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Acollective: le triomphe de la musique indépendante israélienne

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Depuis le succès de sa chanson "Reckoning song" reprise par le DJ allemand Wankelmut, Asaf Avidan fait partie des figures emblématiques de la musique indépendante israélienne. Or, loin d'être le seul, le courant "indie" est aujourd'hui fleurissant en Israël de même que les artistes qui le font prospérer ont su conquérir depuis le début des années 2000 la scène internationale.

Parmi les pionniers - comme Asaf Avidan et Geva Alon - ayant choisi de chanter en anglais, figure Acollective, un groupe fondé en 2009 dont le parcours représente l'une des plus grandes "success-story" de ces dernières années, ayant trouvé un juste équilibre entre inspiration anglo-saxonne et identité musicale à la fois universelle et israélienne.

"Tout ce qui vient de vous, vous cherchez à le promouvoir. Mon père est britannique et Idan et son frère ont passé presque toute leur enfance à l'étranger et pendant leurs études. Donc, nous avons grandi tous les deux avec l'anglais comme une sorte de semi-langue maternelle et cela s'est imposé à nous naturellement", explique Roy Rieck, le chanteur du groupe Acollective.

L'histoire du groupe aujourd'hui composé de quatre musiciens - Roy et Idan Rabinovici, Roy Rieck et Emanuel Slonim - relève d'un véritable périple artistique, remontant à leurs jeunes années au sein de Tsahal. Après leur service militaire Idan part faire ses études à Oxford en Grande-Bretagne, tandis que d'autres choisissent la direction des Etats-Unis, comme Roy Rieck qui ira s'installer dans le Mississipi pour se familiariser avec la musique blues traditionnelle et apprendre l'harmonica.

En 2009, "nous nous sommes retrouvés à vivre à Londres pendant environ huit mois et c'est à ce moment-là que nous avons décidé de joindre nos forces pour former un groupe officiel", raconte Roy Rieck.

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Ainsi de retour en Israël, ils se rendent compte qu'un grand nombre de leurs projets antérieurs avait commencé à attirer l'attention de l'audience de même que les gens venaient à leurs concerts. Ils commencent alors à travailler sur leur premier album +Onwards+ (2011) produit par l'un des techniciens de Bob Dylan et Jeff Buckley, venu en Israël pendant un mois pour travailler sur le projet.

Après avoir tourné dans le monde entier; le succès absolu de leur second album +Pangaea+ (2014); un projet avec Jacquire King à Nashville qui finalement n'aboutira pas; puis le départ de trois membres du groupe, qui a ses débuts en comptait sept et trois années de silence, le groupe revient avec son nouvel album + The Coming of Light +, une référence à un poème de Mark Strand.

"À bien des égards, cet album a été un succès avant même qu'il ne sorte. Je pense que tout notre parcours durant ces trois dernières années n'était pas seulement un parcours musical visant à former un groupe, c'était aussi un voyage initiatique qui nous a permis de mofidier notre regard face à la vie en se demandant qu'est-ce que le succès, qu'est-ce que l'amitié ou qu'est-ce cela signifie de créer", confie Roy Rieck.

"Ce qui restait, c'était seulement le sentiment que nous avions écrit de bonnes chansons et que nous ne voulions pas qu'elles soient gâchées. C'était la seule chose qui nous maintenait ensemble à ce moment-là", ajoute-t-il qu sujet de leurs trois années d'absence.

Et en effet, leur public est toujours présent de même qu'il s'accroît. Leurs concerts sont "sold out" plusieurs mois avant leurs représentations, ayant par exemple obligé la salle de concert le Barby à ajouter une date supplémentaire lors de leur prochain passage en avril.

Un succès du à la virtuosité et l'originalité des quatre musiciens mais aussi à l'engouement du public israélien pour une musique d'une grande qualité et alternative.

"Tout est Indie en Israël"

"Asaf Avidan, Balkan Beat Box, The Angelcy, Lola Marsh, Tatran ou Tiny Fingers... sont tous des groupes qui ont déjà un public ici et à l'étranger et qui font des choses très intéressantes", affirme Roy Rieck.

"Mais ce qui est encore plus intéressant, c'est que tout est indépendant en Israël. 95% de la scène ici est indépendante parce que même si les artistes sont déjà reconnus comme Asaf, il a toujours tout géré lui-même. Et nous faisons partie d'une communauté qui s'entraide avec des idées, avec des contacts, un public qu'on partage... ", ajoute-t-il.

Daniel Anglister - ingénieur son, mixeur et producteur du groupe ayant déjà collaboré avec plusieurs des plus grands musiciens israéliens - rappelle d'ailleurs que si Asaf Avidan reste l'artiste israélien majeur en Europe depuis de nombreuses années, son succès a pourtant été le fruit d'un hasard.

Lorsque le remix de "Reckoning song" est sorti en 2012, il ne reflétait en rien le style du chanteur et de son groupe The Mojos. Or, quand son second album a vu le jour, il était déjà devenu une super star à l'international car quand les gens avaient été interpelés par la voix unique du chanteur.

Daniel Anglister

"Aujourd'hui, il n'est pas nécessaire d'avoir des ressources financières énormes pour faire un album, presque tout le monde peut en faire un. Beaucoup de gens peuvent le faire. Vous n'avez pas besoin d'avoir de grands studios, vous pouvez l'enregistrer chez vous avec un minimum de matériel", explique Daniel Anglister.

"Ce qui compte, c'est votre vision artistique et combien de personnes se sentiront connectées à ce que vous faites. Dans ce sens, je pense que c'est une chose merveilleuse que vous n'ayez pas des mecs en costume dans des bureaux qui décident ce qui sortira ou pas. Ca sort simplement et si les gens l'aiment, cela reflète ce que les gens pensent", ajoute-t-il.

Selon lui, la scène indépendante israélienne a commencé à fleurir il y a 10-15 ans. "Je ne pense pas que ce soit spécifique à ce pays, mais il y a toujours une part (de la musique) liée à la mondialisation et une part cherchant à être plus nationale, comme partout dans le monde", précise toutefois Daniel.

Une approche universelle de la musique aux subtiles références israéliennes qui caractérise également Acollective. Dans leur album précédent, la chanson + Happiest of All Memorial Days + évoquait par exemple la dissonance entre le jour du souvenir (Yom Hazikaron) et "le plus heureux" de tous les jours, que seuls les Israéliens peuvent comprendre.

"Pour quelqu'un qui habite ici et qui a vécu le jour où les sirènes retentissent et tout s'arrête, la chanson les touche différemment. Mais cela ne veut pas dire que quelqu'un en dehors d'Israël ne s'identifiera pas à elle: une bonne chanson peut toucher quelqu'un ici comme en Inde ou aux Etats-Unis ... C'est ce qui fait une bonne chanson", assure Roy.

"Chaque chanson ne doit pas nécessairement être à ce sujet, mais dès votre plus jeune âge, vous devenez conscients des conflits, de la politique, des injustices, des pertes ... et je pense qu'il est très difficile de ne pas le laisser pénétrer dans les chansons. Dans leur musique, je peux le sentir et la plupart des gens aussi", surrenchérit Daniel Anglister.

Barby: le temple de la scène alternative

Et si Acollective représente le triomphe de la musique indépendante, c'est aussi parce que le phénomène des jeunes prodiges israéliens est florissant.

"Ils sont nombreux à créer le changement. Ce sont des jeunes artistes qui font tout par eux-mêmes sans agence et vont faire de grandes tournées à l'étranger comme Nadav Dagon, Lucille Crew, Buttering, Lola Marsh...", confie Shaul, le propriétaire de la salle de concert Barby dans le sud de Tel-Aviv.

Le Barby a ouvert pour la première fois en 1994 et représente aujourd'hui le lieu de référence en termes de musique indépendante. A ses débuts, l'industrie de la musique en Israël n'avait pas encore connu son essor, aussi Shaul ouvrit une petite salle près de la plage pour progressivement s'agrandir - au fil de la progression de l'industrie - jusqu'à finir par ouvrir la mythique salle au chandelier de la rue Kibbutz Galuyot.

Acollective

"Le principal concept du Barby, c'est de travailler avec les plus petits groupes. Les gens ont connu Barby grâce aux artistes et à la scène alternative en Israël. Et elle est tout le temps en mouvement. Si je trouve un bon artiste et que je crois qu'il a sa propre façon de faire les choses, alors je peux y croire et collaborer avec lui", explique Shaul.

"Mais quand ils deviennent mainstream, j'arrête", plaisante-t-il.

Car en effet, malgré la réputation de ce lieu incontournable, Shaul résume l'esprit de l'endroit en quelques mots: talent, créativité et simplicité. Acollective a d'ailleurs su conquérir le coeur du propriétaire grâce à leur performances à chaque fois inovantes, leur talent incontestable et leurs représentations "Live" à l'énergie addictive.

"Ici, il n'y a rien: il n'y a que la scène et le public, tout est très simple. Et même les gens qui ne viennent pas de Tel-Aviv, viennent ici et voient que c'est aussi pour eux", dit-il.

"(Au Barby), vous vous sentez comme à la maison, n'importe qui... vous pouvez venir en costume, vous pouvez venir avec votre pyjama, soyez qui vous voulez... nous restons simple", insiste celui qui après 20 ans continue à se placer à l'entrée de la salle au début de chaque concert pour "voir les gens de ses propres yeux" et rester au contact d'une clientèle qui n'a jamais "prise pour acquise".

"Tout ce qui se passe dans ce monde devient difficile à saisir à cause des médias et des opinions qui changent rapidement, mais une chose est sûre: quand vous allez voir un concert au Barby avec 1000 autres personnes qui apprécient ce moment particulier, vous vivez quelque chose qui est réel", résume Daniel Anglister pour qui malgré tous les changements observables à Tel-Aviv, le Barby restera toujours l'un des lieux les plus importants pour la musique Indie.

Nathalie Boehler est journaliste et rédactrice Web pour le site internet français de i24NEWS.

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