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Le photojournaliste indien Raghu Rai dévoile les mystères de Jérusalem

Raghu Rai - Jérusalem (1993)
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"L'endroit le plus sacré du monde tient dans une ville, et la foi des gens est quelque chose de magique"

Jusqu'au 2 décembre se tiendra à Midtown Tel-Aviv, la 5ème édition du festival international de photographie "PHOTO IS:RAEL" marquée cette année par la présence du photojournaliste indien de l'agence "Magnum Photos", Raghu Rai, témoin de la société et de l'histoire de son pays et divulgateur du mystère des choses, qu'il a cherché à saisir pendant plus de 50 ans de carrière.

Surtout réputé pour avoir photographié d'éminentes personnalités comme Gandhi, le Dalaï-Lama et mère Teresa, il entretient une relation moins connue mais pas moins chère avec Israël, où Raghu Rai s'était rendu pour la première fois dans les années 80. A l'époque, il avait été invité à visiter le Temple Bahaï au sommet du mont Carmel à Haifa alors qu'il travaillait sur les mausolées des disciples de Bahā-Allāh en Inde.

Au début des années 90, il décide de revenir à Jérusalem, cette ville qui depuis ne l'a plus quitté, lui qui avoue que s'il y avait un endroit où il voudrait poursuivre son travail de photographe, ce serait la ville trois fois sainte.

"Ma visite en Israël est un moment précieux parce que Jérusalem détient en elle un sens du christianisme, la présence des Juifs et le monde Arabe, si bien que l'endroit le plus sacré du monde tient dans une ville, et que la foi des gens est quelque chose de magique", a déclaré Raghu Rai à i24NEWS.

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"Le mystère réside dans les yeux des gens, dans leur foi, comment ils se transforment... comme s'ils parlaient à Dieu lui-même, là sont les mystères. Le mystère se trouve dans les yeux des gens qui attendent (leur Sauveur) pour qu'il prenne soin de leurs problèmes. C'est dans leur foi, que résident les mystères qui sont sans fin", ajoute-t-il.

Le photojournaliste explique qu'en Inde, toutes les religions sont pratiquées et que n'importe quel Indien est libre de choisir la foi qui est la sienne. Mais à Jérusalem, demeure une chose sacrée pour les Chrétiens, pour les Juifs et pour les Musulmans, "simultanément côte à côte avec des tensions et des vibrations et avec le pouvoir de la foi humaine".

Témoin de la crise au Bangladesh en 1971, qui a provoqué l'exode de millions de réfugiés bengalis, Raghu Rai porte dès lors un regard plein d'humanité sur la situation actuelle des réfugiés au Moyen-Orient, qu'ils soient Palestiniens ou Syriens.

"A la fin de la journée, des réfugiés restent des réfugiés, à savoir des gens qui ont perdu leurs maisons, leurs terres, leur pays, leur culture et ce sont des gens déracinés, qui ont perdu le contact (avec leurs racines) et leurs émotions", explique-t-il à i24NEWS, ajoutant que la seule similitude, entre les victimes des différents tragédies, est que "les êtres humains sont des humains" et que la souffrance n'a aucune couleur ou histoire, ni aucun passé.

Il précise en outre que si l'Histoire peut nous "enseigner" quelque chose, nous semblons incapables d'apprendre des erreurs commises jadis, notamment en raison de notre "position d'arrogance et de pouvoir". Selon lui, la transformation ne peut se faire que sur le plan personnel, comme cela a été le cas avec Jésus-Christ, Bouddha ou des hommes et des femmes comme Gandhi et mère Teresa, qui ont su "évoluer et prêcher quelque chose de plus universel".

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Ce n'est donc pas étonnant que Raghu Rai ait commencé à photographier la sainte Teresa de Calcutta alors que cette dernière n'était pas encore connue. Il a consacré plusieurs ouvrages à cette petite mère des pauvres, investi de la mission divine – comme elle lui assura un jour – de révéler l'âme de celle qui, en servant les plus miséreux, se connectait à Dieu.

"Le monde devient de plus en plus commercialisé, c'est un endroit difficile mais je peux vous assurer que plus de 70% des gens parviennent à vivre dans la paix et l'unité", confie Raghu Rai, pour qui les clichés sont un moyen de s'unir à "l'énergie suprême", à "Lui", celui dont il ignore qui "Il" est, mais qui se révèle dans des moments furtifs que l'objectif peut capturer si le photographe se rend "disponible" quand se présente une situation donnée.

Pour Henri Cartier-Bresson, qui fonda en 1947 la célèbre agence coopérative Magnum Photos et qui découvrit le jeune Raghu Rai à la galerie Delpire à Paris en 1972, la photographie c'était aligner "la tête, l'œil et le cœur". Une quasi-ressemblance avec son confrère et ami indien pour qui la mise au point parfaite passe par une relation entre l'aspect physique des choses, l'infinité et le cœur.

"Il n'était pas seulement ce grand photographe, il était aussi très sensible et attentionné", se souvient-il, racontant comment il lui a fait rencontrer Bruno Barbey ou Marc Riboud alors qu'il n'avait que "7 ans en tant que jeune photographe venant d'Inde". "Combien de chaleur et d'intérêt il faisait la démonstration, c'était pour moi incroyable", dit-il encore.

Et quand on lui demande pourquoi - après toutes ces années- Jérusalem, il rétorque simplement que la ville reste pour lui le lieu de toutes les spiritualités et de tous les mystères.

"Je suis Chrétien quand je photographie la communauté chrétienne, je suis hindou quand je photographie la communauté hindoue… j'entre dans l'esprit des choses et je ne me fâche pas au sujet de ma propre religion ou de n'importe qui. Je veux juste saisir ce qui se trouve, là, devant moi", conclut-il.

A l'écouter, calme et le regard doux, il semblerait en effet que peu importe la religion qui est la nôtre, celui qui arrive à se connecter à sa propre spiritualité recevra de "l'énergie suprême" ce qu'il désire au plus profond de son cœur.

Nathalie Boehler est journaliste et rédactrice Web pour le site internet français de I24NEWS.

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