Le shekel atteint son plus haut niveau depuis 30 ans face au dollar
Malgré les conflits, l’économie israélienne reste solide et sa monnaie atteint un niveau historique face au dollar, au point d’inquiéter les entreprises exportatrices.


Le shekel israélien atteint son plus haut niveau depuis 30 ans face au dollar, malgré les conflits qui touchent Israël depuis le 7 octobre 2023. Depuis début mai, un dollar ne vaut plus que 2,90 shekels, contre environ 4 shekels en octobre 2023. Face à l’euro aussi, la monnaie israélienne s’est fortement appréciée : l’euro est passé de 4,34 shekels en octobre 2023 à 3,39 shekels en mai 2026.
Cette hausse intervient alors que les indicateurs économiques israéliens restent robustes. La Banque d’Israël prévoit une croissance de 3,8 % en 2026, tandis que l’inflation est retombée à 1,9 % en mars et que le chômage reste bas, à 3,2 %.
Une monnaie forte présente certains avantages pour les ménages israéliens : elle réduit le coût des importations, notamment de l’énergie achetée en dollars, et rend les voyages à l’étranger moins chers. Mais elle pénalise aussi les entreprises exportatrices, en particulier dans la tech, car leurs produits deviennent plus coûteux à l’étranger.
Selon la Banque d’Israël, plusieurs facteurs expliquent l’envolée récente du shekel. Le cessez-le-feu au Moyen-Orient a rassuré les investisseurs, réduit la prime de risque sur les actifs israéliens et favorisé le retour de capitaux vers le pays. La faiblesse du dollar, liée à la politique économique de Donald Trump, a aussi mécaniquement renforcé d’autres devises, dont le shekel.
Mais la raison la plus profonde serait liée à la Bourse américaine. Les fonds de pension israéliens, très exposés aux actions américaines, couvrent une partie de leur risque de change en vendant des dollars et en achetant des shekels. Plus Wall Street monte, plus ces opérations de couverture augmentent, ce qui soutient la monnaie israélienne.
Entre août 2025 et février 2026, ces opérations auraient représenté environ 23 milliards de dollars supplémentaires. Selon l’économiste Alex Zabezhinsky, ce mécanisme pourrait expliquer jusqu’à 40 % de la récente appréciation du shekel.
Cette situation met la Banque d’Israël sous pression. Les entreprises demandent une baisse des taux pour affaiblir la monnaie, mais l’institution hésite. Ses taux directeurs restent à 4 %, un niveau supérieur à ceux des États-Unis et de la zone euro, ce qui rend encore les placements en shekels attractifs.
Le dilemme est délicat : baisser les taux pourrait soulager les exportateurs, mais risquerait aussi de relancer l’inflation, notamment dans un contexte de guerre et de tensions sur les prix de l’énergie.
Le gouvernement commence lui aussi à s’inquiéter. Les exportations israéliennes ont reculé ces dernières années, passant de plus de 76 milliards de dollars en 2022 à moins de 59 milliards l’an dernier. Le ministère des Finances a annoncé un programme de financement consacré à l’intelligence artificielle, destiné à soutenir les entreprises fragilisées par la force du shekel.