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"Les Misérables" s'invitent sur la scène iranienne

A ground-breaking production of "Les Miserables" is being shown in the Iranian capital, Tehran
ATTA KENARE (AFP)

On pourrait se croire à Paris ou New York mais les acteurs chantent en persan et c'est dans un hôtel de luxe à Téhéran que les "Misérables" font salle comble, dans cette capitale d'une République islamique inquiète de l'"invasion culturelle" occidentale.

Jean Valjean, l'inspecteur Javert, Gavroche, Cosette, Marius, Fantine et les Thénardier ont depuis longtemps droit de cité en Iran, où la première traduction des "Misérables" de Victor Hugo a été publiée en feuilleton en 1910.

Pour le guide suprême iranien lui-même, l'ayatollah Ali Khamenei, c'est un livre "prodigieux" sur "la bonté, l'affection et l'amour".

"Binavayan" ("Les Misérables" en persan) a déjà fait l'objet de nombreux films, dessins animés et bandes dessinées en Iran, mais l'adaptation du chef-d’œuvre hugolien en comédie musicale ne va pas de soi à Téhéran, où la censure veille scrupuleusement sur les arts.

"Dans toutes les scènes, les femmes portent des perruques", indique un encart surligné en rouge sur une affiche de promotion. Utile précision puisque l'apparition d'une vraie mèche de cheveux féminine sur scène est le genre d'incident susceptible de compromettre la tenue d'un spectacle.

Mais comment monter une comédie musicale dans un pays qui interdit aux femmes de danser en public ou de chanter en solo devant des hommes?

Le metteur en scène, Hossein Parsaï, a été pendant cinq ans chef du département des arts du spectacle au ministère de la Culture et de la Guidance islamique et sait très bien ce qu'il est autorisé de faire ou non.

- "Théâtre bourgeois" -

L'idée du spectacle a germé dans son esprit il y a une dizaine d'années alors qu'il sortait d'une représentation d'"Oliver Twist" (d'après Dickens) à Londres.

"Je me souviens m'être demandé amèrement pourquoi nous n'avions pas de comédies musicales en Iran. La question m'a déprimé pendant plusieurs jours. Puis je me suis promis qu'un jour j'en monterais une", confie M. Parsaï.

ATTA KENARE (AFP)

Le rêve prend forme fin 2017 avec sa représentation d'"Oliver Twist" pendant plusieurs semaines à la salle Vahdat, un opéra de plus de 700 places construit sous le Chah.

En comparaison, "Les Misérables" a des airs de superproduction, avec 150 musiciens et choristes et autant d'acteurs. Tous Iraniens.

La salle retenue, le Royal Hall de l'Espinas Palace, luxueux hôtel sur les hauteurs de Téhéran, compte 2.500 places.

Pour le public iranien, M. Parsaï a adapté la version britannique à l'origine du succès international de la comédie musicale créée initialement en 1980 à Paris par le metteur en scène français Robert Hossein.

Depuis la première, le 11 octobre, le succès est au rendez-vous, avec six représentations hebdomadaires. En dépit d'attaques virulentes de plusieurs journaux, la pièce a été prolongée jusqu'à fin janvier.

"Les Misérables vus par les riches", a titré en une le journal réformateur Sazandegi.

M. Parsaï reconnaît volontiers qu'avec des billets vendus entre 500.000 et 1.850.000 rials (de 4 à 16 euros environ), son spectacle n'est pas accessible à toutes les bourses.

Le quotidien ultraconservateur Javan a, lui, publié une critique de la pièce intitulée "Entrée interdite aux misérables". Il a aussi mis en garde contre l'"invasion" d'un "théâtre bourgeois" qui finit par "corrompre toute valeur culturelle, morale ou artistique".

Commentaires

(2)

Ils ne sont pas certains de rentrer en France sans passer par la case police ou plus. Espérons qu'ils rentrent libre.

ça ne leur suffit pas d'être au pouvoir, il leur faut la scène, en plus.

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