Grand Oral des GGMO: "Israël est particulièrement bien placé pour tenter une médiation entre la Russie et l'Ukraine" (B. H. Lévy)

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Le philosophe Bernard-Henri Lévy passe le Grand Oral avec Benjamin Petrover et les GGMO, le 27 février 2022
i24NEWSLe philosophe Bernard-Henri Lévy passe le Grand Oral avec Benjamin Petrover et les GGMO, le 27 février 2022

"Il y a deux pays au monde où il y a un président et un Premier ministre juifs, c'est Israël et l'Ukraine"

Le philosophe Bernard-Henri Lévy, invité dimanche soir du Grand Oral des GGMO sur i24NEWS, s'est exprimé sur l'invasion de la Russie en Ukraine, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky, la position d'Israël mais aussi sur l'élection présidentielle en France, à 6 semaines du premier tour.

"Je crois que nous sommes entrés dans une nouvelle ère hélas!", a déploré Bernard-Henri Lévy évoquant le conflit qui oppose Kiev à Moscou après l'entrée des troupes russes en Ukraine.

"Je crois que cette guerre dure depuis 8 ans, je veux croire à une négociation parce que cette injustice faite à un peuple pacifique dont le seul crime était de vouloir être libre, un peu prospère, est insupportable", a-t-il déploré.

Le philosophe a dans ce contexte salué le réveil de l'Europe, "qui prend enfin conscience que pour empêcher la guerre, il y a deux moyens: le premier c'est de rééquilibrer les forces, de faire que l'agressé ait les moyens de se défendre et le second, c'est de faire payer cher l'agresseur".

"Punir Vladimir Poutine, sanctionner les assassins galonnés du Kremlin, mettre la Russie au ban des nations, l'exclure du concert des pays normaux de la communauté internationale, tout cela est juste", a-t-il souligné.

M. Lévy a dans le même temps vanté les valeurs du président Zelensky, "qui se conduit avec une droiture et une grandeur admirable, et qui a besoin de munitions, et non pas de soldats pour se défendre face à la 2e armée du monde".

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Bernard-Henri Lévy a par ailleurs défendu la comparaison qu'il avait faite avec les figures du ghetto de Varsovie, "un esprit de résistance, sans goût du martyre".

"Les choses ne se confondent pas, je suis le premier depuis 50 ans à théoriser sans me lasser la singularité de la Shoah mais enfin, de temps en temps, quand vous avez un jeune président juif, dont la famille a été décimée par la Shoah et lorsqu'il est traité comme un chien par un pays immense et surpuissant qui veut l'éliminer, cette comparaison me revient", a-t-il expliqué.

Dénazifier l'Ukraine 

"Cette expression est ignoble", a-t-il critiqué, "quelle meilleure preuve de dénazification veut-on que le fait que l'Ukraine ait élu président de la République un Juif de Dnipropetrovsk, fier de son judaïsme, fier de ses racines, qui n'en a jamais fait mystère et dont plusieurs membres de la famille sont des survivants de la Shoah?", a-t-il interrogé.

Volodymyr Zelensky m'"a dit: 'bien sûr, l'Ukraine a été une terre de sang et d'horreur, et l'Ukraine a été le pays de la Shoah par balle, mais elle a travaillé sur sa mémoire, sur son passé, et ce travail n'a pas été fait en Russie, et il y a aujourd'hui beaucoup moins d'antisémites qu'en Russie et peut-être moins qu'en France!'"  

M. Lévy a d'ailleurs noté qu'il y a "deux pays au monde où il y a un président et un Premier ministre juifs, c'est Israël et l'Ukraine".

"Un pays qui a un passé antisémite lourd dont la mémoire criminelle est terrible et qui est capable d'élire un président juif et un Premier ministre juif, le moins qu'on puisse dire c'est qu'il a travaillé sur sa mémoire", a-t-il insisté.

Israël, une attitude timorée face au conflit en Ukraine?

"Le monde entier a eu une attitude timorée jusqu'à ces dernières heures et c'est bien ce qui est désespérant c'est que cela fait des années que cette horreur se prépare", a répondu Bernard-Henri Lévy. 

"Le monde occidental dans son ensemble n'a rien entendu", a-t-il dénoncé, et "je trouverais très beau qu'Israël soit en position de médiation entre cet agresseur et cet agressé, Israël est particulièrement bien placé pour tenter cette médiation, ce serait absolument magnifique".

M. Lévy a de nouveau qualifié Vladimir Poutine de "nain économique, de mauvais joueur d'échecs car ce drame ukrainien est en train de très mal tourné pour lui".

"Je crois qu'il a très mal calculé, il a sous-estimé son adversaire, il n'a pas imaginé que les femmes et les hommes pouvaient se dresser contre lui et il n'a pas imaginé que son pays allait être mis au ban des nations", a-t-il analysé, jugeant que la place de Vladimir Poutine sera "un jour à la Cour pénale internationale de la Haye pour crime de guerre".

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L'arrogance occidentale à l'origine de la guerre?

"J'aimerais que l'occident soit plus arrogant qu'il ne l'est", a-t-il confié. 

Le philosophe voit "un occident humilié, qui s'excuse devant les Ottomans, devant les islamistes radicaux sunnites, devant le réveil de l'impérialisme eurasien de Poutine, devant la puissance chinoise, l'Iran chiite".

"J'aimerais qu'on se tienne mieux, qu'on affirme un peu mieux nos valeurs et je préfère vivre dans la France des droits de l'homme ou dans l'Israël démocratique, que sous le régime d'Erdogan ou celui des ayatollahs iraniens", a-t-il martelé.

"Nos sociétés valent mieux que les sociétés sous la férule desquelles vivent les sujets de Vladimir Poutine ou Recep Tayyip Erdogan", a-t-il fait valoir.

L'Election présidentielle

Bernard-Henri Lévy a constaté qu'il y avait des candidats sérieux, citant Valérie Pécresse et Emmanuel Macron, mais a fustigé Eric Zemmour qui "renvoie dos à dos les enfants Sandler et Mohammed Merah, qui affirme que l'innocence de Dreyfus n'est pas si établie que cela, et qui estime que Pétain a protégé les Juifs de France".

Mais M. Levy ne craint pas que les Juifs votent pour "quelqu'un qui remet en cause l'affaire Dreyfus, qui réhabilite le régime de Vichy ou qui renvoie dos à dos les victimes des terroristes et les terroristes". 

"Ils ne sont pas prêts à cela", selon le philosophe, qui promet de faire "tout ce qui est en mon maigre pouvoir pour empêcher Jean-Luc Mélenchon d'être président de la République ou Marine Le Pen d'être présidente, je pense que ce serait une honte pour la France et une catastrophe pour la France".

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