Analyse | Les postulats, par Raphaël Jerusalmy
A la veille d’une possible reprise des combats contre l’Iran et le Hezbollah, il est inquiétant de constater que certains postulats continuent de dicter la réflexion stratégique.


Les analystes qui comparent l’échec du 07 octobre à celui de la guerre de Kippour l’attribuent à une cause qu’ils dénomment : la conception. Dans les deux cas, il y a eu évaluation erronée de la situation en dépit de signes avant-coureurs. Il y a eu aveuglement dû à une adhésion obstinée à des calculs stratégiques ne tenant aucunement compte de la réalité sur le terrain. Et dans les deux cas, on a prétendu tirer les leçons des erreurs commises, dont celle d’accorder trop de confiance aux brillants théoriciens et stratèges et pas assez au simple bon sens et au ressenti sur le terrain.
A la veille d’une possible reprise des combats contre l’Iran et le Hezbollah, il est inquiétant de constater que certains postulats continuent de dicter la réflexion stratégique tant au sein de Tsahal que du gouvernement alors qu’il est évident que chaque jour qui passe sans qu’aucune action préventive ne soit menée profite à l’ennemi.
Cela lui permet de se refaire une santé, de se réarmer, de recruter, de se regrouper et redéployer. Plus on attendra pour agir et plus la tache sera ardue et dangereuse pour nos troupes, plus lourde sera la menace pour la sécurité de la nation lorsque viendra le moment de la confrontation. Il n’y a pas de ‘bon moment’ pour la guerre. Il y a des occasions à ne pas manquer. Telle celle de frapper maintenant un Iran affaibli, chaotique et encore sous le coup de la frappe israélienne du
mois de juin dernier.
A quoi s’oppose un postulat qui spécifie qu’il est déconseillé de démanteler un régime sans prévoir par quoi le remplacer. C’est ce postulat qui a laissé le Hamas se renforcer durant plus de vingt ans sous le bon vieux prétexte que « mieux vaut un ennemi que l’on connaît ». Quelle alternative pourrait être encore pire que le Hamas à Gaza ou les Mollahs de Téhéran ? Le pire est déjà arrivé, le 07 octobre 2023 ! Selon cette logique, et sous prétexte qu’il pourrait y avoir encore pire qu’Hitler, la vieille Europe a laissé le nazisme prendre l’essor que l’on sait.
User de l’expression ‘ennemi que l’on connaît’, c’est surestimer nos capacités de renseignement comme ce fut le cas à la veille de la guerre de 1973. En quoi connaître l’ennemi minimise-t-il la menace que celui-ci représente ? Et comment diable saurait-on qu’un ennemi qu’on ne connaît pas sera plus redoutable ? Puisqu’on ne le connaît pas. L’exemple de la Syrie donne à réfléchir. Le régime d’Assad a longtemps été considéré comme favorable à la sécurité d’Israël. Jusqu’au jour où Damas a ouvert ses bases et entrepôts aux Gardiens de la Révolution et au Hezbollah, forçant Israël à d’incessantes frappes susceptibles de déclencher un conflit non seulement avec la Syrie mais avec la Russie si par malheur un avion russe aurait été abattu. Ce régime est
aujourd’hui remplacé par un ennemi que nous connaissons assez mal et qui prétend d’ailleurs ne pas en être un.
Ce qui ne veut pas dire qu’il faille négliger de planifier, si possible, ce qu’on appelle le ‘jour d’après’. Erreur qui a été commise durant les deux années de conflit à Gaza pendant lesquelles aucune alternative au Hamas n’a été envisagée. N’était-ce pourtant pas la première chose à faire si l’on tenait à éviter l’entrée en jeu d’un ennemi qu’on ne connaît pas ? Or, le Hamas est toujours là ! Et il se renforce jour après jour. Est-ce à cause du retard pris dans l’implémentation du plan Trump ? Comme quoi rien n’assure avec certitude la mise sur pied d’un ‘jour d’après’ comme prévu, même si instigué par la plus grande puissance mondiale. C’est ici qu’intervient un nouveau postulat.
Celui qui formule qu’Israël dépend des Américains. C’est vrai, bien sûr. Tout comme l’est le fait que les Etats-Unis dépendent aussi d’Israël qui leur évite d’avoir à venir combattre eux-mêmes les terroristes et autres ennemis du monde libre sévissant au Proche-Orient. Le soutien américain à Israël a un prix exorbitant. Celui du sang ! Celui de nos soldats et de nos soldates qui tombent sur les divers fronts tandis que la communauté internationale, bien que menacée tout autant par l’islamisme, croise les bras. La guerre des douze jours contre l’Iran a montré qu’Israël décide d’agir selon ses besoins sécuritaires avant tout, quoiqu’en dise Washington qui, voyant le succès spectaculaire de l’opération, s’est empressé de s’associer à la prouesse militaire de Tsahal.
Circonspection, retenue, mesure sont des mots de diplomates pour justifier l’inaction, la couardise, au nom de principes sans fondement, de notions en l’air et se bercer d’illusions, s’aveugler, conjurer la menace au lieu d’y faire face. Ce sont de tels concepts qui ont rendu possible le 07 octobre. Tout comme ils ont permis la montée du nazisme. Ils n’ont pas cours dans une stratégie de survie. N’oublions pas que témérité, résolution, audace sont les termes qui ont guidé Tsahal et assuré la défense d’Israël. Par-delà tous les postulats...
Tribunes de guerre, par Raphaël Jerusalmy, commentaires de Mohamed Sifaoui, éditions David Reinharc. Tribunes de guerre 2023-2025 - broché - Raphaël Jérusalmy - Achat Livre | fnac
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