Menacée par un militant pro-israélien, Rima Hassan joue la carte empathie
« Méfie-toi, le jour où quelqu’un décidera que c’est toi qui deviens la victime, faudra pas venir pleurer », avait lancé Adrien fusil à la main.


Tout commence le 6 octobre. Adrien J., administrateur du compte Instagram « Aux Armes Citoyens », publie une vidéo où il apparaît armé d’un fusil, un drapeau israélien sur l’épaule. « Hey Rima, tu veux l’enlever celui-là ? Viens le chercher ! », lance-t-il, avant d’ajouter : « Méfie-toi, le jour où quelqu’un décidera que c’est toi qui deviens la victime, faudra pas venir pleurer. »
La vidéo fait suite à un incident du Parlement européen, le 6 octobre, où Rima Hassan a retiré un drapeau israélien de son support lors d’une exposition consacrée aux victimes du 7 octobre 2023.
https://x.com/i/web/status/2108249441765347355
Ce post ne peut être affiché car les cookies pour les réseaux sociaux sont désactivés. Vous pouvez les réactiver en cliquant sur .
L’élue porte plainte contre X pour menaces de mort ; l’enquête est transférée au parquet de Cahors. Quelques jours plus tard, l’eurodéputée raconte sur X avoir « longuement échangé » avec l’auteur de la vidéo. Au bout du fil, dit-elle, elle a découvert « un père de famille, un mari, un homme avec ses sensibilités et ses contradictions », qui regrettait son geste et semblait troublé d’être écouté. Selon elle, il s’était forgé d’elle une image caricaturale à travers les discours politiques et médiatiques et elle assure que l'empathie était "la bonne option".
Adrien J. confirme l’échange dans une nouvelle vidéo. Il reconnaît être allé trop loin, explique avoir agi sous le coup de la colère et présente ses excuses, tout en maintenant son soutien à Israël. Il n’a pas demandé le retrait de la plainte, et l’avocat de l’élue, Me Vincent Brengarth, rappelle que des regrets n’interrompent pas une procédure.
Rima Hassan dit avoir été sensible aux répercussions de l’affaire sur la femme et les enfants de son interlocuteur. « Je ne fais pas de la politique pour que des gens finissent dans cet état », assure-t-elle.
Le discours a de quoi étonner. En 2024, l’eurodéputé LR François-Xavier Bellamy a annoncé porter plainte contre elle, l’accusant de l’avoir désigné nommément à la vindicte des milieux islamistes sur les réseaux sociaux. En cause, deux messages : un premier tweet lançant « Tremblez », puis un second affirmant que Bellamy et ses proches, « proches du régime génocidaire israélien », dormaient bien la nuit « pour le moment ». L’élue a de son côté dénoncé une dénaturation de ses propos et saisi la justice à son tour.
Un journaliste du Parisien en a lui aussi fait les frais. Après un article qui lui déplaisait, Rima Hassan a cité son nom sur X en l’accusant de vouloir faire oublier « la piste du Mossad » ; la direction du quotidien a dénoncé les attaques ignobles qui ont suivi et envisagé des poursuites, tandis que les syndicats du journal l’accusaient d’avoir désigné leur confrère à la vindicte numérique. Son équipe a assuré condamner les insultes antisémites et les menaces de mort visant le journaliste.
Autre exemple : la porte-parole internationale de l’ONG israélienne Regavim, Rachel Touitou, a porté plainte après que l’élue a publié son nom accompagné d’un réveil, un message interprété comme une menace, et qui avait déclenché une vague d’attaques en ligne. L’imam Hassen Chalghoumi, déjà été visé par un message similaire, a lui aussi saisi la justice.
Ces affaires s’inscrivent dans un parcours judiciaire chargé. 22 procédures ont été engagées contre Rima Hassan, qui doit être jugée pour apologie du terrorisme. L’élue, elle, dénonce un harcèlement politico-judiciaire lié à son engagement pour la cause palestinienne.