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Campus principal de l'université Cornell à New York avec l'emblématique Tour McGraw en arrière-plan
Cette découverte remet en question l'un des concepts les plus fondamentaux de la linguistique

Près des deux tiers des quelque 6.000 langues parlées sur la planète utilisent des sons similaires pour décrire les concepts et les objets les plus courants, révèle une recherche linguistique internationale publiée lundi.

Cette découverte remet en question l'un des concepts les plus fondamentaux de la linguistique, selon lequel le lien entre le son d'un mot et sa signification est purement arbitraire, notent les chercheurs.

Cette étude établit en effet de solides liens statistiques entre certains concepts de base comme les parties du corps, les liens de parenté et des objets et phénomènes de la nature avec les sons humains pour les décrire partout dans le monde, précisent ces travaux parus dans les Comptes rendus de l'académie américaine des sciences (PNAS).

"Ces sons sont entendus sur l'ensemble de la planète indépendamment de la répartition géographique des populations et des différentes langues", explique Morten Christiansen, professeur de psychologie à l'Université Cornell (Etat de New York, nord-est), l'un des principaux co-auteurs de cette étude.

"Il semblerait y avoir quelque chose chez tous les humains qui serait à l'origine de ces sons universels mais on ignore encore de quoi il s'agit", ajoute-t-il. 

A titre d'exemple, dans la plupart des langues le mot "nez" comprend les sons  "né" ou "ou". Le mot pour "langue" contient le plus souvent le "l".

Les chercheurs citent également le mot "sable" qui a le son "s" dans de nombreuses langues tout comme le "r" dans "rouge" et "rond". 

Ces analogies sonores sont particulièrement fortes pour les termes décrivant des parties du corps, soulignent les chercheurs.

"Nous avons été surpris de ces résultats", pointe le professeur Christiansen.

Question fondamentale

La recherche a aussi révélé que certains mots ne contenaient pas certaines sonorités quasi identiques dans la plus grande partie des langues.

Cette observation est particulièrement vraie pour les pronoms comme le "je" qui, le plus souvent, évite les sons "ou", "p", "b", "t", "s", "r" et "l".

Une équipe de physiciens, linguistes et informaticiens a analysé cent mots de base dans le vocabulaire de 62% des quelque 6.000 langues actuellement parlées dans le monde, ainsi que 85% des liens et similarités linguistiques.

Les mots comprenaient des pronoms, des parties du corps humain, des adjectifs comme petit, grand, plein et vide ainsi que des verbes de mouvements, des termes décrivant des objets de la nature, telles que les étoiles, et des animaux comme le poisson.

Les scientifiques ont constaté qu'une proportion très élevée de ces cent mots de base avaient de fortes similarités dans les sons dans une très grande partie des langues.

Avant cette nouvelle recherche, des linguistes avaient détecté, pendant ces vingt dernières années, des indices qui suggéraient que le son des mots n'était pas nécessairement arbitraire.

De précédentes études avaient montré que les termes décrivant de petits objets dans différentes langues contenaient fréquemment des sons aigus.

Ces chercheurs ne savent pas pourquoi les humains ont tendance à utiliser les mêmes sons pour décrire les choses et idées les plus communes dans de nombreuses langues, comme le montre pour la première fois à grande échelle cette étude.

Selon le professeur Christiansen, "il est probable qu'il existe un lien entre ce phénomène et la manière dont fonctionne l'esprit et le cerveau humain pour acquérir les sons et le langage".

Pour lui, "c'est une question fondamentale à laquelle devront répondre les futures recherches".

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