela, le professeur Ruth Gavison, député israélienne renommée et membre de plusieurs prestigieux comités publics, a écrit : le "discours de Nakba (c'est ainsi que les Arabes nomment leur tragédie de 1948) a remplacé le discours de l'occupation de 1967 chez les Arabes israéliens, les dirigeants palestiniens et les sympathisants du BDS".

La plupart des Israéliens et Palestiniens impliqués dans les efforts de paix continuent de se cramponner à 1967 comme une question centrale. En parallèle, de moins en moins d'Israéliens et de Palestiniens sont en faveur d'une solution à deux Etats basée sur les frontières de 1967.

Les acteurs qui ont été impliqués dans les interminables séries de pourparlers pour la paix qui ne mènent nulle part affirment aujourd'hui que la nouvelle équipe dépêchée par Trump ferait bien de profiter de son inexpérience pour déterminer une nouvelle direction. Si l'on écoute ces nouvelles voix, il semblerait que 1948 ne soit pas de l'histoire ancienne mais plutôt un facteur important avec lequel il faudra compter à l'avenir.

Lily Galili est analyste de la société israélienne. Elle a co-signé un livre, "Le million qui a changé le Moyen-Orient" sur l'immigration d'ex-URSS vers Israël, son domaine de spécialisation

Commentaires

(6)

Et alors? Quid de 1948? On revient au mandat britannique? D accord pour redessiner les frontières entre eux et nous en incluant les populations majoritaires juives ou arabes Mais Jérusalem reste Jerusalem

Prof. Louis-René Beres: « Un Etat palestinien serait une menace existentielle pour Israël » Le Prof. Louis-René Beres, professeur émérite en Sciences politiques et Droit international à l’Université de Purdue (Indiana) a écrit un article retentissant qui a paru sur le site Begin-Sadate Center for Strategic Studies. Evoquant l’éventualité de la future création d’un Etat ‘palestinien’, ce spécialiste du terrorisme et des questions nucléaires affirme qu’un tel scénario constituerait une réelle menace pour l’existence de l’Etat d’Israël, « beaucoup plus que le déclenchement d’une troisième Intifada ou la poursuite du terrorisme à son niveau actuel ». Il prévoit que la présence d’un tel Etat augmenterait le nombre d’attentats et risquerait même de provoquer à terme une guerre nucléaire régionale. Il a qualifié  cette menace « d’indirecte » en donnant l’exemple suivant: celui d’un homme qui ne meurt pas directement d’une maladie bénigne, mais cette maladie l’affaiblit à tel point qu’elle le rendra vulnérable à d’autres maladies fatales. Le Professeur Beres décrit ici, de manière consciente ou inconsciente, la stratégie adoptée par l’OLP qui est d’affaiblir Israël par étapes, y compris au moyen du « processus de paix », en espérant un jour vaincre définitivement. Le  Prof. Beres rajoute qu’il n’y a aucune chance pour que le terrorisme arabe paletinien disparaisse au cas où un Etat ‘palestinien’ voyait le jour, bien au contraire, car les dirigeants d’un tel Etat profiteraient alors de leur statut juridique reconnu à l’ONU et de leur pouvoir décuplé pour s’en prendre de plus belle à l’Etat juif, et continueraient à parler de « Palestine occupée » et « d’ennemi sioniste ».

Tout le monde sait mais ne veut pas admettre qu Israel a ete un etat cree artificiellemnt sans aucune justification juridique. Tous les etats doivent etre reconnus par le Conseil de Securite ce qui n a pas ete le cas d Israel a cause de la decision des Etats Unis qui craignaient le veto de l'URSS. Le partage de la Palestine n a jamais ete respecte et on en subit le consequences aujourd hui. Il suffit de lire les ecrivains israliens eclaires comme Lorand Gaspar entre autres pour comprendre la stupidite d 'une telles decision quand la Palestine vivait en harmonie avec les Colons palestiniens des 1913. Ce n est pas le trio Grennblatt, Kushner et Friedmann qui vont regler le probleme.

@Geronimo Vous écrivez: "Tout le monde sait mais ne veut pas admettre qu Israel a ete un etat cree artificiellemnt sans aucune justification juridique." Pourriez-vous me citer un seul Etat créé avec une justification juridique ? La Syrie ? La France ? le Japon ? Le Pérou ? Le Togo ? Parmi toute les nations du monde, combien ont des descriptions écrites âgées de plus de 2'000 ans ? Une poignée en extrême-orient et une autre au moyen-orient, dont Israël. Par ailleurs, trouvez-moi un document qui parle de l'Etat arabe de Palestine datant d'avant 1950...

Et pour rappel il y a toujours eu des juifs en Israel sans compter le nombre de tombes juives datant de plusieurs siècles. Le terme Palestine a été attribué par l'empereur Adrien et n'est pas un mot arabe... On pourrait ne pas s'arrêter. Israel a toujours été une terre juive et il me semble qu'elle ne changera pas d'identité. N'en déplaise.

Si le vote de de 1948 n est pas une decision juridique qu est ce alors un decision juridique??? Il y a des dizaines de conflits territoriaux dans le Monde et seul celui qui oppose israel a ses voisins est mis en avant avec des arguments errones tels que ceux enonces plus bas Pourquoi ce parti pris? Je vous laisse deviner la reponse

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