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Laly Derai : « Je ne céderai pas un centimètre de la terre d'Israël »
Matthias Inbar reçoit Laly Derai, sixième sur la liste d'Amkha Israël, le parti de droite fondé en août 2026 par le général de brigade de réserve Ofer Winter

Pour le premier numéro de Défense 2.0, le podcast qui donne la parole aux civils israéliens, Matthias Inbar reçoit Laly Derai. Pour voir l'interview dans son intégralité :
Qui est Laly Derai ?
Avant tout une maman et une grand-mère. Je suis montée en Israël seule, à 15 ans, en 1990. À 14 ans et demi, j'avais décidé que je ne voulais pas rester dans les gradins : je voulais être sur le terrain, participer à la vie de mon peuple. Dans notre salon parisien, il y avait un immense poster de la porte de Sion. Pour moi, ce n'était plus « l'an prochain à Jérusalem », c'était « cette année à Jérusalem ».
Vous arrivez juste avant la guerre du Golfe…
Je me retrouve seule dans un internat, incapable de respirer dans mon masque à gaz. Ma mère m'appelle pour me demander de rentrer quelque temps. Je lui ai raccroché au nez. Je n'avais pas choisi Israël uniquement pour les bons moments, mais pour y vivre, et partager avec mes frères les moments difficiles.
La sécurité fait donc partie de votre quotidien ?
Dès qu'on pose le pied en Israël, on est impliqué dans la défense du pays. Nous sommes presque préparés à savoir nous défendre. Combien de fois des Israéliens ont frappé des terroristes pendant des attentats avec des parapluies ou des plateaux de pizza ! On dirait un film, mais c'est notre quotidien. Nous vivons à la fois en état d'alerte et dans une forme de sérénité. Et ce qui frappe les délégations françaises que je fais venir, c'est cette jeunesse pour qui la collectivité passe avant l'individu. C'est le credo de Tsahal : le commandant ne donne pas des ordres derrière son ordinateur, il est le premier à faire face à l'ennemi.
Pourquoi vous êtes-vous installée au-delà de la Ligne verte ?
Je me suis mariée en 1994, en pleine crise des accords d'Oslo. Nous avons vécu onze ans à Beit El, d'abord dans une caravane. C'était pour nous un moyen d'empêcher la création d'un État palestinien, que je considère comme une menace sécuritaire : un État qui a juré de nous rayer de la carte, à quelques kilomètres de Netanya et de Kfar Saba, ce serait suicidaire. Gaza, qui devait devenir le Singapour du Moyen-Orient, est devenue une usine à terreur. En 2005, nous sommes partis pour Eli, une localité hétérogène, parce que je voulais que mes enfants rencontrent des gens qui ne leur ressemblent pas.
Certains vous qualifient de messianique, voire de pire. Que leur répondez-vous ?
Je leur cite David Ben Gourion, le leader socialiste fondateur de l'État. En 1948, après que les Arabes de Jaffa ont attaqué Tel-Aviv, il a refusé qu'ils reviennent : attaquer Israël devait avoir un prix territorial. Si c'est cela être messianique, alors je suis ben-gourioniste.
Parlons de votre fils Saadia…
Le 7 octobre, Saadia dansait avec la Torah à Simhat Torah. Quand il a compris ce qui se passait dans le sud, il est rentré, a allumé son téléphone et appelé ses soldats. Ce n'est pas malgré la Torah qu'il est parti, c'est grâce à elle : c'est elle qui nous demande de placer la collectivité avant l'individu et de dire « me voici ». Le 20 juin 2024, en rentrant, mes courses à la main, j'ai vu trois anges en uniforme de Tsahal qui m'attendaient. Le monde s'est écroulé. Et en même temps, quelque chose est né en moi : la volonté de continuer la mission de mon fils, à ma manière. Je refuse d'être une victime. Je ne laisserai pas le Hamas diriger ma vie.
Sur la liste d'Amkha Israël figure aussi Sigal Kraunik, veuve du responsable de la sécurité du kibboutz Be'eri. Que représente sa présence à vos côtés face aux divisions du pays ?
L'ennemi a vu nos divisions. Certains ont confondu adversaires politiques et ennemis. Personne n'a demandé au mari de Sigal pour qui il votait. Personne n'a demandé à Yocheved Lifshitz, qui est de la gauche la plus pure, si elle manifestait pour ou contre Netanyahou. Ils voulaient tous nous tuer.
Il y a une gauche et une droite, le débat d'idées existe. Je n'ai jamais été aussi à droite de ma vie, et j'en suis fière. Dans l'unité de mon fils, il y avait des manifestants de Kaplan et des habitants de Samarie, des religieux, des laïcs, des Russes, des Arabes. Ils débattaient entre deux gardes, mais jamais ils ne se seraient fait de croche-pied face à l'ennemi. C'est cette voix-là que je porterai à la Knesset : je m'y engage. Je ne parle pas d'unicité, mais d'unité. La majorité des Israéliens a soif de fraternité. Je refuse un monde où le cynisme serait plus fort que le sionisme.
Vous parlez d'unité plutôt que d'unicité. Quel est votre programme ?
D'abord, repenser le rapport entre le citoyen et l'État. Tous nos enfants savent qu'à 18 ans ils revêtiront l'uniforme, et dès la maternelle on leur apprend à prendre des responsabilités. Service militaire ou service national, peu importe la formule : il faut donner de soi-même. À ceux qui disent servir par la prière et l'étude, je rappelle qu'Abraham, quand Lot a été pris en otage, n'a pas seulement prié : il a levé une armée.
Ensuite, la solution à deux États est caduque. La société israélienne a viré à droite après le 7 octobre, et les pays arabes eux-mêmes ont compris qu'un État palestinien serait de facto dirigé par l'Iran et les Frères musulmans. Je ne céderai pas un centimètre de la terre d'Israël.
Sixième sur la liste d'Ofer Winter, qu'est-ce que cela signifie pour vous dans les prochains mois ?
Être la surprise de ces élections. Qu'Amkha Israël soit à la hauteur de ce qu'il apporte au peuple. Offrir une maison politique à cet électorat de droite qui ne peut plus voter pour les partis de la coalition, ces « sans domicile fixe » politiques. Me mettre au service de mon peuple. Nous avons créé un État trois ans après la Shoah. Nous ferons de cet État un paradis après le 7 octobre.
