"La Paix par le Tourisme", une recette de la coexistence en Israël

Ibrahim Yassin and Nita Shevah serving dinner at the Legacy Hotel in Nazareth on April 19,2017
i24 NEWS
Des chefs palestiniens et israéliens cuisinent ensemble, et prouvent que la paix est possible

Alors que les couteaux sont souvent associés aux attentats terroristes dans les rues de Jérusalem, deux étudiants en gastronomie, l'un issu d'un quartier juif de la ville, l'autre d'un quartier arabe, prouvent que leurs lames peuvent aussi constituer de précieux outils à la coexistence grâce à l'art culinaire.

Nita Shevach a grandi dans un quartier juif de l'Ouest de la capitale, Ibrahim Yassin lui, vient d'un quartier arabe de Jérusalem-Est. Alors qu'ils partagent une passion pour la cuisine, aucun des deux n'avait imaginé rencontrer l'autre dans l'une des écoles de cuisine les plus prestigieuses du monde.

Grâce au programme Peace by Tourism (la Paix par le Tourisme), ces deux chefs ont été choisis pour étudier à l'Institut français Paul Bocuse à Lyon.

Le programme accorde des bourses d'études à six étudiants, trois Palestiniens (chrétiens et musulmans) et trois Israéliens (de confession juive), pour un diplôme en management de l’hôtellerie, de la restauration et des arts culinaires.

Les étudiants sont confrontés à l'apprentissage de la langue française, de la cuisine, mais aussi des relations sociales.

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Pour Nitai, être à l'étranger permet aux étudiants de lier des contacts pour un soutien réciproque dans le cadre d'un programme intense.

Malgré le conflit israélo-palestinien et les divisions entre les Arabes et les Juifs, son amitié avec Ibrahim et les autres étudiants s'est épanouie.

Lors de leur séjour à Lyon, plusieurs attaques aux couteaux et à la voiture-bélier ont eu lieu à Jérusalem, se souvient Ibrahim.

Un jour, son beau-frère a même été arrêté par les autorités israéliennes et Ibrahim a pris peur.

"La première personne à qui j'en ai parlé était Nitai", confie-t-il, expliquant que tout à coup, son ami juif était la seule personne qui pouvait le réconforter quand il avait peur.

"Je pouvais le voir sur son visage", raconte Nitai, "c'était une situation effrayante, nous étions tous occupés par notre quotidien".

"C'est très difficile d'être éloigné de sa famille et ne pouvoir rien faire", a-t-il ajouté, " et même si nous ne sommes pas du même côté, j'étais le seul à pouvoir le comprendre parce que moi aussi je suis de Jérusalem".

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Lorsque les étudiants sont rentrés en Israël, le père d'Ibrahim s'est inquiété à l’idée que son fils puisse porter sur lui un sac rempli de sa collection de couteaux de cuisine, et a eu peur que les autorités israéliennes s’en rendent compte et qu’il soit arrêté.

Il a expliqué que le groupe, qui est devenu comme une famille pour lui, s’est arrangé pour lui fournir un ensemble de couteaux qu’il pourrait utiliser afin qu'il n'ait pas à porter les siens sur lui.

Les deux hommes se sont mis d’accord sur l’importance de l'éducation et de la communication comme pierre angulaire de la coexistence. Le programme leur a par ailleurs enseigné que la paix est possible.

"Une fois que vous avez fait tomber les murs entre nous, nous pouvons travailler ensemble", a déclaré Ibrahim. "Le fait que nous travaillions ensemble et nourrissions les gens, est une première étape", a pour sa part affirmé Nitai.

Une cuisine moyen-orientale sous influence française

Ibrahim préfère utiliser des ingrédients locaux originaires de la région tout en y intégrant des éléments de la cuisine française. Au cours d'un dîner spécial organisé mercredi pour les supporters du programme à l’hôtel Legacy à Nazareth (nord), Ibrahim a concocté un plat spécial à base d'une céréale couramment utilisée dans la cuisine palestinienne et connue sous le nom de Freekeh.

Il a pour l’occasion proposé un plat à base de pâte feuilletée et de joues de veau, présenté sous la forme de bonbons (très semblables aux bonbons français) accompagnés d'épinards au yaourt et de Freekeh.

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Le plat de Nitai a également été réalisé à partir de fruits et légumes israéliens qui poussent notamment au printemps. "C'est la meilleure saison pour ces produits", a-t-il expliqué.

Nitai a servi du mérou, "roi de la Méditerranée" selon lui, accompagné de fenouil rôti avec des étoiles d'anis et d'orange, et d'une salade aux amandes vertes fraîches qui poussent autour de Jérusalem à cette période de l’année.

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Etudiant également le management, les deux hommes espèrent un jour mettre en œuvre ce qu'ils ont appris en créant une entreprise afin de promouvoir la paix et la coexistence grâce à la cuisine.

"Pour moi, le rêve serait de créer un système éducatif qui permettrait de dispenser un enseignement sur la nutrition et la nourriture", a conclu Nitai.

Emily Rose est journaliste pour le site internet en anglais d'i24NEWS

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